PARTICIPE DÉPENDANT
1. Présent. — Ce participe persiste en roman en tant qu'avec la valeur d'un adjectif il attribue en propre, sans égard à l'idée de temps, une activité à un objet, comme dans ital. esp. una cosa importante, fr. une victoire éclatante, v.fr. s'en alad criante et plurante LRs 164 ; mais tous les verbes ne sont pas aptes à fournir un participe de ce genre (nommé en français adjectif verbal). Lorsque le participe a cette valeur, diverses parties du discours peuvent être mises sous sa dépendance, aussi bien que sous celle du verbe d'où il dérive : ainsi it. un palazzo appartenente al principe ; mio fratello dimorante in Francia ; una costa sopra il mare riguardante ; fr. une maison à lui appartenante ; une ville jouissante de ses droits ; mon ami demeurant dans la rue N. Mais ce n'est que par d'anciens écrivains qu'il est appliqué, dans une certaine mesure, avec une pleine force verbale : il a fini dans ce cas par céder complètement au gérondif. Boccace a dit par ex. una novella non guari meno di pericoli in se contenente Dec. 2, 5 ; lei invano mer ce addomandante uccise 4, 3 etc. Dans
1. Il faut encore signaler ici un procédé singulier que Raynouard {Journal des sav. 1825, p. 494) prétendait trouver dans l'ancien portugais. D'après lui l'infinitif d'un verbe donné se serait ajouté à n'importe quel temps du même verbe pour renforcer le sens : ainsi vejo veer je vois, Zei;o /emr je porte. Une grande somme d'attention n'est pas nécessaire pour reconnaître que les deux verbes doivent être séparés par une virgule et que leur rencontre n'est peut-être qu'un jeu de rhétorique. Il faut ponctuer ainsi cette phrase des Trovas n. 66 : Nulla cousa non me pode guardar d'aquesta coita, que levo, levar. Et il en est de même pour les autres passages.
quelques-uns, comme comandante, rappresentante, le verbe est resté transitif. En v. espagnol on trouve des exemples comme mientras que viviô fué temiente d dios etc. voy. la Gram. de la Acad. Des poètes du xv^ siècle appliquent encore volontiers ce participe dans le style élevé. On trouve dans le Cane, gênerai: sostinientes la natura p. 235; fuente manante métros 219 ; las aves produzientes cantos 375. Les exemples ne manquent pas non plus en v. portugais : nos Priol e convento ventes a vontade do dito iV., voy. SRos. II, 398; lançantes boni cheiro ibid. 84 ; encore aujourd'hui o homem temente a deos, comme en espagnol. Il est très-fréquent en provençal dans les traductions : metents la sua ma [mittens manum) GO. 21^ ; destrians lo cors {judicans corpus) 96^; auzents aquestas causas 97^; fazens paz 102^; engauzents del esgardamen 114^; dizens 163^. De même en v. français : escandalizanz un de cez petiz SB. 557*^ ; anonzanz l'ewangile 562"; convoitans terriennes gaanges Roq. I, 463^; disans 136 ; levans 281. On le trouve rarement dans les textes originaux des deux langues : los clercs messa cantans G A. 531; complaingnans leurs dolours Ccy. 16 ^ Un exemple du dialecte vaudois est li acaisonant vos Choix II, 88. Si le participe est devenu, au point de vue de la forme, substantif, en se faisant accompagner de l'article, sa force transitive n'est pas moins restreinte que celle de l'infinitif pris substantivement (p. 198). On la sent encore dans des phrases comme it. i componenti la società (ceux qui composent la société), ou v.fr. tuit li inhabitant le cercle, d'après le lat. omnes inhabitantes orbem Lib. psalm. 32, 8 ; tu dunas as criemanz tei significatiun, dedisti metuentibus te veœillum ibid. 59, 4. Quelques combinaisons comme ital. luogotenente, mandante, esp. lugarteniente, poder habiente, fe haciente, témoignent encore de la persistance de la force transitive, aujourd'hui perdue, de ce participe. L'allemand exige que le régime précède le participe, ce qui ressemble à un composé [der die Welt Beglûckende), mais le lat. dividentis flammam i^ouYait être
1. Le traitement irrégulier du participe présent verbal et adjectival dans le français de transition a été étudié par ex. par Monnard Chrest. I, 135 ss. En français moderne l'emploi des participes est déterminé avec une rigueur extrême. Ainsi le participe présent ne doit être rapporté qu'au sujet de la phrase, tandis que plus anciennement (jusqu'à la fin du xvn« siècle) la langue se permettait de le rapporter aussi au régime.
MODE. PARTICIPE DEPENDANT. 237
rendu dans l'ancienne langue par la même construction : des scheidenten daz fiur Wack. Leseb. I, 113. En yalaque l'adjectif verbal correspondant en -oriu (t. II, p. 327) possède une force verbale complète, au même degré que le participe présent latin : tinerul ne infrenatoriu poftelor sale équivaut à juvenis non refrenans suas cupiditates .
