‹ Grammaire française complèteChapitre 105 sur 108 · EMPLOI DES TEMPS DE L'INDICATIF, DU CONDITIONNEL, ETC · texte numérisé non relu

EMPLOI DES TEMPS DE L'INDICATIF, DU CONDITIONNEL, ETC

Je vous souhaiterois une femme de chambre qui ne sait pas bien peigner, (Id.)

Mon père a consenti que je suive son choix. (Corneille.)

Le mérite y fait tout, et tel plaît à mes yeux Que je négligerois près d’un qui valût mieux. (Id.)

Je vous fais une réparation : je croyois que vous n’eussiez point fait réponse au cardinal. (Sévigné.)

N’admirez-vous point que Dieu m’a ôté encore cet amusement? (Id.)

Nous trouvâmes plaisant qu’il avoit retenu ce bon mot. (Id.)

C’était le plus beau repas de carême qu’il est possible de voir. (Id.)

Àh ! vous deviez du moins plus longtemps disputer. (Racine.)

Croyez-vous que vous fissiez mal d’aller vous-même une fois chez lui. (Id.)

La mort est le seul Dieu que j’osois implorer. (Id.)

Vous diriez qu’il ait l’oreille du prince ou le secret du ministre.

(La Bruyère.)

Il n’y a personne au monde qui ne dût avoir une forte teinture de philosophie. (Id.)

38 J. Exercice. — Copier le morceau suivant en le transcrivant avec l'orthographe moderne.

Le savetier Blondeau et le singe

Blondeau se trouva fasché d’un monsieur qui demeuroit tout visà-vis de sa logette, au moins il avoit sa logette tout vis-à-vis de monsieur, lequel quidam monsieur avoit un singe qui faisoit mille maulx au povre Blondeau ; car il l’espioit d’une fenestre haulte quand il tailloit son cuir et regardoit comme il faisoit ; et aussitost que Blondeau estoit allé disner ou en quelque part à son affaire, ce singe descendoit et venoit en la loge de Blondeau, et prenoit son trenchet et découppoit le cuir de Blondeau comme il l’avoit veu faire; et de cela faisoit coustumç à tous les coups que Blondeau s’escartoit. De sorte que le povre homme fut tout un temps qu’il n’osoit aller boire ny manger hors de sa boutique sans enfermer son cuir. Et si quelques fois il oublioit à le serrer, le singe n’oublioyt pas à le lui tailler en lopins, chose qui luy faschoit fort, et si n’osoit pas faire mal à ce singe, par crainte de son maistre. Quand il en fut bien ennuyé, il délibéra de s’en venger. Après s’estre bien apperceu de la manière qu’avoit ce singe, qui estoit de faire en la propre sorte qu’il voioyt faire (car si Blondeau avoit aiguisé son

EXERC. SUR LA (JR A MM. CO MPI

210 ' PROPOSITIONS SURORDONNÉES.

trenchet, ce singe l’aiguisoit après luy ; s’il avoit poissé du ligneul, aussi faisoit ce singe; s’il avoit cousu quelque carrellure, ce singe s’en venait jouer des coudes comme il luy avoit veu faire); à l’une des fois Blondeau aiguisa son trenchet et le fit couper comme un rasoir, et puis, à l’heure qu’il vied ce singe en aguet, il commença à mettre ce trenchet contre la gorge q|t le mener et ramener comme s’il se fust voulu egosiller. Et quant il eut fait cela assez longuement pour le faire adviser à ce singe, il s’en part de la boutique, et s’en va disner. Ce singe ne faillit pas incontinent à descendre, car il vouloit s’esbattre à ce nouveau passe-temps, qu’il n’avoit point encore veu faire. Il vint prendre ce trenchet, et tout inconlinent se le met contre la gorge, en le menant et ramenant. Mais il l’approcha trop près, et ne se print garde qu’en le frayant contre sa gorge, il se couppe le gosier de ce trenchet, qui estoit si bien affilé, dont il mourut avant qu’il fust une heure de là. Ainsi Blondeau fut vengé de son singe sans danger.

Bonàventure Despériers (1544).

383. Exercice. — Copier les vers suivants en les transcrivant avec l’orthographe moderne.

L’invasion barbare

Comme le champ semé en verdure foisonne,

De verdure se hausse en tuyau verdissant,

Du tuyau se hérisse en espic florissant.

L’espic jaunit en grain, que le chaud assaisonne;

Et comme en la saison le rustique moissonne Les ondoyans cheveux du sillon blondissant.

Les met d’ordre en javelle.- et du blé jaunissant,

Sur le champ dépouillé, mille gerbes façonne;

Ainsi, de peu à peu, creut l’Empire romain.

Tant qu’il fut despouillé par la barbare main Qui ne laissa de luy que ces marques antiques

Que chacun va pillant : comme on voit le gleneur. Cheminant pas à pas, recueillir les reliques De ce qui va tombant après le moissonneur.

Joachim Du Bellay (1524-1560).

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