ADVERBES QUI SONT AUSSI PRÉPOSITIONS
§ 576. — Un bon nombre de prépositions peuvent s'employer adverbialement (quelques-unes sont d'ailleurs des adverbes à l'origine). Nous ne signalerons ici que celles qui ont eu, comme adverbes, des acceptions qui s'écartent des sens prépositionnels ou des sens actuels, ou celles qui ne peuvent plus s'employer adverbialement.
§ 577. — Ainçois et ains, qui signifient d'ordinaire « avant, auparavant », ont quelquefois le sens de « plus tôt » ou celui de « plutôt ».
Sermons de saint Bernard : « Je encherche per quel raison li filz prisist anceos char que li peires. » C'est-à-
dire : « Je recherche pour quelle raison le fils s'incarna plutôt que le père. » :
§ 578. — C'est aussi le sens de ains dans les deux loculions « com ains pot » et « qui ains ains ».
Com ains pot signifie proprement : « comme plus tôt il put. » Nous disons aujourd'hui : « le plus tôt qu'il put ».
Chanson de Roland : « Gum il einz pout, del pui est avalez. » C'est-à-dire : « Le plus tôt qu'il put, il descendit de la colline. »
Qui ains ains, qui est ordinairenient accolé à « qui mieux mieux », signifie proprement : « qui plus tôt, plus tôt », c'est-à-dire : « chacun le plus tôt qu'il peut».
Villekardouin : « Vont à la terre qui ainz ainz, qui mielz mielz. » C'est-à-dire : « Ils vont à la terre chacun le plus vite et le mieux qu'il peut. »
§ 579. — Ayant, devant, s'emploient comme adverbes plus librement que de nos jours. On trouve la locution adverbiale « par avant », qui, précédée de l'article au datif, a produit l'adverbe actuel : auparavant.
§ 680. — Emprès, comme adverbe, a ordinairement le sens de « après, ensuite ».
Chanson de Roland : « Enprès li ient. » Traduisez : « Ensuite ils lui disent. »
§ 581. — Endroit, comme adverbe, s'ajoute à « ici, là, or ». Ici endroit équivaut à peu près à « ici même ». Or endroit équivaut à « maintenant » (voy. or aux adverbes de temps).
§ 582. — Entour a souvent, dans les chartes, le sens de « environ ». Ou là entour signifie : « ou environ, ou à peu près. »
§ 583. — Parmi, employé quelquefois comme adverbe, a le sens de « par le milieu ».
Chanson de Roland: « Tute la teste li adjoanni sevrée. » C'est-à-dire : « Il lui a tranché toute la tête par le milieu. »
Au XVII* siècle on trouve encore « parmi » employé adverbialement, mais avec le sens de « au milieu ». La Fontaine a dit : « Mais je voudrais parmi Quelque doux et discret ami. »
§ 584. — Puis, outre sa valeur actuelle, avait le sens de depuis :
Chanson de Roland : « Une einz ne pois ne fut si forz e iière. » Mot à mot : « Jamais avant ni puis il n*y eut si forte et fîère bataille. » C'est-à-dire : « Jamais avant ni depuis,.. »