2. Gérondif. — Nous avons vu en parlant de l'infinitif que le gérondif a dû céder à ce mode dans toutes les fonctions dont il était chargé. Il a cependant conservé une de ses formes, l'ablatif; car la syntaxe démontre assez que l'it. esp. cantando, le fr. chantant procèdent de ce cas et non d'un autre. Cette forme casuelle a étendu peu à peu son domaine aux dépens du participe présent, mais seulement du participe verbal ; la valeur d'adjectif ne lui est pas accordée, elle s'appuie bien plutôt, comme l'infinitif, sur un verbe, ou, lorsqu'elle s'appuie sur un substantif, c'est comme apposition. On dit par ex. ital. un fanciullo giuocante (che giuoca), mais un fanciullo si divertiva giuocando\ v.esp. una virgen dur^niente, mais fuiste virgen durmiendo é velando Flor. I, 6 ; fr. une femme mourante, mais une fem^me parla en mourant. Seul le gérondif valaque peut être traité et décliné comme adjectif, par ex. gemunda omenire (l'humanité soufîrante), voy. Barcianu, Gram. § 281. Le grec moderne a tiré du participe présent un gérondif en ovxaç, indéclinable et synonyme, au point de vue syntactique, du gérondif roman : aùxatç ai YuvaTxaiç (ÎXé'jrovTaç tcv /.(vSuvcv Içu^av = ital. queste donne vedendo il pericolo se ne fuggirono. Cette forme modale est susceptible de la périphrase avec des verbes auxiliaires, et ainsi elle est arrivée à posséder un parfait : ital. avendo amato, esp. haUendo amado, fr. ayant aimé ; par ex. ital. avendo tutto visto se ne parti (quum omnia vidisset, àbiit ; omnia contemplatus discessit). On lui a donné de la même manière un passif. Présent : ital. essendo amato, esp. siendo amado, franc, étant aimé ; ce n'est pas un simple développement prosaïque du simple amato : cette formule possède en même temps le sens du gérondif, par ex. essendo egli lodato da' suoi nemici (quum laudetur ab inimicis), parfait : ital. essendo stato amato, esp. habiendo sido amado, franc, ayant été aimé. — Sur le gérondif roman il convient de faire encore les remarques suivantes (sur le gérondif français voy. § 3) : 1) Il répond au même mode du latin, lorsqu'il indique le moyen. Ital. insegnando s' impara (docendo discitur) ; la guancia che fu già piangendo stanca P. Son. 45 ; pensa rubando risto-
rare i suoi danni Bec. 2, 4. Esp. non se hace asi el mercado sinon primero prendendo é despues dando PC. 139 ; estudiando se aprende\ hablando nos entendemos. Prov. mostra sobsrien l'alegreza de ton cor (subridendo laetitiam mentis indica) GO. 289^ ; ieu ai ben trobat legen [legendo inveni) Choix III, 81 ; pus a vos platz que m'auciatz deziran V, 17. Val. cetund certzi multe ne facem invetzatzi {Legendo multos libros fimus docti). — 2) Il répond au participe présent au point de vue de son action verbale. Ex. ital. venivano volando (veniebant volantes) ; rido piangendo ; esp. suspirando dixo ; prov. pessan remire vostre cors ^ — 3) Pour que le gérondif fournisse un équivalent suffisant au participe, il faut qu'il puisse être rapporté au régime aussi bien qu'au sujet. Mais la grammaire, afin d'éviter toutes les équivoques qui pourraient être causées par sa nature de mot indéclinable, exige qu'il soit restreint au sujet, de sorte que par ex. ital. egli disse a me partendo signifie dixit mihi discedens et non pas m^ihi discedenti, qui doit être exprimé par disse a me che partiva ; val. eu' l vezui mergund équivaut à vidi eum discedens. Cette règle semble, à la vérité, se justifier par l'origine du gérondif, mais elle ne pouvait guère s'appliquer dans la pratique, à moins que la langue ne voulût revenir au participe. Ici, comme dans d'autres cas, on se fie aussi au bon sens de l'auditeur, et l'on dit par ex., avec un gérondif qui se rapporte au régime : ital. ch'Amor quesf occhi lagrimando chiuda P. Cz. 14, 2 ; esp. pasando por la roperia le dixo una r opéra Nov. 5; val. am vezut pre frate teu trecund {vidi fratrem tuum praetereuntem). On n'hésite pas à user de ce procédé lorsqu'aucune équivoque n'est à craindre : it. due ignudi uccidere dormendo Bec. 5, 6 ; fra* suoi duci sedendo il ritrovarono Ger. 2, 60; esp. una ninfa durmiendo le mostraba Gare. EgL 2 ; pr. amors me trebalha durmen e velhan Choix III, 268 2.
1. Sur le remplacement du participe présent par le gérondif en 0 dans Vitruve et plus tard dans Ammien voy. Winkelmann dans Seebode et Jahn, Jahrh. fur Philologie, SuppL II, 504. Ce procédé fait des progrès en b. latin. Fortunat dit nunc lacrymando docet ; i oh. Biclarensis (£"5^. sagr. VI) : fines Asiae attingendo pervenit Pergamum.
2. Il est permis d'unir deux gérondifs, dont l'un est auxiliaire : it. esaminando vegnendo ogni particolarità ; esp. yendo paseandome ; port. esiando lendo. Mais Je français ne supporte pas en général deux gérondifs l'un à côté de l'autre sans copule.
MODE. PARTICIPE DEPENDANT. 239
3. Le gérondif peut être accompagné de la préposition m, elle désigne alors une action dans laquelle s'intercale une seconde action, mais elle peut avoir aussi le sens instrumental : sed quid ego heic in lameyitando pey^eo? Plante. Cette forme prépositionnelle n'a pas bien pris pied dans l'italien, qui préfère la forme pure ou aussi l'infinitif avec in. Ex. in cantando lo voglio cantare PPS. I, 55; facciendo huone operazioni in esaltando la chiesa Malesp. c. 51 ; in andando ascolta Pg. 5, 45 ; lo crin che hianco in lei servendo ha fatto Ger. 12, 19 ; certains écrivains modernes l'emploient plus souvent. L'espagnol en fait un usage très-étendu, on dit ainsi : ella en entrando se arrojô encima de mi lecho ; en viendola Cornelia le diœo etc. ; les anciens auteurs l'emploient encore avec un certain ménagement ; le Cid n'en offre peut-être aucun exemple. Port, em llias dando CGer. II, 397 ; em olhando vio a Aonia R. Men.\ em tomando a governança tomou a vingança Lus. 3, 136; ici aussi cette forme du gérondif est fort usitée. De même en provençal s'ill en haisan me rete Choix IV, 28 ; en planhen soven dizia III, 402 ; en chantan m* aven a memhrar 159; me fetz dir en chantan 288. En français le gérondif prépositionnel a acquis une plus grande importance vis-à-vis du mode pur. Ce dernier remplace tous les cas du participe présent lorsque ce mode sert d'apposition, par ex. les femmes voyant le danger se mirent à fuir ; on représente Flore tenant en main une guirlande de fleurs. Le gérondif prépositionnel qui ici, à côté du sens temporel, possède surtout le sens instrumental, ne peut, comme le participe présent (p. 226), être rapporté qu'au sujet : les soldats répondent en tremblant ; on apprend en enseignant (docendo discimus); nous parlons en nous faisant des signes. Ainsi, conformément au caractère de cette langue, la règle écarte toute équivoque : j'ai vu le roi en mo7itant à cheval = regem vidi equum conscendens ; j'ai vu le roi montant à cheval = regem vidi equuyn conscendentem. Il est à peine besoin de démontrer que cette règle n'a pas toujours et partout été rigoureusement observée. On lit par ex. dans Corneille : ce souhait impie est un monstre qu'il faut étouffer en naissant Hor. 4, 6; et à l'inverse, sans en : gagnez une maîtresse accusant lin rival Cid 3, 1. C'est à la grammaire française spéciale qu'il appartient d'exposer cette règle dans tous ses détails ^ — Outre
1. Les langues de la France se servent de certains gérondifs comme
in on trouve parfois con en italien : con levando ogni dî grandissime prede dans G. Vilani.
