APPLICATION DES RÈGLES GÉNÉRALES AUX DIFFÉR'.NTES ESPÈCES DE VERBES
Participe passé d’un verbe actif.
732. Le participe passé d’un verbe actif, étant toujours accompagné de l’auxiliaire avoir, suit la règle générale du participe passé conjugué avec avoir, c’est-à-dire que ce participe s’accorde avec son complément direct quand ce complément est placé avant le participe, et qu’il reste invariable si le complément direct est placé après le participe, ou s’il n’y a pas de complément direct.
Ex. : On regrette les années qu’on a passées sans
faire le bien.
Heureux les enfants qui ont toujours aimé leurs parents !
Nos ancêtres ont combattu pour la patrie.
Participe passé d’un verbe passif.
733. Le participe passé d’un verke passif, étant toujours accompagné de l’auxiliaire être, peut être
considéré comme un adjectif qui s’accorde en genre
et en nombre avec le sujet du verbe, quelle que soit la place de ce sujet.
Ex. : La France a été sauvée par Jeanne d’Arc
Plusieurs batailles furent gagnées pa:
Napoléon 1er.
Bénis soient les rois qu sont les pères « leurs peuples !
Participe passé des verbes employés, tantôt comme verbes ti ansitifs, tantôt comme verbes intransitifs.
734. Certains verbes s’emploient dans deux sens différents : dans un sens, ils sont transitifs: dans un autre, ils sont intransitifs. Lorsque ces verbes sont employés comme transitifs, ils ont un complément direct, et leur participe passé suit la règle générale d’un participe conjugué avec avoir.
Ex. : Ces domestiques nous ont bien servis.
La langue qu'ont parlée Racine et Boileau est bien belle.
Mais lorsque ces verbes sont employés comme intransitifs, ils n’ont pas de complément direct, et leur participe reste invariable.
Ex. : Vos outils nie nous ont pas servi.
L'heure que j'ai parlé m’a fatigué.
Note. — Nous donnons ci-dessous les principaux verbes ayant des sens différents.
735. Coûter est intransitif dans son sens propre, c’est-à-dire lorsqu'il signifie être acheté un certain prix ; il est transitif dans le sens figuré de causer, occasionner.
Ex. : Les deux francs que ce livre a coûté.
Les efforts que ce travail m’a coûtés.
REMARQUE. — D’après l’Académie, coûter est neutre même au figuré, lorsqu'il signifie causer, occasionner. Mais d'accord avec plusieurs grammairiens, nous nous croyons excusable de ne pas suivre ici l’opinion de l’Académie. D'ailleurs ne trouvet-on pas dans Fénelon : « Vous n’avez pas oublié les soins que vous m'avez coûtés depuis votre enfance » ; dans Racine : «Après tous les ennuis que ce jour m'a coûtés.»
736. Valoir est 2ntransitif dans son sens propre, c’est-à-dire lorsqu'il signifie avoir un certain prix ; il est transitif dans le sens figuré de procurer.
Ex. : Dix francs, ce livre ne les a jamais valu.
Les honneurs que son courage lui a valus.
737. Peser est intransitif lorsqu'il signifie avoir un certain poids ; il est transitif dans le sens de
sp à dE 42
TE dt
Lai dau or
constater le poids, et quand il est employé dans sens figuré de examiner, apprécier.
Ex. : Les cent livres que ces marchandises ont pesé. Vos effets, nous les avons pesés.
Vos raisons, je les ai pesées.
738. Courir est intransitif dans le sens de aller avec vitesse ; il est transitif quand il signifie poursuivre, parcourir, s’exposer à.
Ex. : Les deux lieues que nous avons couru.
Les ours que les chasseurs ont crurus.
La ville et la campagne que j'ai courues.
Les périls que nous avons courus. (Acad.)
-Nore. — Il importe donc beaucoup d'examiner la signification de ces verbes pour se fixer sur la varisbilité de leur participe.
Participe passé d’un verbe intransitif.
739. Le participe passé d’un verbe intransitif, employé comme tel, conjugué avec anoir, est toujours invariable, parce que le verbe intransitif n'a pas de complément direct.
Ex. : Où la mouche a passé, le moucheron de-
meure.
Les histoires nous ont toujours plu.
On regrette les années qu’on a vécu sans aimér le bon Dieu.
Je n’oublierai pas les moments que j'ai souffert.
Les huit jours qu’a duré sa retraite.
Les jours qu’il a vécu, qu’il a dormi, qu'il « régné.
Le participe passé d’un verbe intransitif, conjugué avec étre, suit la règle d’un païticipe past conjugué avec être, c’est-à-dire qu’il s’accorde avec le sujet du verbe.
Ex. : Wolfe et Montcalm sont morts la mére
année.
Que de héros inconnus sont restés sur l'* champs de bataille !
Participe passé des verbes pronominaux.
740. Le participe passé des verbes pronominaux s'accorde avec le sujet, excepté dans deux cas : 1° lorsqu'il y a un véritable complément direct (alors on suit la règle générale d’accord avec le complément) ; 2° lorsqu'il s’agit d’un participe neutre qui se conjugue normalement avec l’auxiliaire avoir quand il n’est pas employé à la forme pronominale.
Ex. : Lis se sont souvenus de leurs promesses. Cette maison s’est vendue cher.
Les cadeaux qu’ils se sont faits.
Elles se sont écrit plusieurs lettres.
Ils se sont nui sans le vouloir.
Nore. — On écrira donc : Nous nous étions imaginé que nous réussirions. — Ils s'étaient persuadé qu’on n’oserait les contredire. (Acad.) Mais on écrira : Les choses fausses qu’ils
se sont imaginées. — Ils se sont mutuellement persuadés de la bienveillance de leurs intentions.
REMARQUES. — I. Les verbes se plaire, se déplaire, se complaire, se rire, se sourire, se convenir, se ressembler, se succéder, se suffire, se nuire, s’entre-nuire, se survivre, sont à peu près les seuls verbes pronominaux formés d’un verbe neutre. Leur participe passé est par conséquent invariable.
II. Les verbes tels que s’apercevoir de, s'attaquer à, s'attendre à, se plaindre de, se saisir de, se servir de, se taire, auxquels il faut joindre (quoique formés de verbes neutres) se douter de, se jouer de, se prévaloir de, qui ont à la voix pronominale un sens tout spécial, suivent la règle générale, c’est-àdire s'accordent avec le sujet.
Hisr. — L'accord dans ces verbes a sa source dans la syntaxe de l’ancien français.
Participe passé d’un verbe impersonnel.
741. Le participe passé d’un verbe impersonnel ou employé impersonnellement, quel que soit l’auxiliaire qui l’accompagne, est toujours invariable, parce que ce verbe n’a pas de complément direct.
Ex. : Les trois jours qu’il a neigé.
Les chaleurs qu’il a fait.
Les grands froids qu’il y a eu.
Il est arrivé de grands malheurs.
Il s’est élevé plusieurs difiicultés.