‹ Grammaire françaiseChapitre 143 sur 196 · ACCORD D£ L'ADJECTIF · texte numérisé non relu

ACCORD D£ L'ADJECTIF

i"* L'adjectif se rapporte au mot air^ quand ce mot s'entend plus particulièrement de l'expression du visage.

Ainsi l'on dit : Cette femme a l'air bon, parce que la bonté se peint sur le visage.

De même on dira : Elle a l'air doux, charmant, spirituel, méchant, chagrin, hautain, etc.

2° L'adjectif se rapporte au sujet du verbe avoir, toutes les fois que le mot air se dit de l'apparence générale de la personne, comme

Ces femmes ont l'air contrefaites, bossues, boiteuses.

Pour éviter l'équivoque, il vaudrait mieux dire : Ces femmes ont l'air d'être ou paraissent contrefaites^ bossues, boiteuses. .

Quand le sujet du verbe avoir est un nom de chose inanimée, Tadj actif ne peut jamais se rapporter au mot air. On dit donc :

Cette robe a Tair mal faite, et mieux, d'^/re mal faite.

Ces terres ont l'air bien cultivéet, et mieux, ^*étre bien cultivëe»^

Cependant on trouve dans Fénelon : Cette statue a l'air bien grossier; et dans J.-J. Rousseau : La tuile a l'air plus propre et plus gai que le chaume,

▼. A^eotirt de nombre TZITOT et OXBTT.

Les adjectifs de nombre cardinal sont invariables :

Les Qua^re-Temps, les guarani» académiciens, dix mille hommes, etc.

Vingt et cent prennent seuls la marque du pluriel, quand ils sont multipliés par un autre nombre.

QuaXTe-vingts francs, six vingts combats, les trois cents Spartiates.

Mais vingt et cent restent invariables, V quand ils expriment tfingt, cent unités; 2° quand ils sonipv'is^ourvingtième, centième; 3* quand ils sont suivis d'un autre nombre.

Voilà vos vingt sous.

Reprenez vos cent écus.

Lisez le chapitre qua-

ire-vingt.

L'an huit cent.

QnàVce-ving tsix départements.

Nous étions trois cent huit.

Mille s*écrit mil, qaand il exprime le millésime de notre ère : En m//-hait cent cinquante.

mUion, milliard, billion, trilHon^ etc., et les nombres ordinaux sont toujours variables.

Cinq millions et demi. Les premiers jours.

Trois milliards six millions. La première loil.

En français, on emploie le nombre cardinal, au lieu du

nombre ordinal , pour marquer l'ordre numérique des individus, le quantième dû mois, l'ordre dans une série. On excepte premier, et quelquefois second.

Louis /*', Louis onze, Louis quatùrse.

Le premier du mois, le detix, le dnq juillet ou de juillet.

Le chapitre I^^^ le chapitre cent.

TX.

ifs employés adTerblalemeat.

Certains adjectifs qualificatifs peuvent exj^rimer la manière dont Faction se fait, et modifier un verbe; ils font la fonction d'adverbes , et sont invariables comme l'adverbe.

Les principaux sont/or/, bon, cher, juste, droit, net , faux, haut, bas, court, clair, possible, nouveau.

ADJECTIFS

Ces iithlètes paraissent forts.

\a faim fait trouver bons tous les aliments.

Les diamants sont toujours ch»rs.

Les cordonniers prennent des mesures justes.

Mesdemoiselles^ tenez-vous droites.

Marlhorough ne quitta pas les affaires les mains nettes.

Beaucoup de chanteurs ont l'oreille et la voix fausses.

On se parlait à voix basse.

Les Espagnols portent des manteaux courts.

Certains rideaux sont faits de mousseline claire.

L'honnôte homme uaie par tous les moyens possibles.

Fénelon fut supérieur des Not^velles Converties.

Ces athlètes frappaient fort.

Ces œillets sentent bon.