4. L'expression périphrastique de l'actif au moyen des verbes auxiliaires esse, stare, ire, ventre et du gérondif a été indiquée plus haut p. 182. On trouve en outre quelques combinaisons dans lesquelles le gérondif a pris la place de l'infinitif. Yidere préfère ce dernier mode, cependant la construction latine video te currentem n'est pas du tout éteinte : it. ti vedo correndo ; esp. le VI escribiendo ; prov. vi guaya hergeira sos anhels gardan ; fr. je l'ai vu lisant ; val. multzi oameni am vezut esiund (multos homines vidi eœeuntes). Le gérondif est plus rare avec audire : prov. quant ilh m'auzi cantan PO. 260 ; val. te aud cuntund. Il est très-fréquent avec trovare : ital. lo trovai giocando ; esp. hallaron durmiendo d un muchacho ; prov. nos atrohem aquest hom somovent GO. 245*^ ; fr. je l'ai trouvé lisant \ v.fr. aussi il le laissa illec gisant voy. Orelli 416. L'it. m and are (envoyer) se construit volontiers avec le gérondif : mandare dicendo = mandare a dire (faire dire), mandar pregando (faire prier), comp. prov. mandet dizen Choix V, 195. Il en est de même pour certains verbes qui expriment un rapport de temps, surtout en espagnol : seguir cantando = seguir de cantar ; acabar diciendo = acabar de decir (achever de parler) ; tornar hablando = tornar à hablar. Le grec et, parmi les langues modernes, l'anglais surtout présentent de nombreuses constructions du même genre : he saw him coming, he heard him telling, he continued singing, he avoided seeing him, 1 can not help thinking etc.
5. Prétérit. — Ce temps du participe se présente, au point de vue du genre du verbe, avec trois valeurs différentes. 1) Le prétérit des verbes transitifs a, comme en latin, le sens passif, bien qu'il forme avec habere l'expression périphrastique des
d'infinitifs nominaux, en leur préposant diverses prépositions, ou en les accompagnant de pronoms possessifs. On trouve par ex. pr. se levar de sezen (se lever de son siège), se levar en sezen (se lever pour s'asseoir, G. à d. de sa couche), se levar en estan (se lever pour se tenir debout), se levar de jazens, puis a mon sovenant (autant que je m'en souviens) Dolop. p. 274, al mieu viven, ses saben, ses vostre sàben, en son dormant, vostre veiant (devant vos yeux) etc. Le français moderne a conservé sur son séant, de son vivant. On empruntait de même à un verbe qui n'existait plus les formules : pr. a mon escien, mon escien, it. al mio sciente, mais aussi au nomin. sing. esciens; ce mot a donc été élevé au rang de substantif et procède sans doute du participe présent (t. II, 353, 354).
MODE. PARTICIPE DEPENDANT. 244
temps actifs : laudatus ah omnibus est rendu par it. lodato da tutti, esp. alabado de todos, fr. loué de tout le monde . Sur la signification temporelle de ce temps voyez le chapitre suivant. — 2) Les verbes intransitifs se donnent également un participe prétérit que le latin ne pouvait employer qu'impersonnellement avec esse (itum est, ventum erat). Mais, de même qu'en allemand, les verbes dont les temps périphrastiques se forment avec esse (voy. au chapitre suivant) sont seuls capables d'avoir un participe conservant la valeur du verbe, car le participe de ceux qui opèrent la périphrase avec hahere serait nécessairement pris, comme celui des transitifs, dans un sens passif. L'espagnol et le portugais, il est vrai, ne forment la périphrase qu'avec hahere, mais l'emploi de esse à une période antérieure a sauvé les participes. A tout prendre le participe ne fait défaut qu'à un petit nombre d'intransitifs, car ceux même qui se conjuguent avec hahere, comme les verbes français disparaître, dégénérer, rajeunir, admettent aussi esse, et même quelquesuns d'entre eux conservent cet auxiliaire, lorsqu'ils sont pris au sens passif, comme fr. veillé, songé. Ex. : ital. Rinaldo nella camminata entrât o ; la gentildonna con lei rimas a ; la novella assai aile donne piaciuta ; i panni stati del marito di lei (qui avaient appartenu à son mari) Dec. 2, 2. Esp. los companeros llegados en Madrid ; salidos de Zaragoza\ de même en portugais. Fr. Gargantua venu à l'endroit du hois ; Phèdre au labyrinthe descendue ; monté sur le faîte il aspire à descendre. — 3) Les réfléchis aussi fournissent en italien un participe caractérisé par l'adjonction de mi, ti, si, ci, vi : partitami di casa mia al papa andava Dec. 2,3; maravigliatosi disse costui ; aussi pentitisi d'averlo ingannato, ricordatosi, confidatesi in una cosa, deliberatosi, destatasi, fattasi innanzi, andatosene, postisi a sedere, avvicinatiglisi. En espagnol la dureté d'un pluriel comme alegrddosse devait faire écarter cette locution, aussi cette langue s'estelle habituée à employer le participe du réfléchi sans pronom (comme passif), ce qui a lieu aussi en allemand : admirados de tal suces o (étonnés de cet événement); olvidado de lo pasado (de olvidarse de una cosa)\ corrido de tal hecho (de correrse) ; puesto en rodilla (de ponerse) ; de même en port, admirado, esquecido etc. En provençal et en français le participe s'appuie sur le gérondif réfléchi du verbe auxiliaire : on dit par ex. en français : m' étant assoupi ; mon frère s'étant réjoui ; s' étant moqué. Quelques-uns de ces
