‹ Grammaire elémentaire de la vieille langue française (volume 2)Chapitre 8 sur 243 · FORME SAVANTS · texte numérisé non relu

FORME SAVANTS

BXBMPLES.

re, ré.

re.

réclamer, refaire.

sou, sous (le même que la préposition sous).

sul), subtus.

souvenir, soutenir, soumettre, soustraire.

sub (ou, comme en latin, su i^vee redoublement de la consonne suivante).

subvenir, succéder.

sur (le même que la préposition sur).

super.

surveiller, surprendre.

super.

isuperflu, superposer

tré, ira.

trans, ira.

trépasser, travers.

trans.

transporter

Nous n'avons pas fait entrer dans le tableau les préfîx exclusivement savants, tirés du latin ou du grec, comr anti (grec àv^i)^ de antipathie, antifrcmçah ; circum et ci con (latin circum)^ de circumnavigation , circonspect, et

Remarque I. — Plusieurs préfixes ne se trouvent que da les mots qui les avaient en latin, et n*ont pas servi à form de nouveaux mots : an de ancêtre par exemple. * Remarque II. — Les préfixes ont en général conservé le première valeur; mais re a eu dans l'ancienne langue un se particulier qu'il n'a plus. « Redonner », par exemple, signifia tantôt « donner une nouvelle fois », comme aujourd'^hui, tant « donner de son côté, à son tour ».

1. îl ne faut pas confondre cet anli, d'origine grecque, qui a le se de « contre », avec un autre anti qui n'est qu'une variante de anté (< latin ante)j et qui a le sens de « avant, devant », dans antickamb par exemple (pièce avant la chambre).

§9. — Quant aux suffixes, nous ne parlerons pas ici de ceux qui jouent le rôle de flexions,- c*est-à-dire qui seryent à marquer le geni^è et le nombre des noms et adjectifs, le temps, le mode et la personne' des verbes; on les retrouvera plus loin. Les flexions s'ajoutent aux suffixes proprement dits.

§ 10. — Parmi les suffixes proprement dits, un des plus importants de la langue est celui qui sert à former tant d'adverbes, et qui dérive du latin mente : ment. « Mente » est le mot latin^qui veut dire esprit, et par extension manière, et qu'on retrouve dans mental et autres dérivés. Le sens propre de « fortement, grandement, etc. », est : d'une manière forte, grande.

§ 11. — Voici un tableau des principaux suffixes des noms et des adjectifs *. Nous suivrons Tordre alphabétique de la première lettre des suffixes latins ; Tordre des suffixes français aurait l'inconvénient de séparer souvent des suffixes de même origine, ois et ais par exemple.

1. Les suffixes verbaux sont moins importants. En effet, un certain nombre de verbes sont formés avec des noms et adjectifs, dont ils ont natureUement conservé les suffixes. Beaucoup d'autres ont un ancien suffixe fondu avec la racine. C'est ainsi que le suffixe uc de manducare n'est plus représenté que par le g du français manger. Je signalerai seulement ici le suffixe oy de larmojei', et autres verbes semblables, qui dérive de ic latin : icdre = oyer.

iO

8UFPIXB8 LATINS.

Abilem<.

Aceam ou âciam.

Acem.

àceum.

Aculum.

Alem.

âlia.

àneamouâniam.

âneiim.

Antiam.

Anum.

Arem.

ariam.

Ariam.

SCFFIXBS FRANÇAIS.

able,

acCj asse.

ace (savant).

ais.

as.

acé (savant).

ail,

acle (savant).

aL el.

aille.

agne^ aine,

ain,

ance,

ain, ien, an (savant).

aire (savant).

ef\

erie,

ière, ère, aire (voyez le suivant) .

«BMPLXS.

1. L'accent aigu sur les suffixes latins indique la place de l'accent tonique (Voyez §§ 12 et 13). Il est accompagné dun astérisque quand Taccent tonique occupe dans la prononciation populaire une place différente de celle que lui donnait le latin classique. Quaud raccent tonique n'est pas sur le suffixe, je l'indique on faisant précéder le suffixe d*un trait surmonté de l'accent aigu.

aimaôlef coupable,

cuivasse, menace,

efficace, tenace, niat^, biais, punat>.

fatras, plâtras, coutelas, crustacé, cétacé.

soupirai/, attirât'/, miracle, obstacle.

loyal, centra/, original.

nature/, hôte/, origine/.

