LE PETIT BARON
L'orgueil est un défaut insupportable qui nous fait haïr de tout le monde.
Le petit Ernest, fils unique de monsieur le baron de N..., avait été placé dans une pension, au milieu d'un grand nombre de petits garçons de son âge. C'était un enfant hautain, vaniteux, rempli de lui-même et accoutumé à ce que tout cédât devant lui. Il avait été terriblement gâté chez ses parents : tous les domestiques devaient obéir aux volontés les plus bizarres de M. Ernest ; et ce haut et puissant baron de dix ans eût-il demandé la lune, q^u'il aurait fallu la lui donner, au risque de voir ce petit vilain drôle transformé en tigre furieux.
A peine fut-il arrivé au milieu de ses nouveaux camarades, qu'il les mécontenta tous avec ses grands airs de prince royal. Il commença par se choisir pour compagnons et boD'^ amis ceux des écoliers qui étaient les mieux mis et les plus distingués. Tout cela, mes enfants, vous indigne fort contre Ernest, si orgueilleux, si vain et, disons le mot, si sot et si ridicule. Cependant, ne vous hâtez ,pas de le prendre en haine ; vous l'aurez bientôt en pitié. Écoutez plutôt.
Un jour que tous les élèves du pensionnat étaient allés à la promenade, Ernest (c'était son habitude) se prit de querelle avec son voisin de classe, celui avec lequel il se trouvait alors en rang. La dispute était vive; et, lorsque la troupe joyeuse fut arrivée au lieu du rendez-vous,
La rage se trouvait à son faîte montée.
172 GRAMMAIRE ÉLÉMENTAIRE LEXICOLOGIQUB
a33«. — Af<?me devoir.
Le rival d'Ernest était un petit espiègle, très vif, très malin, très taquin, très spirituel et surtout très irrévérencieux à Tendroit de monsieur le baron ;.ce fut du moins l'avis de celui-ci, qui, hors de lui-même, et n'étant plus maître de sa colère, s'écria, en prenant un ton de roi insulté : « Ap-
Êrenez, monsieur, que je suis baron. » A peine cette maleureuse phrase fut-elle lâchée, que tous les écoliers, qui s'étaient rapprochés de nos deux querelleurs, se mirent à crier tous ensemble et à tue-tête : « Oh 1 oh 1 monsieur le baron 1 — Bonjour, monsieur le baron. — Beau baron, gentil baron, je suis bien votre serviteuî*. — M. le baron daignera-t-il agréer les hommages du plus respectueux de ses admirateurs? » Enfin, chacun de nos petits lutins se croyait obligé de lui jeter sa pierre. L'un, s'approchant de lui avec une gravité comique, lui faisait une humble révérence ; celui-ci lui marchait sur le pied et s'excusait de la liberté grande; celui-là lui demandait s'il descendait de monsieur le Soleil ou de madame la Lune, a Non, disait un quatrième, monsieur est sorti de la cuisse de Jupiter : c'est un dieu, adorons-le. — Chapeau bas, messieurs, criait un autre, chapeau bas devant le marquis de Carabas I »
Quant à Ernest, au pauvre Ernest, il était là, étourdi, confus, suffoqué, mort de honte. Ce qu'il souffrit pendant cette heure, ce siècle d'angoisse, nul autre que lui ne le sait ; mais ce que tous les élèves purent apercevoir, c'est qu'à partir de ce jour Ernest devint aussi doux, aussi humble, aussi modeste, en un mot aussi accompli, qu'il avait été jusque-là arrogant, fier et vindicatif.
«^34*. — L'élève mettra au pluriel le devoir suivant.
Nota. Les mots en italique, ainsi que leurs corrélatifis, doivent seuls être mis au pluriel.
Le chrétien croit. Ce jeune arbre croît rapidement. La mouche va, vient, revient, fait mille tours. Avant de dépenser un sou, tourne et retourne-le deux fois entre tes doigts, et demande-toi ce qu'il t'a coûté à gagner. Celui qui parle sème; celui qui écoute récolte. 2\i lies ce paquet pendant que je lis ma leçon. Vhomme s'agite, Dieu le mène. Vhomme sage use de la vie, Vinsensé en abuse- Elle bâtit un nid, pond, couve et fait éclore. Il bâtit, détruisit et rebâtit deux fois sa maison. Aide-^oe, le ciel t'aidera. Dès que je naquis je pleurai, et chaque jour me dit pourquoi.