participes sont employés comme adjectifs : réjoui, repenti équivalent à gai, repentant', d'autres tels que éveillé, étonné peuvent, bien que passifs, exprimer un sens réfléchi. Avec ce participe le daco-roman n'admet pas non plus le pronom réfléchi : culcatzi par ex. est pour se culcatzi (inf. se culcà, ital. corcarsi). Le latin rend les participes réfléchis et neutres des dialectes modernes par des déponents ou des neutres passifs : miratus = it. maravigliatosi, gavisus = allegratosi, fisus = confidatosi, misertus = impietosito, lapsus = caduto, profectus r=z viaggiato. — A ces trois cas l'italien en ajoute encore un quatrième : en effet cette langue emploie parfois incontestablement le participe de certains verbes transitife dans un sens transitif, qui répond à celui des déponents latins, en sorte qu'on peut sous-entendre le gérondif auxihaire avendo. Des exemples de ce genre ne sont pas rares chez les vieux auteurs : e lui regnato nello'mperio otto anni mort {avendo regnato) Malisp. c. 88 ; cautamente domandato délia donna (avendo domandato, lat. caute percontatus feminam) Dec. 2, 8; perché i compagni fra se ordinato che dovessero fare, ritornarono 8, 5 ; la donna con fatica le mani dalla cassa sviluppatogli quella ne porta 2, 4 ; mandato a dire alla donna . . . prestamente andô via 2, 2 ; queste guardato ben per tutto e veggendo 3, 1 ; ohangiato e hevuto s'andarono 5, 3 ; il gentile uonio fatto seconde che il marchese il pregava 10, 10. — Dans tous les cas cités on peut aussi employer le prétérit du gérondif, dont nous avons parlé plus haut, et qui même souvent est de rigueur : ainsi ital. essendo sorpresi si misero a fuggire ; essendo arrivata comincid a parlare ; essendosi confidati intrarono.
6. A propos du participe dépendant il est encore un point sur lequel il n'est pas indifférent d'attirer l'attention. Le roman possède , comme l'allemand , beaucoup de prétérits de verbes transitifs et intransitifs qui, après s'être dépouillés de leur signification modale et temporelle, deviennent de véritables adjectifs. Lorsqu'on dit en allemand er ist verschwiegen, il ne s'agit pas de présenter comme passé le fait de se taire ou d'être tu : le participe exprime absolument la discrétion comme qualité, et c'est dans le même sens qu'on emploie des participes tels que vergessen, erfahren, hesonnen, entschlossen, gelehrt, en lat. cautus, consideratus, discretus, fictus, notus, occultus, scitus, suspectus et d'autres encore. En roman c'est au sudouest qu'ont été créés le plus grand nombre d'adjectifs de ce genre,
MODE. PARTICIPE DE'pEND4NT. 248
mais ils n'ont pas perdu pour cela leur valeur verbale. En voici des exemples: v.esip.acordado, ital. «(^cor^o (circonspect) ; esp. agradecido (reconnaissant); ital. ardito (audacieux); esp. atentado, ital. attentato (prudent); esp. atrevido (= ital. ardito)\ ital. avveduto (avisé); esp. bien habiado (honnête et prudent dans ses discours); esp. c«//ao?o (silencieux); esi^. cansado (ennuyeux); descreido (incrédule); esp. disimulado, fr. dissimulé, it. simulato ; esp. entendido, fr. entendu ; it. inteso (attentif); port. esquecido (oublieux); esp. fiado, confiado, it. fidato, confidato (familier, confiant); esp. flngido {=: disimulado), ital. finto\ pr. issernitz (prudent, de issernir, c.-à-d. excernere) ; esp. leido (qui a de la lecture); v.esp. memhrado (de membrarse) PC. 3711, Bc. Mill. 310, port, lembrado, prov. membrat (avisé), ital. smemorato (inconsidéré); esp. mirado (= ital. avveduto) \ esp. olvidado (= port, esquecido) \ esp. osado, fr. osé (= ital. ardito); ital. pentito, v.esp. repentido PC, 3569, esp.mod. arrepentido, fr. repentie (le féminin seul est usité); es^. pesado (incommode); esp. porfiado (opiniâtre, de porfiar disputer); esip. presumido (vain, arrogant); esp. razonado, ital. ragionato, fr. raisonné; esp. reposado, ital. riposato (tranquille); esp. sabido, ital. saputo, prov. saputz Choix V, 400 (expérimenté); esp. sentido (susceptible), ital. sentito (précautionné). — En latin il existe en outre quelques prétérits comme coenatus, potus, pransus qui prennent un sens actif, sans renoncer pour cela à l'idée de passé : « quelqu'un qui a mangé ou bu. » A ces exemples se rattachent quelques mots romans comme esp. bien cenado, bien comido (qui a bien mangé), v.esp. soy yantado PC. 1047, era yantada ApoL 355; de même prov. sui dinnat (moi qui ai dîné) G A. 1117, son se disnat (ils ont dîné) Jfr. 129^. Aussi esp. una leona parida (qui a mis bas). Puis l'expression citée plus haut : port. esquecido, esp. olvidado, dans le sens de «qqun qui a oublié», v.fr. oublié, voy. Tobler, Roman. Gestaltung der lat. Conjugation p. 26, et un article dans le Jahrbuch YIII, 334, où il a signalé cette dernière forme et d'autres analogues comme « des vestiges du déponent latin ». En valaque on peut observer des prétérits pris dans le sens du présent : ainsi pleçut agréable = lat. placitus, voy. le Lex. bud. et Cihac; d'après Mussafia, Jahrb. X, 378, crezut, temut équivalent à credens, timens. 7. Futur. — Un petit nombre de futurs latins de la voix active et passive ont passé dans la langue moderne, et seulement en qualité d'adjectifs, par ex. it. venturo, casuro, adorando.