épousat7/e5, batai/Ze.

monta,7ne, hautame.

hautat/i.

aisance, assurance.

Romain, doyen, Troyen.

gallican.

militatre, consulat/ e.

sangU'er.

chevalerie.

chevalière, étrangère, contraire.

sorrixiV LATINS.

SDFFIXBS FRANÇAIS.

SSBtS f BXiaPLIS.

âriuni.

ier,

er (anciennement t>r}.

aire.

chevalier, pommier, étranger, rocher, contraire, imaginaire.

âstiuin.

dire.

mard^re^ rouged/re.

itam.

ée.

ode (origine étrangère).

arm^e, échappée, croisée, croisac/e, escapaôk.

iticum.

âge.

atigue (savant).

voyage, passade.

via/t7t^, tiqnatique.

atiônem.

aison.

ation (savant).

comparaison, fondation.

atôrem.

eur (anciennement eor).

ateur (savant).

empereur^ semeur.

accusa/eiir, adorateur.

âtum.

at (savant).

duché, évêché.

consulat épiscopa/.

atûram.

ure (anciennement eûre, comparez plus bas le suffixe latin uram).

ature (savant).

blessure, brûlure.

ligature.

éllam.

elle.

nouve//e. chape//e.

èllTun.

e^ (anciennement et).

nonyeau, chapeau.

énsem.

ois, ois.

Danoû, Anglais.

érinm.

ier,

ère (savant).

moûtier, monastère.

nésimum.

ième.

ésirhe (savant).

trentième, millésime.

*iam.

te.

folie, félonie, calomnie.

ibilem.

ibU.

péni6/e, visi6/e.

SUrFIXES LATINS.

8ITPFIXBS VkAIfGAIS.

HBSPLB8.

icium.

fouilU>, hachts.

ice (savant).

artifice, factice.

iculam.

ille, exile.

icvUe (savant).

chent7/e, cheville, oreille cantcu/e, édtcu/e.

1 ionm (voyez aticum plus haut).

te, ique (savants).

che, i semi-voyelle.

public, portz^t^c, laique.

poTchey lat.

1 idum.

ide (savant).

de.

r&pide, liquide, mauBsaûfc, raic^e.

lilem.

ile (savant).

le.

fragt'/e, utt7c.

Trè/e, meub/e.

ilem.

avrtï, genttV, civt7.

inum.

in.

moulin, mariai.

itiam.

esse (anciennement ece).

ise.

paresse, yn^tesse.

sottise, convoitise.

ice.

justice, notice.

*ittum {ittum, ottum).

et, ot.

baquet pauvre/, bachot, cuissot.

ivum.

if-

TLUf, maladif.

méntum.

ment.

garnementf ornement.

ôlam.

eule.

filleule,

olé (savant ou étranger).

camiso/e, foliole.

ôïum.

eut.

ol.

épagneu/, Ûlleul.

Espagno/.

ônem.

on.

oison, bâton.

ôrem.

eur.

chaleur, favewr. 1

ôriam.

aire.

histoire, mémoire. i

SCFriXBS LATINS.

ôrimn.

ôsnin.

tàtem.

tiônem.

ùculam.

ùcnlom.

ùdinem et itùdinem.

uram.

gUFFIXBfl FRANCIIS.

oir, oire,

eux»

té.

yson, çon, tion (savant).

ouille.

ou (anciennement ouit).

ume^ iume.

ude, tïtu/e (savants) .

ure (voyez aturam plus

haut).

BZBMPLB8.

arrosotr, comptotr.

méritoire, auditoire.

glorietia;, heureua:.

vérité, hoiité,

poison, fapon, lepon.

po/ioni facft'on, afflichon.

citroui//e, grenout//e.

verrot/, genou (* gennculum).

coutume, amortome.

inquiétude, Km:çi\xtude.

ceinture, mesure.

§ 11 bis, — A ces suffixes d'origine latine il faut ajouter deux suffixes d'origine germanique qui ont une grande importance : arrf (germanique hart) de vieillard^ bavard^ etc., et aut ou aud, anciennement ald (germanique wald)^ de levraut, crapaud, etc.

Remarque. — Plusieurs suffixes peuvent être agglutinés : chapelet comprend el et eL Dans menterie, on retrouve le suffixeeur de menteur suivi de ie; millon se rattache à dself où on a déjà le suffixe el. Nous avons d'ailleurs fait entrer dans le tableau plusieurs suffixes ainsi composés.

