LA JEUNE CAPTIVE
L'épi naissant mûrit, de la faux respecté ; Sans crainte du pressoir, le pampre tout l'été Boit les doux présents de l'aurore !
Et moi, comme lui belle, et jeune comme lui, Quoi que l’heure présente ait de trouble et d'ennui, Je ne veux pas mourir encore.
Qu'un stoïque aux yeux secs vole embrasser la mort
Moi, je pleure et j'espère ; au noir souffle du nord Je plie et relève ma tête.
S'il est des jours amers, il en est de si doux !
Hélas ! quel miel jamais n’a laissé de dégoûts ? Quelle mer n’a point de tempête ?
L'illusion féconde habite dans mon sein ;
D'une prison sur moi les murs pèsent en vain, J'ai les ailes de l'espérance.
Échappée aux réseaux de l’oiseleur cruel,
Plus vive, plus heureuse, aux campagnes du ciel Philomèle chante et s’élance.
EXERCIOES
Est-ce à moi de mourir ? tranquille je m’endors,
Et tranquille je veille ; et ma veille aux remords Ni mon sommeil ne sont en proie :
Ma bienvenue au jour me rit dans tous les yeux ;
Sur des fronts abattus mon aspect dans ces lieux Ranime presque de la joie.
Mon beau voyage encore est si loin de sa fin !
Je pars, et des ormeaux qui bordent le chemin J'ai passé les premiers à peine.
Au banquet de la vie à peine commencé,
Un instant seulement mes lèvres ont pressé La coupe en mes mains encor pleine.
Je ne suis qu'au printemps, je veux voir la moisson ; Et comme le soleil, de saison en saison, Je veux achever mon année.
Brillante sur ma tige, et l'honneur du jardin, Je n'ai vu luire encor que Les feux du matin, Je veux acherer ma journée.