orrendo. Pour l'actif l'espagnol, le portugais et le provençal emploient en outre un composé en -dero (venidero), -douro (vindouro), -dor (venidor), voy. t. II, p. 327, le vaudois préfère le suffixe -ador, voy. Griizmacher, Jahrh. IV, 392. Mais la grammaire a de plus créé, au moyen de la périphrase, un futur verbal, c'est-à-dire un participe de la nécessité, sens qui en latin ne revient aussi qu'au seul futur passif. Ainsi pour l'actif : ital. avendo ad amare et essendo per amare, esp. hahiendo de amary fr. devant aùner ; pour le passif : ital. avendo ad essere amato, esp. habiendo de ser amado, fr. devant être aimé. Il est vrai que de semblables périphrases sont bien loin d'épuiser les attributions du futur latin. 11 arrive surtout fréquemment, ainsi que nous l'avons vu plus haut, qu'on est obligé d'appliquer l'infinitif : gladium eduœit eum occisurus est exprimé en italien par trasse la spada per ucciderlOy ou bien le relatif : res semper placitura, ital. cosa che sempre placera. L'espagnol a créé une expression commode pour le participe futur passif au moyen de por et de l'infinitif, p. ex. las hestias por domar é domadas {belluae domandae et domitae) Bc. SU. 452 ; tierras por pohlar è pobladas Alœ. 610 ; mugeres casadas y por casar ; port, feitos e por fazer FSant. 533 ; intransitif : los astrologos iratào do por vir {agunt de rébus futuris) S. de Mir. II, 117 ; h.lat. vineas plantatas vel pro plantare SRos. II, 51^ (ann. 1098). A cette expression correspondent parfois l'ital. da et le fr. à : cosa da far piangere, livre à lire, fer jadis tant à craindre {ferrum olim tam metuendum) Corn. Cid\ v.fr. nez ou à nestre (natus vel nascendus) NF. Jub. I, 73 (voy. plus haut p. 222). On peut aussi dire avec le sens actif: esp. las cosas présentes y las por venir JMen. 23 ; las g entes que aun son por llegar Fern. Go7iz, 340; port, o trabalho por vir {labor venturus, futurus) ; fr. la vie à venir, à tous présens et à venir ; ital. le cose a venire (res futurae) ; de même prov. aministradors esdevenidors [futuri) Rev. d, lang. rom. II, 95, causas esdevenidoiras LR.
Lorsque le participe est indépendant du verbe principal et qu'il s'emploie comme attribut d'un sujet qui lui appartient en propre, on a la construction nommée en latin Y ablatif absolu. D'autres langues expriment la même idée par d'autres cas. Les
deux éléments, le participe et le nom, ne sortent pas pour cela de la proposition simple, ils y prennent la place d'une locution adverbiale incidente. Cette construction éminemment favorable à la force et à la concision de l'expression, le roman ne l'a pas laissé perdre, tandis que l'allemand, au moins aujourd'hui, n'en fait qu'un usage très-restreint, et que le grec moderne l'a presque tout-à-fait oubliée ; seulement ici, comme pour l'accusatif avec l'infinitif, des traits inconnus au latin se sont introduits. Il est vrai qu'il ne peut plus être question ici de l'ablatif : la forme du cas indépendant, autant qu'on peut le reconnaître, est l'accusatif, et c'est l'accusatif ausei que les langues germaniques et, bien que dans une plus faible mesure, le grec, emploient dans cette circonstance. Le plus ancien b. latin favorise ce cas, par ex. adprehensum unum rusticum de civitate, interrogabant eum Gest. reg. Fr. c. 26 ; qui, acceptum ah eo pacis pretium, recedunt App. ad Marii chron. Bouquet, II, 19 ; et dans la langue juridique : si qiiis homo, insticantem inimicum humani generis, cum ipsa ancilla adulterium perpetraverit etc. LLong. Il faut surtout noter quelques expressions, qui ont passé à l'état de formules, comme illas exceptas Bréq. hQl^ (ann. 543), inspecta ipsa instrumenta Form. M. 2, 7, inspectas ipsas praeceptiones Bréq. 394^ (ann. 712), inspectam nostram firmitate7n Mab. II, 667 (ann. 793). Dans la pratique le choix du cas a peu d'importance, et nous sommes d'autant moins autorisés à nous étonner de voir le nominatif prendre ici la place de l'accusatif que d'autres langues, même le grec, admettent l'emploi du premier cas.