Une mouche survient et des chevaux s'approche, Prétend les animer par son bourdonnement, ^
Pique l'un, pique l'autre et pense à tout moment Qu'elle tait aller la machine.
J'ai été où fti es ; tu seras où je suis, 5ow juste, et tu seras indulgent. Le balancier va et vient. Nous /"inviterons lui et ses ^rnais. Le vrai savant est modeste. Un ami véritable ^st un trésor précieux* Sois ton valet si tu veux être ton maître. Tant va la cruche à Peau qu'à la fin elle se casse. Le paresseux dit : Je ne peux, je ne sais pas, je n'ai pas la force. Vous m'oubliez, moi qui suis votre ami. Tu te fiais à cet imposteur et /en riais. Le lion bat ses flancs avec sa queue. Dis-moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es. Je ne saurai.s mettre le nez à ma fenêtre sans que je voie passer une dupe ou un fripon. Cet homme était planteur de choux, et le voilà devenu pape. Tu ne me secours pas, toi qui te disais mon ami. Ce général est devenu plus célèbre par sa prison que par ses victoires. Fais en sorte, mon fils, que Ton ne cuisse pas dire de toi : Il vaut moins qu'il ne valait. Ce/ui quipaye ses dettes s'enrichit. Celui qui a payé ses dettes s'est toujours enrichi. Paye tes dettes, tu t'enrichiras. Si tu as payé tes dettes, tu t'es enrichi. // paye ses dettes et s'enrichit. Si tu veux t'enrichir^ il faut (jue lu payes tes dettes. Quand je paye mes dettes, je m'enrichis. Quand ta payais tes dettes, tu t'enrichissais. Il faut que tu payes tes dettes pour que tu t'enrichisses.
235*. — L'élève mettra les phrases suivantes au singulier.
Nota. Les mois en italique, ainsi que leurs corrélatifs, doivent seuls être mis au singulier.
Nos cousins veulent que nous nous promenions avec eux. Rappelez-vous le passé, ménagez le présent et ne vous inquiétez pas trop de l'avenir. Il ose nous dire dés injures, à now* qui lui avons rendu mille services. Les vûM/owr^ sont des oiseaux de proie. Les tigres dévorent quelquefois leurs petits. Les amis qui donnent des conseils sont souvent importuns. Voulez-vous être riche ; vivez de peu et contentez-vous de ce que vous avez, si peu c[ue vous ayez. Un poète comique, voyant ses domestiques qui fondaient en larmes à son lit de mort, leur dit : Mes amis, vous ne pleurerez jamais autant que je vous ai fait rire. Ceux qui savent parler savent beaucoup, mais ils sauraient davantage s'ils savaient se taire. Deux bons livres sont deux excellents amis. Ne dépensez rien inutilement : ce qui vous coûte un centime est très cher, s'il ne vous est pas nécessaire. Les roses ont leur beauté, leur fraîcheur, leur parfum ; mais elles ont aussi leurs épines. Les sages pensent, avant de parler, à ce qu'ils doivent dire; les insensés parlent, et ensuite réfléchissent à ce qu'ils ont dit. Ne parlez de vous ni en bien ni en mal ; si vous vous blâmez, les autres en croiront plus que vous n'en direz; si vous vous louez, ils ne vous croiront point. Ceux qui se croient savants ne savent rien; ils ignorent tout, jusqu'à leur ignorance.
SÎ36*. — Même devoir.
Pardonnez à yos ennemis. Si vous êtes savants, vous êtes riches. Les avares sont toujours pauvres. Ne vous flattez point ; voyez sans indulgence l'état de votre conscience. Les chevaux sauvages vivent en pleine liberté : leur démarche, leur course, leurs sauts ne sont ni gênés ni mesurés ; fiers de leur indépendance, ils fuient la présence de Phornme, dédaignent ses soins et trouvent eux-mêmes la nourriture qui leur convient : aussi sont-ils plus forts, plus légers, plus nerveux que nos chevaux domestiques. Ceux qui courent après Tesprit attrapent souvent la sottise. Si vous ne courez pas après Tesprit, vous n'attraperez pas la sottise. Vonlezrvous ne pas attraper la sottise, ne courez pas après Tesprit. Chaque fois que les hommes courent, ont couru, courront après l'esprit, ils attrapent, ont attrapé, attraperont la sottise.
937*. — L'élève mettra le devoir suivant au pluriel.
