DE LA PRONONCIATION
huit cents personnes qui estoient là : « Ils ont décapité la France, les bourreaux ! » et puis il donna des deux à son cheval. Je me mis aussitost a piquer apres lui, parce que j’avois veu sur son visage un esmoy extraordinaire; et l’ayant joinct, il me mit la main sur la teste en me disant : « Mon enfant, il ne faut point espargner ta teste après la mienne, pour venger ces chefs pleins d’honneur dont tu viens de voir les testes ; si tu t’y espargnes, tu auras ma malédiction. )> Agrippa d’Aubigné (1550-1630).
Même remarque que plus haut.
De l’intelligence des bêtes
Les chasseurs nous asseurent, que pour choisir, d’un nombre de petits chiens, celuy qu’on doit conserver pour le meilleur, il ne faut que mettre la mère au propre de le choisir elle-mesme, comme si on les emporte hors de leur giste, le premier qu’elle y rapportera, sera tousjours le meilleur; ou bien si on fait semblant d’entourner de feu le giste, de toutes parts, celuy des petits, au secours duquel elle courra premièrement. Par où il appert qu’elles ont un usage de prognostique que nous n’avons pas : ou qu’elles ont quelque vertu à juger de leurs petits, autre et plus vive que la nostre.
Quant à l’amitié, les bestes Font, sans comparaison, plus vive et plus constante que n’ont pas les hommes. Hyrcanus le chien du Roy Lysimachus, son maistre mort, demeura obstiné sur son lict, sans vouloir boire ne manger : et le jour qu’on en brusla le corps, il print sa course, et se jetta dans le feu, où il fut bruslé.
Montaigne (1553-1592).
118. Exercice. — - Mettre en prose la fable suivante. — Apprendre par cœur le même morceau.
La châtaigne
« Que l’étude est chose maussade !
A quoi sert de tant travailler? »
Disait, et non pas sans bâiller,
Un enfant que menait son maître en promenade. Que lui répondait-on? Rien. L’enfant sous ses pas Rencontre cependant une cosse fermée Et de dards menaçants de toute part armée.
Pour la prendre il étend le bras.
Mon pauvre enfant, n’y touchez pas!
PRONONCIATION ET ORTHOGRAPHE
— Ehl, pourquoi? — Voyez-vous mainte épine cruelle
Toute prête à punir vos doigts trop imprudents?
— Un fruit exquis, monsieur, est caché là dedans.
— Sans se piquer peut-on Uen tirer? — Bagatelle!
Vous voulez rire, je crois.
Pour profiter d'une aussi bonne aubaine,
On peut bien prendre un peu de peine Et se faire piquer les doigts.
— Oui, mon fils; mais, de plus, que cela vous enseigne A vaincre les petits dégoûts Qu'à présent l'étude a pour vous.
Ses épines aussi cachent une châtaigne. » Arnault.
Explications. — Que signifient maussade , cosse , dards , bagatelle , aubaine ? — Donnez le sens des locutions ; Il s’en mord les doigts, — donner sur les doigts à quelqu’un, — se mettre le doigt dans l’œil, — entre l’arbre et l’écorce il ne faut pas mettre le doigt, — montrer au doigt, — être obéi au doigt et à l’œil, — savoir sa leçon sur le bout du doigt, — mettre le doigt sur sa bouche.
118 bis. Exercice complémentaire. — Copier ou écrire sous la dictée le morceau suivant en soulignant les mots qui ont un préfixe ou un suffixe.
Bienfaisance populaire
Je dois rendre cette justice à notre peuple que je n’en connais point, en Europe, de plus généreux.
J'ai remarqué, par exemple, que beaucoup de petits marchands livrent leurs marchandises à un plus bas prix à un homme pauvre qu’à un riche; et quand je leur en ai demandé la raison, ils m’ont répondu : <( Il faut, monsieur, que tout le monde vive ». J’ai observé aussi que beaucoup de gens du petit peuple ne marchandent jamais, lorsqu'ils achètent à des pauvres comme eux : « 1! faut, disent-ils, qu’ils gagnent leur vie. » J'avais, dans la rue de la Madeleine, un porteur d'eau auvergnat, appelé Christal, qui a nourri pendant cinq mois gratis un tapissier, qui lui était inconnu et qui était venu à Paris pour un procès, « parce que, me dit-if, ce tapissier, le long de la route, dans la voiture publique, avait donné de temps en temps le bras à sa femme malade » Ce même homme avait un fils de dix-huit ans, né paralytique et imbécile, qu’il nourrissait avec le plus tendre attachement, sans avoir jamais voulu le mettre aux Incurables, quoique des personnes qui en avaient le crédit le lui eussent offert : « Dieu, me disait-il, me fa donné : c’est à moi à en prendre soin. » Je ne doute pas qu’il ne le nourrisse encore, quoiqu’il soit obligé de le laire manger lui-même, et que sa femme soit souvent malade.
Berxardïn de Saint-Pierrk.