1. Le participe présent dans le sens absolu ne se présente qu'à la période primitive :' plus tard il a été remplacé par le gérondif, ou ne s'est conservé que dans certaines formules. Ital. dio permettente Pétr. Cap. d. div. v. 123 ; te permettente Ger. 5, 7; udenti molti haroni CN. 20; veggente tutta g ente 4:4: ; veggente messer Ricciardo Dec. 2, dO ; vegnente il terzo c?i 2, 9 ; crescente il fuoco 4, 4 ; me vivente, te opérante, régnante Carlo, ajutantemi la divina grazia. En espagnol et en portugais il semble encore moins usité ; l'Académie espagnole cite : la segunda hatalla que fizo Anihal fué pasante (se. él) los Pireneos ; autres exemples : entrante el Janero Alx. 78 ; entrante la semana Apol. 366. En provençal et en v. français les verbes videre et audire surtout sont employés avec la valeur absolue ; 1'^ ou le z de flexion montre qu'on a ici le participe, ainsi : eaz toz veanz {cunctis videii-
tibus) Gré g. (Orelli 89), ses iauz veanz Ren. I, p. 22, vezens las autras gens P. de Gorbiac v. 473. Mais en général la marque de flexion fait défaut, c'est-à-dire qu'on a le gérondif : prov. vezen sos ueils Flam. v. 994; vezen totz li haro (au lieu de los baros) Fer. 3326 ; auvent la gent Boèce 23 ; auzen totz Jfr. 55^; de même cossabent la sua moler (conscia uœore sua) GO. 40^; v.fr. veant cent milie humes Roi. p. 91 ; votant maint chevalier RCam. 69 ; oiant toute la gent Berte 127. Il est plus rare de voir d'autres verbes prendre part à cette construction, par ex. je conu racontant Antoine lo noble baron {illustri viro Antonio narrante cognovi) Grèg. Roq. I, 430^ ; avesprisant lo jor ibid. 614. Sous l'influence de l'original latin il arrive qu'une vraie construction participiale s'insinue dans une langue romane : les Egiptiens eux constreinans de issir (cogentibus eœire Egyptiis) Rq. I, 360^. Quelques adjectifs, au nombre desquels il faut compter même le participe mortuus, adoptent cette construction : ainsi ital. lei viva, lei morta, lui présente ; contento io contenta sarà ella pure ; esp. yo vivo ; tû muerto ; tu présente tengo gloria Flor. I, 233^ ; franc, lui mort nous n'avons point de vengeur Corn.; toute la cour présente-, présents l'évêque et les autres seigneurs. — Les expressions prépositionnelles qui ne tolèrent plus aucune flexion, durante, pendente, mediante, non obstante, ont déjà été signalées plus haut (p. 172). Les participes ou gérondifs de vider e et audire, mentionnés ci-dessus, se rattachent en quelque sorte à ce groupe, car ils peuvent être considérés comme représentant la préposition coram.
2. On se sert au contraire beaucoup du gérondif simple ou périphrastique {cantando, avendo cantato), lorsqu'il est pris au sens absolu. Exemples : it. i lor cavalli pendendo i morsi dalV arcion pasceansi Orl. 12, 32; essendo délia notte una parte passata arrivarono. Esp. sangriento trae el brazo por el cobdo ayuso la sangre destellando PC. 788; ajuntemosnos todos la tiniebra cadiendo Rc. Mill. 212 ; nos dormiendo, sus discipulos vinieron Rc. Loor. 114; facerlo- -he dios queriendo Cal. é L. 72^ ; estando ellos en aquesto entraron dos hombres CLuc. 88 ; que habiendosele caido un bonete descubriô un rostro como el carmin Nov. 4 ; port. 0 rei vendo a estranha lealdade mais pode em fim a piedade Lus. 3, 40; a flamma que assoprando o sibilante Boreas vai queimando 3, 49. Le pronom personnel est parfois
mis à' Taccusatif par d'anciens auteurs italiens : en général le nominatif est seul usité : i' avea già i capelli in mano avvolti latrando lui Inf. 32, 105 ; dans Pétrarque : ardendo lui, dans Boccace : me vivendo, me sedendo, lui tacendo ; questi m'apparve tornand'io in quella Inf. 15, 53; essendo egli Cristiano, lo Saracina Orl. 13, 10 ; esp. que fagan esta lid delant estando yo FC. 3494; de même gr.mod. àvaxwpwviaç h{lù (XTcb TY)v 2pL6pvY)v £Y^iv£ (7£ia{x6ç (ital. partendo io di Smirna v'avea un tremuoto). Pour des exemples provençaux voy. § 1. Franc, eux tenant ces menus propos de buverie G ar gamelle coinmença se porter mal Rabel. 4, 6 ; noire profond silence abusant leurs esprits ils n'osent plus douter de nous avoir surpris Corn.; la ville ayant été prise le soldat y fit un immense butin; il prit ce parti, son ami s' obstinant à se taire. Yal. Cristos fiind sear^ au inviat (ital. Cristo essendo sera ha inviat o) ; m^ pre^mblu strelucind luna (deambulo splendente luna).
3. Le prétérit du participe au sens absolu est appliqué en italien presque dans la même proportion qu'en latin. Le pronom personnel se présente ici également sous la forme du nominatif, à l'exception de egli, dont l'accusatif, lui, est devenu équivoque. G. Villani dit bien encore morto me, mais on lit ailleurs arrivato 10 arrivera egli ancora ; lei partita cessa la pioggia Dec. 2, 8 ; lo re Manfredi intesa la novella fue molto sbigottito Rie. Malisp. ; partito il re subitamente fur on molti sopra i due amanti Dec. 5, 6 ; il di seguente mutatosi il vento fer vêla Dec. 2, 4 ; passati i cavalieri in mostra viene la gente a piedi Ger. 1, 61 ; posta giù la paura si fecero innanzi ; date le lettere ; venuia la mattina ; passata la notte etc. L'espagnol et le portugais favorisent aussi cette construction, par ex. esp. la oracion fecha luego cavalgaba PC. 54 ; las archas aduchas prendet seiscientos marcos 147 ; ellos asentados vido uno en habito de Obispo Cast. de D. Sancho 94^ ; çomenzada su misa entraron unos mancebos ibid.; corrutas nuestras costumbres acaece el contrario S. Prov. 81 ; hecha la cuenta y pagado al huesped (ace.) se salieron de la posada Nov. 9 ; ida la muchacha vinieron los otros ; oidas las lecciones ; acabado el baile ; celebradas las bodas ; port, passada esta tâo prospéra Victoria, tornado Afonso d lusitana terra, o caso triste aconteceo Lus. 3, 118; abrazados os amigos e tomada licencia se parte 6, 56 ; partido vosso primo chegou meu