Le bon père chérit ses enfants, mais il ne les gâte pas par son indulgence. Quand Vâne boit, il n'enfonce pas son nez dans Teau, par la peur que lui fait l'ombre de ses oreilles. Un loup^ disait qu'on l'avait volé. Le général écrivit au sénat : Je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu. Vhomme qui travaille paye sa vie ; le fainéant vole la sienne. Le philosophe disait.: Je porte tout mon bien avec moi. Un proverbe russe dit ; On reçoit Vhomme d'après l'habit qu'il porte ; on le reconduit d'après l'esprit qu'il a montré. 7\i crois tromper ton voisin : c'est toi qui te trompes et toi que tu trompes. Vdne est mal fait, le lion a la tête trop grosse, le bœuf a les jambes trop minces et trop courtes pour la grosseur de son corps, Véléphant n'est pour ainsi dire qu'une masse informe : le cheval est le seul animal qui ait de la proportion et de l'élégance dans toutes les parties de son corps. Je préfère être trompé par mes amis (jue de m'en défier. Si mon ami me trompe, tant pis pour lui. Veux-/M que l'on dise du bien de toi? fais-en. hQ paresseux soupire, étend les bras, ferme les yeux et s'endort. Je ne vends pas ma vie pour de l'argent, répondit le villageois; mon travail suffit pour me nourrir, moi et mes enfants.
338*. — Même devoir.
Nota. Les mots en italique, ainsi qne leurs corrélatifs» doivent seuls être mis au pluriel.
Une grenouille vit un bœuf qui lui sembla de belle taille. Une grenouille vit un bœuf qui lui sembla de belle taille. Une grenouille vit un bœuf qui lui sembla de belle taiUe.
Eh! que m^a fait à tooi cette Troie où je cours? Si tu ne perds pas de temps, tu en auras toujours assez. Si tu ne
perdais pas de temps, tu en aurais toujours assez. Celui qui n'a jamais perdu, qui ne perd pas, qui ne perdra pas son temps, en a eu, en a, en aura toujours assez. Ne perds pas ton temps, et tu trouveras que tu en as assez. Le paresseux trouve qu'il n'a pas assez de temps, parce qu'il en perd. Je dis à V élève paresseux : Emploie mieux ton temps, mets-toi promptement à Pouvrage, étudie avec soin, travaille sans relâche ; en un mot, ne sois plus paresseux , et tes devoirs seront faits, tes leçons seront sues, ton maître te félicitera, tes parents seront heureux ; toi-même tu t'en estimeras davantage, et ce témoignage de ta conscience sera, crois-moi, ta plus douce récompense.
«^39*. — L'élève mettra an singulier le devoir suivant :
\ou\ez-vous être aimés, mes petits amis ; soyez aimables. Ceux qui sont ignorants resteront enfants toute leur vie. Donnez-nous-en trop, disent les prodigues^ et nous en aurons à peine assez. Nos laitières ainsi troussées comptaient déjà dans leur pensée tout le prix de leur lait. Ne mangez pas de cerises avec de plus puissants que vous, de peur qu'ils ne vous jettent les noyaux au nez. Ceux qui ne songent à leurs devoirs que quand on les en avertit ne méritent aucune estime. Les hommes sont placés entre le néant d'où ils sortent et le tombeau où ils aboutissent. Pourquoi allez-vous branlant la tête et vous tortillant comme des imbéciles? disait un jour une oie à ses petits oisons, Ne forcez point votre talent : vous ne feriez rien avec grâce. Les alouettes font leur nid dans lec blés.
Le hibou repartit : Mes petits sont mignons, Beaux, bien faits, et jolis sur tous leurs compagnons.
Pauvres nous sommes venus, pauvres nous nous en irons. Ce ne sont pas les épis qui lèvent le plus la tête qui sont les plus pleins. Les connaissances que vous acquérez vous seront utiles, quelque chose que vous fassiez un jour, et dans quelque position que vous vous trouviez. Que sont les infor-tunes y sinon des maux qui portent avec eux leur remède?
