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PREMIÈRE PARTIE PHONÉTIQUE

Anglade. — Grammaire élémentaire de l'ancien français. I

Le latin classique importé dans les colonies romaines subit, dans chacune de ces colonies, des modifications. Il se forma peu à peu une langue moins correcte que le latin classique et que l'on désigne sous la dénomination, assez impropre d'ailleurs, de latin vulgaire.

Ce latin nous est connu, en petite partie, par les inscriptions et par des textes du vr% vne et vme siècles (lois des Barbares ou Germains, formules de notaires, etc.).

Le latin vulgaire différait du latin classique dans les formes de la déclinaison et de la conjugaison, dans la syntaxe et dans le vocabulaire.

On déclinait par exemple corpus, corpi, corpo (au lieu de corpus, corporis, corporï), capus, capi, capo (au lieu de caput, capitis, capitï) ; on disait au nominatif pluriel de la ire déclinaison rosas au lieu de rosae et on faisait de folia (pluriel neutre de folium) un féminin singulier folia, foliœ, etc.

Dans la conjugaison on disait : morit pour moritur, partit pour partitur, sequit pour sequitur, sum amatus pour amor, habeo scriptum pour scripsi, etc.

Dans le vocabulaire les différences étaient nombreuses entre le latin littéraire et le latin vulgaire : on disait caballus au lieu de equus, tabula au lieu de mensa, mansio

ou hospitale au lieu de domus, villa au lieu de urbs, etc.

Parmi les verbes on peut citer cambiare au lieu de mutuare, desiderare au lieu de optare, adjutare au lieu de adjuvare, carricare au lieu de onerare, cooperire, deoperire pour aperire, minare* pour ducere, etc.

En syntaxe la conjonction quod est employée dans les phrases où le latin classique mettait l'infinitif avec un accusatif sujet : credo Deum esse sanctum devient en latin vulgaire : credo quod Deus est sanctus.

Le français dérive, pour la plus grande partie de son fonds, du latin. Toutes les théories qui ont essayé de le faire dériver d'une autre source, par exemple du celtique, sont radicalement fausses. Les noms d'origine celtique sont au contraire assez rares2. Parmi les principaux on peut citer : aloue (dim. alouette), arpent, bec, benne, braie, Ireuil, chemise, char, charrue, cervoise, grève, jarret, petit; peut-être chemin, jambe, soc.

Les éléments germaniques sont plus importants : beaucoup se rapportent à la guerre, comme : guerre, guaite et guet y herberge (plus tard auberge; camp), maréchal; armures : brant, épieu, estoc; équipement : haubert, heaume, éperon, gonfanon, bannière, étrier ; autres mots : alleu, fief, gage; bliaut, gant, robe; échanson, êchevin ; verbes : fourbir, fournir, garantir, guerpir, garnir, saisir, etc., etc.3

Le grec a fourni quelques éléments, surtout à l'époque des croisades.

Nous avons emprunté aussi quelques mots à l'italien et à l'espagnol, aux xvie et xvne siècles (termes mili-

i. Minari, menacer, a pris en passant dans les langues romanes le sens de mener: mener à l'origine c'est menacer, en parlant des animaux que l'on m' ne en les menaçant.

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