II. ^Règles générales de transformation des mot latins en mots français ou lois générales de 1 phonétique.

Accent tonique et accent secondaire. — Place de Vaccen

tonique en latin et en français.

§,12. — La transformation des mots latins en mots fran çais populaires dépend surtout de la place de Y accent toni que. Dans tous Jes mots de toutes les langues, il y a ton jours une syllabe sur laquelle la prononciation appuie Cette insistance de la voix sur une syllabe, plutôt que sui les autres, est ce qu'on nomme V accent tonique ou Vaccem proprement dit, et la syllabe qui reçoit cet accent est d\ii tonique ou accentuée * . Ainsi dans le mot français « ornement » Y accent est sur la dernière syllabe : ment . Les autres syllabes, par opposition, sont dites atones. Mais parmi ces dernières il faut remarquer la première du mot, qui reçoit en quelque sorte un accent secondaire. Ainsi dans le mot fourniture^ les syllabes qu'on entend le mieux sont la première four et la tonique tu.

§ 13. — En français, Taccent tonique est sur l'avantdernière syllabe quand la voyelle de la dernière est un e muet, et sur la dernière dans tous les autres cas. En latin, Taccent n'était jamais sur la dernière syllabe ; mais il affectait tantôt Tavant-dernière, tantôt celle qui précédait l'avant-dernière ^. Nous marquerons la place de l'accent dans les mots latins par un accent aigu au-dessus de la voyelle tonique.

1. On Toit que le mot accent est pris ici dans un sens tout différent de celui qu'on lui donne lorsqu'il désigne un signe conventionnel placé sur certaines voyelles pour en préciser la prononciation (accent aigu, grave, circonflexe).

2. Il affectait Tavant- dernière ou pénultième quand elle était longue, et raotépénultième quand la pénultième était brève.

Loi de la chute des atones, — Exceptions.

§ 14. — En règle générale les mots latins qui sont devenus français n'ont conservé que deux syllabes, la première et la syllabe tonique, et celle-ci est demeurée tonique en français. Ainsi vindicàré avait quatre syllabes : venger n'en a que deux, Tune »en, qui représente la première syllabe du mot latin, vin, l'autre qui représente la syllabe tonique ca avec adjonction de la consonne suivante. Quant au changement de Vi de vin en e, du c de ca en g^ del'a en e,ce sont des phénomènes très réguliers, dont on trouvera l'explication dans la phonétique. .

De même que vindicàré a donné venger, capitale a donné cheptel (dont le doublet savant est capital) ; adjutàtis, aidez ;manducàre, manger; dormitôrivim, dortoir, etc. Dans tous ces mots français l'accent tonique est sur la syllabe qui correspond à la syllabe tonique latine.

§ 15. — Les voyelles atones des syllabes non initiales, c'est-à-dire autres que la première,, ont disparu complètement, excepté dans trois cas principaux :

!• Les a latins atones des syllabes non initiales sont toujours représentés dans Jes (nots français par des e muets. Ainsi ornB,méntum a donné ornement, fâbK : fève. Pour bien comprendre la différence qiii existe, à ce point de vue, entre l'a atone qui se conserve toujours sous forme dV muet, et les autres voyelles atones qui disparaissent (sauf dans les exceptions %ei 3 ci-dessous), il suffit de comparer : * canB,bisium qui donne chénevis, à sanitâtem qui donne santé; port qui vient de portum, à porte qui vient de portKtn.

^2® Les atones quelles qu'elles soient (et non pas seulement l'a) se conservent aussi par exception quand elles sont suivies de deux ou plusieurs consonnes ou d'une con-

sonne mouillée (mouillée par un i suivi d'une voyelle). Ain$ *juvencéllum donne jouvenceau, qv^adriliônem, carilio* traditiônemy trahison (dont le doublet savant est tradition * campiniônem, champignon;* acntiàre^ aiguiser , etc.

3" Certains groupes de consonnes ne peuvent se pr noncer sans le secours d'un e muet. En conséquence lor qu'une atone latine quelconque se trouve au milieu d'L groupe de ce genre (ou après le groupe, suivant les cas elle est remplacée, dans le mot français correspondan par un e muet, qu'on appelle voyelle de soutien ou d'appu Ainsi peregrinum a donné pèlerin avec un e muet au mi lieu du mot, à cause du groupe de consonnes r gr du me latin. De même lihrum a donné livre^ féhrem, fièvre, etc

Cette voyelle de soutien a persisté, même lorsque 1 groupe de consonnes qui l'a produite a cessé d'exister pa suite de la chute d'une des consonnes. Ainsi Ve qui termin le mot père s'explique par le groupe 4r qui se trouvai dans le mot latin patrem. La chute du t qui précédait Y a laissé intact Ve atone de soutien, tout en lui enlevant si raison 4'étre.

