‹ Grammaire élémentaire de la vieille langue françaiseChapitre 22 sur 167 · DEGRÉS DE COMPARAISON — TRACES DU COMPARATIF ET DU SUPERLATIF LATINS · texte numérisé non relu

DEGRÉS DE COMPARAISON — TRACES DU COMPARATIF ET DU SUPERLATIF LATINS

S 103. — Nous formons aujourd'hui le comparatif de supériorité et le superlatif en faisant précéder l'adjectif de « plus » et de « le plus » ou « très ». Le latin pouvait marquer ces degrés de comparaison à l'aide de flexions. Ainsi le comparatif latin se formait en ajoutant au radical de l'adjectif : ior pour le masculin et le féminin, ius pour le neutre. Il se déclinait comme suit :

SINGULIER

Masculin et Féminin. Neutre.

Nominatif: grândior /plus grand \ grândius

\plus grande/

Accusatif: grandiôrem grândiu*

PLURIEL

Masculin et Féminin.

Nominatif: grandiôres Accusatif: grandiôres*

« Grandior » se décline donc comme les substantifs imperator, peccator, qui ont donné les mots français emperére (cas régime empereor), pechiére (cas régime pecheor).

Nous avons pris pour exemple un comparatif latin qui s'était conservé dans l'ancienne langue française. Il était devenu « graindre » au cas sujet singulier et « graignor » au cas régime singulier. La forme du neutre devait être « grainz », mais on n'en trouve pas d'exemple. Quant au pluriel, il est facile de voir qu'il devait être « graignor » au cas sujet masculin (suppression de Ys par analogie, § 68) « graignors » au cas régime masculin et au cas unique féminin.

§ 104. — Ce comparatif a entièrement disparu ; mais un autre mot latin, qui signifie aussi « grand », magnus (lequel a donné magne, de Charlemagne), nous a laissé des traces de son comparatif. C'était en latin mâior, accusatif maiôrem. Or mâior a produit en français maire, dont le sens étymologique est « plus grand », mais qui est devenu un substantif désignant le « plus grand » fonctionnaire municipal ; l'accusatif maiôrem avait produit maior, maieur, majeur, qui est devenu un adjectif indépendant, mais qui était à l'origine le cas régime du comparatif et du substantif maire .

§ 105. — On trouve aussi dans les anciens textes les cas régimes : gensor (comparatif de gent, adjectif qui a le sens de gentil, gracieux), halzor (comparatif de hait , haut) et quelques autres.

§ 106. — Les adjectifs latins bonus (qui a donné bon), malus (qui signifiait mauvais), parvus (qui signifiait petit), avaient des comparatifs, empruntés à d'autres radicaux, qui se sont conservés en français avec leur valeur de comparatifs. Celui de bonus était melior (meilleur), celui de

malus : peior (pire), celui de parvus ; minor (moindre). Ces mots se déclinaient en latin comme grandior :

Masculin et Féminin.

Neutre.

Nominatif:

Accusatif :

mélior melidrem

mélius mélius

Nominatif:

Accusatif :

péior peiôrem

péius péius

Nominatif:

Accusatif :

minor minôrem

minus minus.

Les formes françaises correspondantes étaient : Masculin et Féminin. Neutre.

Cas sujet : mieldre, mieuclre ) . . Cas régime: meillor, meilleur J miels' m,eus> mieux*

Cas sujet : pire )

Cas régime : peior J PIS'

Cas sujet : meindre, moindre ) Cas régime : menor )

moins.

On ajoutait quelquefois une s analogique au cas sujet masculin. Le pluriel est semblable au cas régime singulier, sauf l's de flexion qu'on ajoutait pour former le cas régime masculin et le cas unique féminin.

Comme on le voit, l'un de ces comparatifs s'est conservé sousla forme du casrégime, meilleur, et les deux autres sous la forme du cas sujet. Les neutres sont devenus des adverbes.

§ 107. — Le superlatif latin (enissimus, imus) n'a généralement pas laissé de trace dans le français populaire. Cependant le vieux mot pesme (très mauvais, terrible) n'est autre que le superlatif qui correspond au comparatif « pire » ; « pesme » vient du latin pessimum. On trouve aussi grandisme superlatif de grand, seintisme superlatif de seint (saint), altisme superlatif de ait (haut).

Clédat. 4

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