Les livres rares se vendent cher.

Turenne prenait ses mesuies juste.

Annihal mena son armée droit à Rome.

Cette maison rapporte mille francs

^ net.

La plupart des chanteuses chantent faux.

Le renard portait bas l'oreille.

Perrette était cwtrt vêtue.

Marie-Antoinette ne voyait pas

clair dans son cachot.

Il paie aux plus courtes échéances

possible (aux échéances courtes

le plus po^jtdfe).

flérode fit périr tous les enfants

nouveau-nés.

Dans les exemples de la première colonne, les mots forls^ bons, chers^ etc., expriment la qualité des athlètes, des aliments, des diamants; ils qualifleni ces substantifs, et ils sont vi^riables. Dans la seconde . les mots fort, bon^ cher, etc., expriment la manière de frapper, de sentir, de se vendre; ils modifient ces verbes, et sont invariables.

Dans les nouveaux convertis, les nouveaux mariés, les nouveaux débarqués, etc., les mots convertis, mariés, débarqués, mm considères comme des substantifs, avec lesquels s'accorde Viéiecxii nouveaux.

De mèoie on dit*: Des cerises aigres-douces, c'est-à-dire aigres et douces à la fois. On dit aussi : Une rose fraîche cueillie, des roses fndches cueillies^ sans doute par euphonie. '

AGGOBD DE L'ADJECTIF. U7

▼XX. Adyeotift détermmatift MÊME, QUSIiQUX et TOITT.

io MâBiE est adiectif quand il exprime Tidée i^identité^ de similitude, et qu il moaifie un substantif ou un pronom.

Tous les hommes n'ont pas les mêmes devoirs à remplir. Nous ne voyons pas nous-m^mex nos défauts.

Les écorces mémM des végétaux sont en harmonie avec Ifis températures de l'atmosphère.

Ce sont les gestes mêmes du grand orateur.

Si même modifie un verbe ou un adjectif, et qu'il y ajoute une idée d!extension^ il fait la fonction d^adverbè, et il est invariable. Il signifie et méme^ aussi, et bien plus, mêmement.

Leurs vertus et même leurs noms étaient ignorés. Les Egyptiens adoraient les animaux , même les plantes. Il faut être en garde contre les écrivains même accrédités. Les animaux les plus sauvages même nous offrent des exemples de reconnaissance.

Avant le xvii« siècle, mimes était considéré comme adverbe, et s'écrivait toajours avec 8 : moi-mémea, do mêmes œil, mêmes alors qoe, etc. C'est vers le milieu du xvn« siècle que s s'efface, et qu'on distingue même adjectif et adverbe.

Les poêles suivent quelquefois l'ancienne manière d'écrire, et mettent s à même adverbe :

Contre Jupiter mêmes. (Cornbillb.)

Que si mêmes un Jour le lecteur gracieux

S'empare des discours mêmes académiques ( Boileau. )

D'un autre côté, les poêles font même invariable quand il estadyectif : Où du sang des dieux même on vit le Xanthe teint. ( La Fontainr. ) L'ingrate à vos yeux même étale sa valeur. (Racine.)

Autrefois même, signifiant lui-même, elle-même, etc., se plaçait en vers devant le

snbstauiif quand la mesure le demandait; on disait : C'est la mime, venu, pour la

vertu même, elle-même. Aujourd'hui ce serait une faute.

L'injuste violence A la mime vertu vient défaire une offense. (Molière.)

Sals-tu que ce vieillard fut la même vertu?... (Corneille.)

2^ Quelque. Si quelaue est placé devant un substantif, soit seul , soit joint à un aajectif , il mçdifie ce substantif et s'accorde avec lui.

S'il est placé devant un adjectif seul, un participe passé ou un adverbe, il fait la fonction d'adverbe et reste invariable. Il est aussi invariable, quand il est placé devant un nombre cardinal et qu'il signifie environ^ à peu près.