248 PBOPOSITION SIMPLE.
tio. Les langues du nord-ouest appliquent moins souvent cette construction. En provençal elle ne se présente que dans des traductions ou des chartes, par ex. Jésus sozlevaz los olls diss {suhlevatis oculis) Ev. de Jean éd. Hofm.; las fadas prezas las lampe zas {acceptis lampadibus) no prezero oli ab lor GO. 142^ ; vistas e mostradas las sohredichas cauzas es obs que hom sapia lo poder cet. Rev. d. lang. rom. II, 94. En français on ne l'applique d'ordinaire que lorsque l'action attribuée aux accusatifs est celle du sujet lui-même par ex. une fois la règle enfreinte rien n'arrête plus ; la ville prise ils se permirent toute sorte de cruautés ; les chevaux perdus ils ont fermé leur écurie ; eu égard à sa jeunesse on lui a pardonné ; un jugement rendu parties ouïes. Et c'est lorsque les accusatifs contiennent un sujet purement personnel indépendant de l'autre qu'elle est le plus généralement évitée, comme dans les phrases : mon père arrivé TTion ami partit ; les chevaliers passés en revue les hommes de pied avancent ; le roi Alphonse retourné en Portugal le triste événement arriva. En ce cas on a recours au gérondif qui fait mieux ressortir l'activité du sujet : mon père étant arrivé mon ami partit. La construction absolue est encore fort usitée par les anciens auteurs ; Marot dit par ex. : luy là venu ils cessèrent leurs chants 3, 305 ; Montaigne : V apotiquaire retiré, le patient accomodé ... il en sentoit pareil effect 1, 20; et des écrivains modernes s'en servent aussi, par ex.: on se persuada aisément que Robespierre arrêté les exécutions devaient cesser. Le valaque semble éviter le participe prétérit absolu ou le remplacer par le gérondif : il traduit le congregatis omnibus etc. de la Vulgate, Luc 15, par nu dupe multe zile adunund toate (c.-à-d. congregans omnia). — Il faut encore observer : 1) Les langues du sud-ouest, pour faire mieux ressortir l'idée de temps, préposent au cas absolu l'expression despues de, en quoi elles détruisent, il est vrai, à nouveau la construction absolue, par ex. despues de hechas (las cosas) S. Prov. p. 70 ; despues de dormido su amo Nov. 7; port, despoys de entendidas as mesajeens CGer. I, 288 ; comp. ital. com'io dopo cotai parole fatte venni quaggiù Inf. 2,. 111 ; franc, après ces affaires réglées les princes se séparèrent ; après la mort du comte et les Maures défaits Corn. Cid. — 2) Les participes se comportent souvent comme des adjectifs attributifs sans signification temporelle : esp. estuvo los brazos abiertos (il tenait ses bras ou-
verts); pr. plegatz los ginolhs (les genoux plies); ce trait a déjà été indiqué plus haut à propos de l'accusatif (p. 112). De plus avec certains verbes la construction en question a passé à l'état de formule. Ital. detto questo, ciô fatto (aussi cosï fatto)^ detratte le spese, i libri eccettuati. Esp. hecho et dicho esto, supuesta esta cosa, vista la requisicion. Fr. cela dit, six personnes exceptées, ces principes supposés, certaine hauteur passée ; ou bien le participe reste invariable devant le nom : excepté six personnes, supposé ces principes, passé certaine hauteur, de même attendu sa jeunesse, vu ses infirmités, considéré la. grande quantité. Le participe possède parfois aussi cette même valeur neutre en v. italien : venuto la sera etc. Blanc 501.
4. Il arrive souvent que le verbe principal exerce au moyen du pronom personnel une action rétrospective sur les accusatifs absolus qui le précèdent : dans ce cas le latin ferait régir le participe et le nom par le verbe. La phrase italienne chiamata la sua fante le disse Bec. 2, 2, qui est littéralement accita ancilla sua ei dixit, en dit autant que accitae ancillae suae dixit. Autres exemples : dove trovati de' suoi cittadini ... fu da loro rivestito Bec. 2, 4 ; dormendo egli gliparve in sogno di vedere la donna. Esp. Troyano yendo en hueste ... saliô una viuda a él S. Prov. 131 ; quedando yo en su lugar me dépara la suerte dos gâteras Nov. 4 ; port, sendo elles acerca de huma ponte Ihe disse hum escudero R. Men. c. 5. Franc, lui étant en cet âge son père ordonna qu'on lui fist habillement Rabelais 1, 8. B.lat. venientem autem illum apud villam, collectus est ad eum omnis exercitus Gest. reg. Fr. c. 32 ; avec un nominatif absolu : rêver sus ad provinciam contradixerunt me episcopi Esp. sagr. XIX, 372 (ann. 962); comp. b.lat. te custode gregis nil tihi praedo nocet Ven. Fort. 3, 14. Le latin lui-même use de ce procédé lorsqu'il veut marquer avec plus de précision la suite des événements : Vercingetorix convocatis suis clientibus facile eos incendit (Kriiger, Gramm. 500); le grec aussi lorsqu'il applique le nominatif absolu : àizoSXi'^ciLq ^àp xpoç toutov tov gt6Xov eoo^i [aoi
1. Autre chose est lorsqu'un seul et même sujet sert à former une construction absolue, comme it. una fonte .. ch'essendo fredda ella ogni spenta facella accende P. C:-. 18, 5 ; sperando che for se iddio indugiando egli la affogare mandasse qualche ajuto Dec. 2, 4. On considère ici habituellement ella, egli comme des pléonasmes.