Souvent la voyelle de soutien correspond à deux atonei latines. Ainsi pôrticum a donné porche. Le latin avait un et un u après l'accent, le français n'a qu'un e muet ; V atone a disparu, et le groupe r t c a, amené Ve de soutier qui s'est substitué à Vu latin.

§ 16. — On voit que dans la plupart des cas, les atone! des syllabes non initiales, quand elles ne tombent pas sont représentées par des e muets. Quelquefois il s'y joini un i, provenant soit d'un i soit d'un c latin, et la diphi tongue ei ainsi formée est aujourd'hui devenue oi:*Domi\ nicéllam a fait dameiselle, puis demoiselle.

§ 17. -^ Ces différentes règles et exceptions appeilenj quelques remarques complémentaires.

Remarque I. — Vi et Vu latins atones, lorsqu'ils se trouvent dans les conditions où ils doivent tomber, se maintiennent quelquefois en formant diphtongue avec Tune des voyelles qui doit persister. Ainsi dans dormitôrium, qui a donné dortoir, Yi de la désinence ium a cessé de constituer une syllabe, mais il s*est ajouté à Vo tonique pour former la diphtongue ot. Vu de vddunt a changé Va tonique en o (d'abord au) : vont.

Remarque II. — Lorsqu'un préfixe entre dans la composition d'un mot, la syllabe qui suit le préfixe doit être considérée comme la première du mot, au point de vue de l'application des règles ci-dessus. Elle persiste à ce 'titre. Mais le préfixe se conserve aussi. Ainsi dans *demordre, mot latin de quatre syllabes qui commence par le préfixe de, la première syllabe de persiste parce que c'est le préfixé, la deuxième mo^ se conserve (sous la forme meu, anciennement mou) parce que c'est la première du mot quand on fait abstraction du préfixe. La troisième ra qui est la tonique, persiste à plus forte raison. Enfin l'atone finale e disparaît, parce qu'elle n'est pas dans les conditions où les atones se conservent. De là te mot français demeure^', anciennement demeurer. Si de n'était pas un préfixe, le mot français venant de démordre n'aurait que deux syllabes, ce serait : dembrer.

Toutefois, dans un certain nombre de cas, le préfixe a été considéré comme la première syllabe radicale du, mot, et la syllabe suivante est tombée (voyez §§ 176 bU, 239, 256).

Remarque III. — i^ Le latin avait, comme toutes les langues, des mots simples et des mots dérivés : amicum était un mot simple, et *amicdbilem un dérivé d'amtcum. L'un a donné le français ami, et l'autre amiable. On remarquera dans amiable la conservation de Yi atone, conservation due à ce que cet i était tonique dans le mot simple: amicum, ami. L'influence .de la voyelle tonique d'un mot simple peut donc sauver cette même voyelle dans les dérivés où elle est atone.

2«L'w atone de virtuôsum s'est aussi conservé dans « vertueux »,. sous l'influence de Yu tonique de virtûtem (vertu), ou peut-être simplement parce qu'il faisait hiatus avec la tonique ; car l'hiatus paraît avoir préservé les voyelles atones : c'est ainsi que ehristidnum a donné chrétien, mot qui formait jadis trois syllabes.

Remarque IV. «- i"* Par exception l'a latin atone est com-

plètement tombé, au lieu de se conserver sous forme d'e muof à la 3* personne du subjonctif du verbe avoir (ait=:habeaf ) au singulier des imparfkits (devoit, devait, au lieu de dévoie t devaiet = debébat) et dans quelques autres cas. Toutefois i faut faire une distinction entre les deux premières personnes de l'imparfait et la troisième. Très anciennement on a devoii sans e muet avant le t; mais aux deux premières personnes on a écrit jusqu'au xvi* siècle ; je dévoie, tu dévoies,

2° L'e muet résultant d'un groupe de consonnes est aussi tombé dans quelques mots tels que persi7, jadis peresil, lati n petrosélinum.

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