I. — Cas sujet et cas régime
§ 369. — Se mettent au cas sujet : 1° le sujet et l'attribut; 2° les articles ou adjectifs qui se rapportent au sujet ou à l'attribut.
Se mettent au cas régime : 1° le régime, qu'il dépende du verbe ou d'un autre mot, et par conséquent après toutes les prépositions; 2° les articles ou adjectifs qui se rapportent au régime.
On disait : « mes amis est arrivez, mais « j'ai rencontré mon ami », ou «j'ai écrit à mon ami » ; « mi ami sont arriver*, mais : «j'ai rencontré mes amis »,ou « j'ai écrit à mes amis.»
§ 370. — Voici quelques exemples pour chaque cas :
Cas sujet singulier.
Chanson de Roland: « Guenes li quens s'en vait a sun ostel. » Traduisez : « Ganelon le comte s'en va à son hôtel. » vers 342.
Cas régime singulier.
Ibidem : « Par le puign tint le cunte Guenelun.» En français moderne : « Parle poing il tenait le comte Ganelon. » v. 415.
Ibidem : « Cil out fiance del cunte Guenelun. » En français moderne : « Celui-ci recutla foi du comte Ganelon. » v. 1526.
Cas sujet pluriel.
Joinville : « Tuit li baron de France furent si troublci... » Traduisez : « Tous les barons de France furent si troublés...» §79.
Cas régime pluriel.
Chanson de Roland: « Ses barons mandet, » c'est-à-dire : ô II mande ses barons. » v. 166.
Joinville : Dariere li ne demoura de touz chevaliers ne de touz serjans, que Messires Geiïroysde Sergines. » Traduisez : « Derrière lui il ne demeura de tous (les) chevaliers et de tous (les)sergents que Monseigneur Geoffroy de Sargines. » § 309.
Le commencement d'un psaume célèbre, « Le Seigneur dit ;'i mon Seigneur, » doit être traduit, en vieux français : « Li Sire dist à mon Seigneur. »
§ 371. — Le cas sujet s'employait encore là où les latins auraient mis le vocatif, c'est-à-dire pour adresser la parole à quelqu'un :
Chanson de Roland : « Go dist li reis : Guenes, venez avant. » Traduisez : « Le roi dit : Ganelon, avancez. » 280.
Joinville: « Chiers sire, je vous faiz à savoir... » Traduisez : « Cher seigneur, je vous fais savoir... » § 2.
Chanson d'Aliscans: « Dist à ses homnes : Segneur, or i parra... » Traduisez : « Il dit à ses hommes : Seigneurs, maintenant on verra... » v. 4950.
Le cas sujet-vocatif « sire », qui est devenu un substantif indépendant, est resté toutefois jusqu'à nos jours vocatif de seigneur quand on s'adresse à un souverain. Corneille : « AhîsiVe, écoutez-nous. ;>
II — Ellipse des prépositions de et à devant le cas régime.
8 372. — Devant le cas régime, l'ancienne langue sup-
primait souvent le de possessif. On disait : « Li fils Pierre, li homme le roi, » pour « le fils de Pierre, les hommes du roi. »
Chanson de Roland : « Gefreiz d'Anjou, le rei gunfanuniers. » Traduisez : « Geoffroi d'Anjou, du roi gonfalonier, gonfalonier duroi. » v. 10G.
Joinville: « Après la bataille le conte de Flandres... » Traduisez : « Après le corps de bataille du comte de Flandres... » § 27 i.
Nous disons encore : « Hôtel-Dieu, Fête-Dieu, » pour « hôtel de Dieu, fête de Dieu. »
§373. — On pouvait aussi supprimer devant le cas régime la préposition à marquant le régime indirect:
Chanson de Roland: « Ne placet Deu, ne ses seinz ne ses angles... » Traduisez : « Ne plaise à Dieu, ni à ses saints ni à ses anges... » v. 3718.
Joinville : « Pour mes chevaliers donner à mangier. » Traduisez mot à mot : « Pour à mes chevaliers donner à manger; » c'est-à-dire : «■ Pour donner à manger à mes chevaliers. » § 44i.
Nous disons encore : « Dieu merci, » c'est-à-dire « merci à Dieu, j'en dis merci à Dieu. »