DE LA PRONONCIATION
116. — Exercice oral ou écrit. — 1° Lire le morceau suivant en indiquant les changements d’orthographe et de prononciation survenus depuis cette époque.
2° Transcrire le même morceau avec l’orthographe moderne.
L’Éducation de Gargantua
COMMENT GARGANTUA FUT INSTITUÉ PAR PONOCRATES EN TELLE DISCIPLINE qu’il NE PERDOIT HEURE DU JOUR
Quand Ponocrates cogneut la vicieuse manière de vivre de Gargantua, délibéra aultrement l’instituer ès lettres : mais pour les premiers jours le toléra, considérant que nature n’endure mutations soubdaines sans grande violence. Pour donc mieulx son œuvre commencer, supplia ung sçavant médecin de celuy temps, nommé maistre Théodore, à ce qu’il considérast si possible estoit remettre Gargantua en meilleure voie. Lequel le purgea canoniquement avec elébore d’Anticyre, comme faisoit Timothée, et par ce médicament luy nettoya toute l’altération et perverse habitude du cerveau. Par ce moyen aussi Ponocrates luy fit oublier tout ce qu’il avoit appris soubs ses antiques précepteurs, comme faisoit Timothée à ses disciples, qui avoient esté instruicts soubs aultres musiciens. Pour mieulx ce faire, l’introduisoit ès compagnies des gens sçavans, qui là estoient, à l’émulation desquelz luy creust l’esprit et le désir d’estudier aultrement, et se faire valoir.
Après, en tel train d’estude le mit qu’il ne perdoit heure quelconque du jour : alns tout son temps consommoit en lettres et honneste sçavoir. S’esveilloit donc Gargantua environ quatre heures du matin. Cependant qu’on le frottoit, lui estoit leue quelque
PRONONCIATION ET ORTHOGRAPHE
pagine de la divine Escrilure haultement et clairement, avec prononciation compétente à la matière, et à ce èstoit commis un jeune page nommé Anagnostes. Selon le propos et argument de ceste leçon, souventes fois s’adonnoit à révérer, adorer, prier et supplier le bon Dieu, duquel la lecture montroit la majesté et jugemens merveilleux.... Son précepteur répétoit ce qu’avoit esté leu, lui exposant les poincts plus obscurs et difficiles. Eux, retournant, considéroient l’estât du ciel, si tel estoit comme l’avoient noté- au soir précédent : et quels signes entroit le soleil, aussi la lune pour icelle journée. Ce faict, estoit habillé, peigné, testonné, accoustré et parfumé, durant lequel temps on luy répétoit les leçons du jour d’avant. Luy-mesme les disoit par cœur, et y fonda quelques cas practiques concernans l’estât humain, lesquels ils entendoient aulcunes fois jusques deux ou trois heures, mais ordinairement cessoient lorsqu’il estoit du tout habillé. Puis par trois bonnes heures luy e-stoit faicte lecture. Ce faict, issoient hors, toujours conférans des propos de la lecture, et se déportaient en Braque, ou es prés, et jouoient à la balle, à la paulme, à la pile trigone, galantement s’exerçans les corps comme ils avoient les âmes auparavant exercé. Tout leur jeu n’estoit qu’en liberté : car ils laissoient la partie quand leur plaisoit, et cessoient ordinairement lorsque suoient parmy le corps ou estoient autrement las. Adonc estoient très bien essuyés et frottés, changeoient de chemise, etdoulcement se pourmenans alloient voir si le disner estoit prest. Là attendans récitoient clairement et éloquentement quelques sentences retenues de la leçon. Rabelais (1483-1553).
SECTION II