‹ Grammaire elémentaire de la vieille langue française (volume 2)Chapitre 119 sur 243 · OUTRE · texte numérisé non relu

OUTRE

§ 669. — Cette préposition a d'abord signifié « audelà », sens qui ne s'est conservé que dans quelques locutions : « outre mer, outre mesure ».

Chanson de Roland: « Ultre cest jur ne sérum plus vivant. » C'est-à-dire : « Au delà de ce jour nous ne serons plus vivants. »

PAR

§ 660. — Cette préposition s'employait plus librement qu'a^jourd'hui dans son sens primitif de <( à travers ».

Chanson de Roland: <( Par le camp (champ) vait Turpins li arcevesques. » Nous dirions plutôt : « L'archevêque Turpin va à travers le champ de bataille. »

§ 561. — Par signifiait aussi pendant, comme per en latin :

Villehardouin : « Ensi dura li assaus par cinc jors. » C'est-à-dire : « Ainsi Tassaut dura pendant cinq jours ».

§ 562. — Par a encore aujourd'hui un sens voisin de après, dans certaines locutions : « un par un, jour par jour. » L'ancienne langue disait aussi : « l'un par l'autre », au lieu de « l'un après l'autre ».

Joinville : « Se je vous ai de riens mesfait, je le vous desferai, l'un par l'autre. » Traduisez : « Si je vous ai fait tort en quoi que ce soit, je vous dédommagerai l'un après l'autre ».

563. — Cette préposition a servi à former un certain nombre de locutions, dont quelques-unes sont devenues hors d'usage :

Par veir (par vrai) au sens de « vraiment, sûrement ».

Chanson de Roland : « S'il voelt ostages, il en avrat par veir. » C'est-à-dire : « S'il veut des otages, il en aura 5mrement ».

Par lui, par eux, au sens de « lui seul, eux seuls ».

Chanson de Roland : « Cil sunt par els en un val. » Mot à mot : « Ils sont par eux dans un vallon. » C'est-àdire : « Us sont seuls. »

Roman de Berthe : « Berte fut en la forest par li. » Mot à mot : « Berthe fut en la forêt par elle. » C'est-àdire : « fut seule dans la forêt. »

§ 564. — Ajoutez les locutions prépositives suivantes :

Par nom de, au sens de « au risque de ».

Chanson de Roland : « Par num d'ocire enveierai le mien... » C'est-à-dire : « Au risque de le tuer, au risque de le faire tuer, j'y enverrai le mien, mon fils. »

Par sum (latin per summum) j au sens de « à l'extrémité de... au sommet de... »

Chanson de Roland : « Par sum les puis en un broill i remestrent. » C'est-à-dire : « Au haut des montagnes, ils s'arrêtèrent dans un bois. »

§ 565. — Par se joint encore à certaines prépositions, particulièrement à celles qui commencent par de : « par devers, etc. » L'ancienne langue disait aussi: « pardecoste », avec le môme sens que « decoste » (Voyez ci-dessus).

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