VI PRÉFACE
français, j'avais, sur la plupart des questions que j'ai dû aborder ici, des notes abondantes entre lesquelles il m'a fallu choisir, pour ne pas dépasser les limites d'un ouvrage élémentaire. Il importait de laisser de côté les détails qui n'auraient pu que rebuter les commençants et disperser inutilement leur attention, ou charger leur esprit de connaissances qui ne sauraient y demeurer. Mais il n'importait pas moins de n'omettre aucun phénomène essentiel, et, sans prévoir, ce qui serait impossible, toutes les difficultés qui peuvent se présenter dans la lecture d'un vieux texte français, de préparer l'esprit du lecteur à les résoudre, par des notions très précises sur les lois générales et les principales exceptions. Je n'ose me flatter d'avoir toujours été heureux dans le choix de ce qu'il fallait dire et de ce qu'il convenait d'omettre : ce que je puis affirmer, c'est que je ne me suis jamais décidé à la légère et sans mûre réflexion.
Je ne pouvais songer à aborder l'examen comparé des différents dialectes du vieux français. Je me suis borné, en général, aux formes d'où dérive le français actuel, sans négliger toutefois de signaler les formes dialectales les plus remarquables, et celles qui pouvaient éclairer l'étude du français proprement dit.
C'est à l'École des Chartes, au cours de M. Paul Meyer, que j'ai appris les premiers éléments de la phonétique, qui est l'objet d'une partie de ce volume. .Mais la science des origines de notre langue fait tous
PRÉFACE. VTI
les jours de nouveaux progrès, et, sans parler de mes recherches personnelles, j'ai dû mettre à profit les nombreux articles de revues et travaux de tout genre qui augmentent sans cesse la quantité des faits connus et des problèmes résolus. Parmi les savants qui, à des degrés divers, ont contribué à ces progrès, je citerai: en France, MM. Gaston Paris, Camille Chabaneau, Anatole Boucherie, Natalis de Wailly, Arsène Darmesteter, Léon Gautier, Louis Havet, Marty-Laveaux, et à l'étranger, après Frédéric Diez, qu'on doit mettre hors de pair, MM. Tobler, Fœrster, Bartsch, Cornu, Mussafia, Scheler, Lùcking, Ayer. Je cite ces noms au hasard, n'ayant pas la prétention de fixer des rangs ni de donner une liste complète. Si on voulait déterminer la part de chacun dans les résultats actuellement acquis, il faudrait, pour chaque point particulier, une longue bibliographie, qui ne saurait entrer dans un livre élémentaire, mais qui trouvera naturellement sa place dans la grammaire détaillée que je prépare. Je dois une mention spéciale aux vastes dictionnaires de MM. Littré et Godefroy, qui sont, comme on l'a dit, de merveilleux instruments de travail. Enfin il serait injuste de ne pas signaler les services qui ont été rendus par les ouvrages de M. Brachet. Ils ont commencé avec éclat la grande œuvre de la vulgarisation, complément indispensable de l'œuvre scientifique. J'ai tâché d'aller plus loin dans la même voie, et je serais heureux que mes efforts méritassent du