5. Dans certains cas le participe seul peut représenter la construction tout entière. 1) Lorsque le sujet est facile à suppléer on omet parfois le pronom qui le représente : ital. cosî di varie cose parlando (egiino, lord) avvenne che etc. Dec. 2, 2; ove poco stanie {lui) due gran cocche pervennero 2, 4 ; i miei di fersi morendo (io) eierni P. Son. 238. De même gr. àxévToç (auToû) •f^ciéX-j'aivov. — 2) Les impersonnels renoncent sans hésitation au pronom personnel, qui ne leur est même pas attribué dans tous les dialectes : ital. essendo già tardi\ nevicando forte (comme gr. uovtoç toXXû) ; grandinando ; il en est de même en espagnol. Un pronom indéfini peut être de la même manière absorbé par le gérondif. Ital. considerando (lorsqu'on considère), veggendo (quand on voit). Esp. un lugar que viniendo de Roma d Florencia es el ultimo (lorsqu'on vient de R. à F.) Nov. 4. Fr. avouons qu' humainement parlant ces horreurs révoltent la raison. Val. toiz lecuitorii tzerii incepund delà cet dinteiu (tous les habitants du pays en commençant par le premier). — 3) Quelques participes ont en quelque sorte leur sujet dans la phrase qui se trouve sous leur dépendance, ainsi : ital. non ostante che, eccetto che, posto che, considerato che, et de même dans les langues sœurs, lat. eœcepto quod, audito, comperto, cognito etc., ail. ausgenommen, gesetzt, abgerechnet dass. Ces particules avec que sont considérées comme des conjonctions ; mais beaucoup d'autres prennent aussi part à cette construction, par ex. ital. da tutti tenuto che (comme tout le monde croyait que) ; esp. siendole dicho que (comme on lui disait que) .
Remarques sur le participe. — 1) Au moyen de la construction absolue on condense des propositions composées, formées avec le pronom relatif ou avec des conjonctions qui expriment le temps ou le motif, en propositions simples. Cette méthode est appliquée dans les langues modernes presque dans la même proportion qu'en latin, et en la négligeant on porterait préjudice à l'élégance du style. Les exemples italiens qui suivent feront voir comment le contenu de propositions composées peut être exprimé par des propositions simples. Il giovane udendo questa cosa disse (= che udiva); la donna con lui rimasa l'ahbracciô {che era rimasa) ; volendo uscire di casa trovai l'uscio serrato {quando voleva); appena le lagrime ritenendo rispose {mentre che riteneva); questa cosa avvenne regnando Alfonso {mentre che regnava) ; costui essendo stato "oreso {poichè fu preso) ; venuta la sera andai nella città
MODE. PARTICIPE IBSOLD. 254
(posciachè fu venuta); vedendo la pîHmavera mi r allegro (quando vedo)\ concedente dio lo faremo (se dio lo concède); disse che arrivando il termine ritornerehhe {quando arrivasse); io non andai da lui credendo che fosse "partito (perché credeva); perse guito da tutti si salvô (benchè fosse perse guito); potendolo fare non lo fece (benchè). — 2) Quelques grammairiens expliquent la construction absolue avec le prétérit par une ellipse du gérondif auxiliaire : perduta la paura, venuta la notte serait abrégé de avendo perduta la paura, essendo venuta la notte. Les deux expressions s'emploient l'une à côté de l'autre : cela est incontestable ; mais pourquoi le roman aurait-il fait un détour et passé par le gérondif pour revenir à une construction que le latin lui offrait immédiatement? Il la possédait déjà pour le participe présent, car venuta la notte ne se comporte pas autrement, au point de vue syntactique, que vegnendo (anc. vegnente) la notte. Au reste c'eût été pour la langue une moindre hardiesse de créer à nouveau cette construction, si elle l'avait oubliée, que d'omettre le gérondif de hàbere ; et en ce qui concerne le gérondif de esse il faut remarquer que ce mot ne s'est développé que tard et péniblement : il n'a pas de forme dans la lingua rustica, chaque langue le représente à sa façon. En effet, l'italien l'a tiré de esse, l'espagnol de sedere, le français de stare, le valaque de fieri. Aussi le plus ancien bas latin connaît -il peu ces gérondifs auxiliaires, qui n'ont sans doute été appliqués qu'à l'époque où les anciennes constructions commençaient à tomber en désuétude. Dans les cas où la signification temporelle du participe est indifférente, un gérondif complémentaire serait inadmissible et même souvent contraire au génie de la langue, ainsi dans ital. vi rimandero tutto, avendo (ou essendo) eccettuati i libri; esp. este hombre andô, habiendo perdido el tino. Peut-il y avoir eu un moment dans le développement de la langue où l'on ait vraiment ajouté dans ces cas le gérondif? On a fait encore valoir contre cette opinion l'accord du participe avec le nom, accord qui n'est pas exigé par le gérondif de ^aôere (trovatA la casa, avendo trovato la casa, voy. le ch. suivant), mais cet accord aurait pu se produire aussi à la suite de l'ellipse. Même le cas itahen, cité à la p. 242, d'un participe de verbe transitif employé au sens actif, ne demande pas nécessairement à être expliqué par une ellipse de avendo. Gomme le participe seul se prêtait à remplacer la construction entière (par ex. dans cosi detto) , certains auteurs ont pu être amenés à lui adjoindre
encore un régime, comme dans la donna sviluppatogli le mani etc. — 3) De toutes les langues modernes de l'Europe, c'est l'anglais qui suit de plus près l'usage roman. La périphrase s*y opère de la même manière. Le prétérit actif est having loved = ayant aimé, le prés, passif heing loved = étant aimé, le prêt, having been loved = ayant été aimé. Les deux gérondifs auxiliaires having et being sont d'un emploi trèsfréquent, même au sens absolu. Ex. hoth kingdoms were principally supported hy agriculture, there subjects never having attained any high degree of improvement in art ; this banquet diffused new joy , the préparations for it being made. Le participe prétérit s'emploie aussi de la même manière : the poem concluded = ital. finita la canzone\ I eœtinct = morto io ; le présent est plus rare : properly speaking = fr. proprement parlant, de même supposing, allowing.