ORDRE DES PROPOSITIONS
1<* En plaçant le sujet de la proposition principale après le verbe :
Villehardouin : « Mult esgarderent Gonstantinople cil qui onques mais ne Tavoient veue. » Mot à mot : « Regardèrent beaucoup Gonstantinople ceux qui jamais ne Tavaient vue. »
2** En séparant le relatif de son antécédent, ce qui est encore possible quelquefois :
Villehardouin: « Nule genz n'ont si grant pooir, qui sor mer soient. » Mot à mot : « Aucun peuple n*a si grand pouvoir, qui sur mer soit. » C'est-à-dire : « Aucun des peuples qui habitent sur les bords de la mer n'a une si grande puissance. »
Chanson de Roland : Cil sunt montet ki le message firent. » Mot à mot : « Ceux sont montés qui le message firent. » C'est-à-dire : « Ceux qui firent le message sont montés. »
§ 704. — Aujourd'hui dans les phrases semblables, si^ pour mettre en relief la proposition principale, nous voulons rejeter l'incidente à la fin, nous sommes obligés de reculer aussi l'antécédent, qui ne peut être séparé du relatif, et comme, d'autre part, le sujet doit précéder le verbe, nous remplaçons cet antécédent, devant le verbe de laproposition principale, par un pronom pléonastique : « // est parti celui que ton cœur aimait tant », dit un refrain populaire.
§ 705. — La conjonction que est à l'origine un pronom relatif neutre. On l'emploie encore quelquefois avec un antécédent, qui est toujours l'un des pronoms neutres il ou ce : « Ce n'est pas sans raison que,.. Il fut décidé que.,. Il partit parce que,,. » Dans « parce que » la conjonction suit immédiatement son antécédent, tandis qu'elle en est séparée dans les deux premiers exemples. L'ancienne langue pouvait employer librement les deux constructions :
Clêdàt. 1 6
Sermons de saint Bernard : « Ceu ke li Filz venist ne fut mies atorneit senz lo consoil de la sainte Triniteit. » Mot à mot : « Ce, que le Fils viendrait, ne fut pas décidé sans le conseil de la sainte Trinité. » Nous dirions : « // ne fut pas décidé... que le Fils viendrait. »
Cette construction se trouve encore dans Bossuet : « Ce que Dieu est bon, c'est du sien et de son propre fonds. » C'est-à-dire : « C'est de son propre fonds que Dieu est bon. » On remarquera seulement dans Bossuet la répétition de ce devant le verbe.
Joinville : « Et maintenant les eussent attains et dévorez, se ne fust ce que il lassoient cheoir aucune piesce de drap mauvais. » Mot à mot : « Et à l'instant ils (les lions) les eussent atteints et dévorés, si n'eût été ce que ils laissaient tomber quelque pièce de drap mauvais. » C'est-à-dire : « si ce n'eût été que, »
§ 706. — Si nous séparons ce neutre de la conjonction que, nous ne pouvons le séparer du pronom relatif proprement dit, et nous disons : « Donnez-moi ce que vous avez de monnaie », plaçant l'incidente entre ce et son complément « de monnaie ». L'ancienne langue aurait pu dire : <i ce de monnaie que vous avez. »
Joinville : « Je jetai hors ce d* argent que j'y trouvai. »