I. — Infinitif
§ 221. — Les Latins avaient quatre conjugaisons, auxquelles correspondent les quatre terminaisons de nos infinitifs :
er (latin âre)^ dans chanter de cantkre; quelquefois on avait ier au lieu de er : aider était jadis aidier.
ir (latin ire) dans ouïr de audire.
re (de rendre) et oir (d'avoir), qui viennent également d'une terminaison latine en ère ; reddere (rendre), habere (avoir) ; mais dans le premier verbe latin l'accent tonique est sur le radical : rédd-ere, tandis que dans le second il est sur le premier e de la flexion : hab-ére,
§ 222. — La flexion latine e're, pare tonique, s'est souvent confondue dans le langage populaire avec la flexion -Lere par e atone (avec accent sur le radical). Il en est résulté que des verbes qui, d'après leur étymologie, devraient être en otr, sont en re, ou inversement, et quelquefois les deux formes coexistent. Submonere a donné
semondre (qui dérive de la prononciation populaire submônere par e atone), au lieu de semonoir qu'on attendrait d'après le latin classique submonére; câdere a donné cheoit\ puis choir (de la prononciation populaire cadére par e tonique), au lieu de chiére; ardére a donné ardoir (vieux mot qui signifie « brûler »), mais on trouve aussi ardre^ dérivé de *àrdere.
§ 223. — D'autre part, dans un bon nombre de verbes, la terminaison latine ire a été substituée à l'une ou l'autre des terminaisons en ère. De là le verbe courir (de *currire au lieu de cûrrere),, à côté duquel on trouve la forme régulière courre, conservée dans plusieurs locutions telles que « chasse à courre ». On a aussi guerre et quérir.
§ 224. — La terminaison française ir peut encore dériver directement (sans l'intermédiaire d'une transformation populaire en ire) du latin ^re. Ainsi placére a donné directement plaisir (ancien infinitif, devenu depuis longtemps substantif) et non plaisoir; Ye tonique latin ne s'est pas changé en oi, mais en t, par suite de l'influence exercée par le c sur la transformation de la tonique (Voyez dans la phonétique, le tableau del'e long tonique, 7*). Ces cas sont rares d'ailleurs.
§ 225. — En résumé, la flexion française ir vient généralement de la flexion du latin classique ire. Mais, par exception, elle peut dériver de la flexion ère placée dans des conditions déterminées, ou bien encore elle peut correspondre à un ère ou à un ^ere, transformé par le latin populaire en ire.
Chacune des flexions françaises en oir et en re peut
correspondre à l'une ou l'autre des flexions latines en ère.
Enfin la flexion er se ramène toujours au latin are.
§ 226. — Dans les infinitifs choir et voir, toute trace de
la voyelle du radical a disparu; car si on supprime la
flexion oir, il reste pour tout radical ch ou v, La forme ancienne de ces infinitifs était cheoir et veoir (plus anciennement ckadeir et vedeir).
Nous avons un infinitif en uir monosyllabique, c'est fuir. Mais on prononçait jadis en deux syllabes : fuir. Le radical est fu et la flexion de Tinfinitif ir,
§ 227. — On comprend que les verbes en re où la flexion atone re était précédée d'un i {i-re)^ aient pu se confondre avec les verbes en ir. C'est ce qui est arrivé pour les verbes dérivés de colligere et de benedicere. Légère ayant donné lire, et dicere : dire^ colligere et benedicere auraient dû donner cueillire et bénire. L'assimilation avec les verbes en ir a produit cueillir et bénir (anciennement béneîr), A côté de beneir on trouve aussi beneistre^ qui se rattache à une assimilation avec les formes latines inchoatives en iicere (Voyez § 163).
§ 228» — Le t? final du radical est tombé devant la flexion re de l'infinitif dans boire (anciennement boivre) et dans écrire (anciennement escrivre),