I. — Emploi des noms sans article et sans « de » partitif
§ 386. — L'article indéfini un l et le de partitif sont anciens dans la langue. Mais, à l'origine, leur emploi était beaucoup plus restreint qu'aujourd'hui, et l'on trouve souvent sans aucun article, et sans de partitif, des noms que nous ferions précéder aujourd'hui de l'un ou l'autre de ces mots. L'ancienne langue n'avait pas non plus l'habitude de personnifier, comme nous faisons, les abstractions, en plaçant l'article défini devant les noms abstraits non déterminés : la force, la haine, etc. Nous avons conservé dans les proverbes et dans un certain nombre de locutions (notamment après les prépositions) le vieil emploi de ces mots sans article : « par force, faire merveille, patience et longueur de temps font plus que force ni que rage. »
Voici, comme exemples, quelques phrases de nos vieux auteurs dans lesquelles nous mettrions aujourd'hui devant le nom l'un des articles, avec ou sans de partitif, ou le de partitif seul :
1. La syntaxe de l'article indéfini doit être placée dans le chapitre des adjectifs et pronoms indéfinis. Nous ne signalons ici que le nonemploi de ce mot dans certains cas communs aux deux articles.
Chanson de Roland :« Sur pâlies blancs siéent cil chevalier. » C'est-à-dire : « Sur des tapis blancs sont assis ces chevaliers. >> 110.
Joinville : « Tandis que li roys fermoit Sayeie, vindrent marcheant en l'ost. » Traduisez : « Tandis que le roi fortifiait Sayette, des marchands vinrent dans le camp. » 58'i.
Ibidem : « Dont grans joie fut et doit estre à tout le le royaume de France. » 761.
Nous dirions : « Ce fut et ce doit être une grande joie pour tout le royaume de France. »
Ibidem : « Or acorderent entre aus que il n'averoient pooir de faire chaude. » C'est-à-dire : « Ils furent d'accord qu'ils n'auraient pas le pouvoir de faire de chaussée? qu'ils ne pourraient faire de chaussée. » 214.