‹ Grammaire élémentaire de l'ancien françaisChapitre 69 sur 121 · Brunot, Gram. hist., p · texte numérisé non relu

Brunot, Gram. hist., p

défini il signifie : le plus grand nombre. On dit ordinairement : li alqiiant et li pluisor.

Ex. : Alquant i chantent, li pluisor getent lairmes.

Quelques-uns chantent, le plus grand nombre pleurent.

Se pasment li plusor. (Roi., 2^22.) La plupart s'évanouissent.

De plusor s choses à remembrer li prist. (Roi., 2377.) Il se mit à se souvenir de plusieurs choses.

Quel... que. — Là où le français moderne emploie quelque... que\ l'ancien français employait, plus logiquement et plus simplement, quel... que : cet emploi a d'ailleurs persisté jusqu'au xvne siècle.

Ex. : Quel part qu il ait, ne poet mie caïr. (Roi., 2o34) Quelque part qu'il aille, il ne peut tomber. Deu gardad David quel part qu'/7 alast.

(Quatre livres des Rois, II, i^S.) Dieu garda David, quelque part qu'il allât. En quel lieu que on le mist : en quelque lieu qu'on le mît.

Au xviie siècle :

En quel lieu que ce soit, je veux suivre tes pas.

(Molière, Fâcheux, III, 4.)

Les distinctions entre quelque adjectif et quelque adverbe ne sont pas connues de l'ancienne langue; jusqu'au xviie siècle d'ailleurs, quelque s'accorde avec le mot auquel il se rapporte.

Qui qui, Qui que, Que que. — Qui qui, qui que, cui que

1. On trouve des exemples de quelque... que dès le xme siècle; mais son emploi n'a prévalu qu'au xvne.

(cas-régime du précédent) s'employaient en parlant des personnes.

Que que, quoi que s'employaient en parlant des choses.

Ex. : Ambor oclt, qui que •/ blasmt ne le lot. (Roi., i5£6). Il les tue tous deux, qui que ce soit qui le blâme ou le loue. Cui qu'en peist1 o cui non. (Roi., 1279.) Qui que ce scii que cela ennuie ou non.

Autres exemples : cui qu'en doie desplaire; cui qu'en doie anuier, etc.

Que que Rotang Guenelon forsfesist (Roi., 3827). Quelque faute que Roland ait commise envers Ganelon. Autres exemples : que que li autre facent ; que qu'on die. . .

Qui qui, qui que étaient souvent accompagnés de l'adverbe de temps onques : de là vient le pronom indéfini quiconque (qui que onque).

Qui... qui pouvait avoir aussi le sens de : les uns... les autres. Le neutre que... que signifiait : tant... que. Cf. encore, dans La Fontaine : One bien que mal elle arriva (Fables, IX, 2).

Tant. — Tant, comme quant, était un adjectif indéfini variable.

Ex. : Par tantes terres ad son cors travaillât ! (Roi., 54o.) Par tant de pays il a fatigué son corps ! Tanz bons vassals vee\ gésir par terre. (Roi., 1694.) Tant de bons vassaux vous voyez couchés par terre !

Avec quant on pouvait dire : en quantes choses, quanîes proieres (prières), etc. Cf. encore l'expression vieillie : toutes et quantes fois.

On disait mil tan\, cent tan% = mille fois autant, cent fois autant.

1. Subj. prés., 3e p. sg., du verbe peser. Angiade. — Grammaire élémentaire de l'ancien français. 13

Tout. — Tout employé comme adjectif (tous les hommes^) pouvait ne pas prendre l'article dans l'ancienne langue surtout au pluriel : tous hommes, tous dis, tous jours. On disait aussi toute nuit, toute veie (toutefois, cependant). Cf. encore, au xvne siècle :

Che^ lui paisiblement a dormi toute nuit.

(Corneille, Menteur, III, 2.) Quoi ! Masques toute nuit assiégeront ma porte !

(Molière, Etourdi, III, 9.)

Un. — Un s'emploie au pluriel devant les mots qui n'ont pas de singulier ou devant les mots désignant des objets qui vont par paire.

Unes lettres, unes fourches, unes chausses, unes cornes, unes grosses lèvres, etc.

Lu employé comme pronom au sens de l'un, quelqu'un est fréquent.

Uns qui se jut cl pavillon Respi vi di orgoillose men t .

(Ben. de Sainte Maure, 160^2. ) L'un d'eux, qui était couché au pavillon, répondit orgueilleusement.

Au xvie siècle, //;/ avait souvent le sens de quelqu'un : Comme un qui prend une coupe (Ronsard, Odes, I, 2). Oter à un ce que la fortune lui avait acquis (Montaigne, II, 8).

Page 1