ADJECTIF

Il a quelques torts envers vous.

Quelques torts qu'il ait, pardonnez-lui.

Quelaues grands biens que tu possèaes, sois modeste. :

Quelques bonnes lois que vous ayez.

Quelque coupables qu'ils soient,

pardonnez-teur.

Quelque surpris qu'ils fussent , ils

vainquirent.

Quelque heureusement doués que

vous soyez, travaillez.

Alexandre perdit quelque trois

cents hommes contre Porus.

Si quelque est immédiatement suivi d'un verbe, il s'écrit eïi deux mots : quel que, et quel s'accorde en genre et en nombre avec le nom auquel il se rapporte.

Quels que puissent être ses biens . il doit être modeste.

Sa fortune, quelle gu'elle soit, ne lui donne pas le droit de mépriser les autres.

Quelles que fussent la douceur et Tégalité d'humeur de Montesquieu, sa vivacité l'en faisait quelquefois sortir.

Mais, quels que soient ton culte et ta patrie. Dors sous ma tente avec sécurité.

Remarque. L'orthographe de quelque.,, que ei de quel que... que, est difficile, et la prononciation de tous ces que est d*une dureté barbare. Dans notre ancienne langne, on s'exprimait d'une manière plus simple et plus agreaMe. On disait :

Quel mérite que vous ayez.

Quels coupables que soient les hommes.

Molière a conservé cette forme :

En quel lieu que ce soit, je veux suivre tes pas.

Corneille, ne pouvant pas dire en vers, comme l'eût exigé la grammaire : quelque grands que soient les rois, a employé un hispanisme :

Pour grands que soient les rpis, ils sont ce que nous sommes.

On trouve souvent tel qu'il soit pour quel qu'il soit. Cet emploi de tel pour 911^/ parait aujourd'hui extraordinaire.

Ce grand choix,- /«ffK't/ soU, peut n'offenser personne. (Voltaire.)

Un nombre, tel qu'il soit, peut être augmenté. ( Pascal. )

3° Tout. Lorsque tout modifie un nom, et qu'il signifie entier y en totalité, chaque y il est adjectif et variable.

Toute âme est capable de quelques vertus. ( Chaque âme. ) Nous sommes tous mortels.

Donnez-moi toute autre occupation. ( Toute occupation autre). Rome n'est plus dans Rome, elle est toute où je suis. (Rome entière.) La liberté de rinde est toiUe entre mes mains. [La liberté entière

de, l'Inde.) Toute autre aurait pour moi pris les mêmes ombrages. (Toute femme autre.)

ÀCGOHD D.fi L'ADJKCTtr. Ud

Lorsque tout modifie un adjectif, un partieipe passé, un adverbe, un substantif employé adjectivement ou précédé d'une préposition, et qu'il signifie entièrement, tout à fait, il est adverbe et invariable.

Donnez-moi une tout autre occupation. ( Tout à fait autre. )

Ils furent tout étonnés, tout joyeux. (Tout à fait.)

Ils sont tout àme, tout yeux, tout oreilles, tout zèle.

Voilà du mérinos tout laine.

Elle était tout en sang, tout en eau, tout en larmes.

RKMARoned. \o Toutt faisant la fonction d'adverbe, varie par euphonie devant un adjecUf féminin commençant par une consonne ou par une h aspirée.

Elle parnt toute contente, toute honteuse.

Elles sont toutes joyeuses, toutes hardies.

20 Tout, placé devant un nom de ville féminin, reste an masculin. On sons-eniend le mot peupte.

Tout Marseille vénère la mémoire de Belzance. Tout Smyrne ne parlait que d'elle, i La BRurÈas. )

30 On dit tous deux et tous les deux, toute sorte de maux et toutes sortes de maux, en tout lieu pour en choqué lieu en particulier, et en tous lieux pour dans tfms les lieux, %

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