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TEMPS DE L'INDICATIF

A l'indicatif les confusions entre l'imparfait et les différents temps du passé sont des plus fréquentes; sur ce point, la syntaxe de l'ancien français s'éloignait beaucoup de la syntaxe actuelle.

En ce qui concerne le présent, l'ancien français emploie souvent, dans la même phrase, le présent de l'indicatif, le passé défini et le passé indéfini.

Ex. : Corn vit le lit, esguardat la pulcele,

Donc li remembret de son seignour céleste.

{Alexis, 56.) Quand il vit le lit et qu'il regarda la jeune fille,

alors il lui souvient de son seigneur céleste. Li cuens Rollan^ quant il veit mor% ses pers, Tendror en out, comencet a plorer. (Roi., 221b.) Le comte Roland, quand il voit morts ses pairs,

en eut pitié et commence à pleurer.

Quand se redrecet, moût par out fier le vis.

(Roi., 142.) Quand il se redresse (redressa1), il eut (avait) le

visage très fier.

En pie% se drecet si li vint contredire. (Roi., 195.) Il se dresse sur ses pieds et vint le contredire.

L'imparfait, qui, dans la langue moderne, marque une action qui durait dans le passé, est souvent remplacé par le passé défini, qui est le temps de la narration et non de la description. La réciproque a d'ailleurs également lieu, mais beaucoup moins souvent avant le xne siècle.

Ex. : Li palais fut listes d'azur et d'adimant. Li palais fut volti^. . .

Et fut fait par compas... (Pèlerinage, 334.) Le palais fut (était) bordé d'azur et de diamant... Il fut (était) voûté. . .

Il fut (était) bien construit.

Bons fut li siècles al tems ancienour, Quer feit i eret et justicie et amour. (Alexis, 1 .) Bon fut (était) le monde au temps passé, car il y

régnait justice et amour.

Vairs out les oil% et molt fier le visage ;

1. Nous mettons entre parenthèses, dans les exemples qui suivent, les formes qu'exigerait la syntaxe actuelle.

Gent out le cors et les coste^ molt larges.

Tant par fut bel s, fuit siper l'en esgardent. (Roi., 299.)

[Ganelon] eut (avait) les yeux vairs et le visage

très fier ; il eut (avait) le corps bien fait et les côtés

très larges ; il fut (était) si beau que tous ses

pairs le regardent.

C'est surtout dans l'emploi des verbes être et avoir que cette confusion des temps du passé a lieu.

Mais au xne siècle, l'emploi de l'imparfait se développe d'une façon de plus en plus sensible, surtout chez Chrestien de Troyes. a C'est un des grands changements survenus du xie au xme siècle1. »

Le passé défini et le passé indéfini sont souvent employés l'un pour Tautre.

Ex. : Caries H reïs, nostre emperere magnes, Set an~ entiers est remes en Espagne ; ' Tresqu'en la mer conquist la terre altaigne. (Roi., 1.) Charles, le roi. notre grand empereur, sept ans

entiers est resté en Espagne ; jusqu'à la mer il

conquit (a conquis) la haute terre.

Cordres at prise et les murs peceit\ Od ses cadables les tors en abatiet (Roi., 97.) Il a pris Cordes et brisé ses murs ; avec ses machines

il en abattit les tours.

Vinc en Jérusalem par l'amistét de Deu ; La croi^ et le sépulcre sui venuz aorer.

(Pèlerinage, i54-j Je vins à Jérusalem pour l'amour de Dieu ; je suis venu adorer la croix et le sépulcre.

Le passé antérieur est souvent employé pour le plusque-parfait (qui est très rare en ancien français), surtout

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