tt4f^, — Même devoir :
Les ignorants qui sont déréglés dans leurs mœurs sont moins blâmables que les savants qui leur ressemblent : ceuxlà sont des aveugles qui ont perdu leur chemin ; les autres, au contraire, vont les deux yeux ouverts se jeter dans un précipice. Les plus fins^ quels qu'ils soient, sont toujours dupes de leur finesse. Les aigles^ ces rois de l'air, ne peuvent s'apprivoiser que s'ils sont pris tout jeunes. Les zèbres sont peut-être les plus beaux animaux quadrupèdes de la nature, les mieux faits et les plus élégamment vêtus. Ceux
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3ui commencent un procès plantent un arbre qui ne leur onnera jamais de fruits. Les rois qui ne songent qu^à se faire craindre de leurs sujets sont les fléaux du genre humain ; ils sont craints comme ils le veulent être ; mais ils sont haïs, détestés, et ils ont encore plus à craindre de leurs sujets que leurs sujets n'ont à cramdre d'eux. De leur patte droite, les ours saisissent dans Peau les poissons qu'ils voient passer; si, après avoir assouvi leur faim, il leur reste quelque chose de leur repas, ils le cachent soigneusement et ne manquent pas de revenir à leur garde-manger quand Tappétit les reprend.
' «l&4i*. — Mettre au singulier ia sujet suivant :
Nota. Nons mettons toujours entre parenthèses le nouveau titre à donner au devoir modifié.
LES CHATS (Le Chat.)
Les chats sont des domestiques infidèles ; on ne les garde que par nécessité. Quoique ces animaux, surtout quand ils sont jeunes, aient de la gentillesse, ils ont en même temps une malice innée ; leur caractère est faux, leur naturel pervers. Leurs défauts, que l'éducation ne fait que masquer, augmentent encore par l'âge. De voleurs déterminés, ils deviennent seulement, quand ils sont bien élevés, souples et flatteurs comme les tripons ; ils ont la même adresse, la même subtilité ; comme eux, ils couvrent leur marche, dissimulent leur dessein, épient les occasions, attendent, choisissent, saisissent l'instant de faire leur coup, se dérobent ensuite au châtiment, fuient et demeurent éloignés jusqu'à ce qu'on les rappelle ou qu'ils jugent que leur maître n'est plus irrité contre eux. Ils n'ont que l'apparence de l'attachement ; on le voit à leurs mouvements obliques, à leurs yeux éqiiivoques : ils ne regardent jamais en face la personne aimée ; ils se défient, ils prennent des détours pour en approcher et en obtenir des caresses auxquelles ils ne sont sensibles que pour le plaisir qu'elles leur font. Bien différents de ces animaux fidèles dont tous les sentiments se rapportent à la personne de leur maître, les chats ne sentent que pour eux et n'aiment que sous condition.
Les jeunes chats sont gais, vifs, jolis et seraient très propres à amuser les enfants si leurs grifl'es n'étaient pas à craindre ; mais leur badinage n'est jamais innocent, et, comme ils ne peuvent exercer leur malice avec quelque avantage que sur les plus petits animaux, ils se mettent à l'affût près d'une cage ; ils épient les oiseaux, les souris, les rats et deviennent d'eux-mêmes, sans qu'on les y ait dressés, plus habiles à la chasse que les chiens les mieux in-
struits. Leur naturel, ennemi de toute contrainte, les rend incapables d'une éducation suivie.
«MSÎ*. — Délève mettra an pluriel le sujet suivant, La mesure ne pouvant être conservée^ on écrira la traduction en prose,
LE GRILLON ET LE PAPILLON (Les deux Grillons et les deux Papillons.)
Un pauvre petit grillon,
Caché dans Therbe fleurie.
Regardait un papillon
Voltigeant dans la prairie.
L'insecte ailé brillait des plus vives couleurs ; L'azur, la pourpre et l'or éclataient sur ses ailes ; Jeune, beau, petit-maître, il court de fleurs en fleurs.
Prenant et quittant les plus belles.
« Ahl disait le grillon, que son sort et le mien
Sont différents! Dame Nature
Pour lui fit tout, et pour moi rien :
Je n'ai point de talent, encor moins de figure; Nul ne prend garde à moi, Ton m'ignore ici-bas.
Autant vaudrait n'exister pas. »
Comme il parlait, dans la prairie
Arrive une troupe d'enfants.
Aussitôt les voilà courants (1) Après ce papillon, dont ils ont tous envie.
Chapeaux, mouchoirs, bonnets servent à l'attraper. L'insecte vainement cherche à leur échapper;
Il devient bientôt leur conquête.
L'un le saisit par l'aile, un autre par le corps ; Un troisième survient et le prend par la tête.
Il ne fallait pas tant d'efforts
Pour déchirer la pauvre bête.
a Ohl oh! dit le grillon, je ne suis plus fâché; 11 en coûte trop cher pour briller dans le monde. Combien je vais aimer ma retraite profonde!
Pour vivre heureux, vivons caché. »
243*. — Mettre an singulier le sujet suivant,