‹ Grammaire françoise à l'usage des pensionnatsChapitre 4 sur 63 · PREMIÈRE ESPÈCE DE MOTS · texte numérisé non relu

PREMIÈRE ESPÈCE DE MOTS

Le Substantif.

Le substantif ou nom est un mot dont on se sert pour désigner une personne ou une chose.

Il y a trois sortes de noms \ le nom commun , le nom propre et le nom collectif.

Le nom commun ou appellatif est celui

qui convient à toute une espèce. Homme ,

fleuve^ ville ^ etc., sont des noms communs.

Le nom propre est celui qui ne convient qu'à un individu. Paul , Virginie , Seine , Paris , etc. sont des noms propres.

Le nom collectif est celui qui exprime la collection ou réunion de plusieurs objets : armée .^ forêt ^ etc., .sont des noms collectifs.

Les noms sont susceptibles de genre et de nombre.

Les genres servent à distinguer les classes dans lesquelles les objets sont compris. Il y a deux c^cmes, le masculin et \q, féminin.

ro GRAMMAIRE FRANÇOISE

C'est la distinction des deux sexes , qui a amené celle des objets en deux genres. Ainsi , un homme est du genre masculin ^ VLUt femme est du genre fe'rainin. Puis, par imitation, ou a étendu cette distinction aux noms de choses. On a fait le soleil du genre masculin, la lune du genre féminin . etc.

Les nombres de'signent ou Punite' ou la pluralilé des objets : de là , deux nombres , le singulier qui indique un seul objet, comme un homme , le livre , etc. ^ le pluriel qui marque plusieurs objets , des hommes , les livres^ etc.

Formation du Pluriel dans les. Substantifs.

Règle générale. Pour former le pluriel, on ajoute ^ à la fin du substantif : le jardin^ les jardins.^ la çertu^ les vertus .^ la loi. les lois , etc.

Première remarque. Les noms termine's au singulier par s., x ou z, n'ajoutent rien au pluriel : le /ils ^ les /ils j la voix ^ les voix ^ le nez , les Jiez.

Deuxième remarque. Les noms termine's au sing. par t7z«, e/f , prennent x au pluriel : le boyau ^ les boyauxj le vaisseau .^ les vaisseaux, Xefeu.^ les feux j le cheveu .^ les cheveux., etc. Quelques noms en ou prennent pareillement x au pliir., savoir , le caillou ., le chou^ le genou ^ le hibou., le fou/ou ^ le pou , le verrou. Les autres noms terminés en

DE G. G. LETELLIER. Il

OU. font leur pluriel en prenant une 5 à la fin. Troisième remarque. La plupart (\es noms termine's au singulier par a/, «//, font leur pluriel en aux : le mûf/, les maux ^ le cheval^ les chevaux ^ le travail., les travaux y le ca- 7'/7//, les coraux: ï émail .^ les émaux ^ le 6<7£7, les baux y bétail fait au pi. bestiaux y ail (espèce d'oignon) fait «zJo: ; mais les mots suivants, le régal., le Z>^/, preîinent ^ au pluriel : les régals.^ les bals j il en est de même de détail., évential t, portail^ ê"^"vernail , camail , épouvantail , attirail , sérail , qui font au pluriel détails , éventails , portails , gouvernails , camails , é pouvant a ils ., attirails^ sérails.\\uQ travail fait aussi au pluriel les travails\ quand il signifie une machine de bois dans laquelle les mare'chaux attachent les chevaux fougueux pour les ferrer. Lorsque travail se prend pour le compte qu'un ministre rend au souverain, des affaires de son département, ou le rapport qu'un commis présente au ministre, il fait encore au pluriel travails : ce ministre a eu plu-' sieurs travails cette semaine avec le roi ^ ce commis a trois travails par semaine avec le ministre. Aïeul , ciel , œil , font au pluriel aïeux .j deux .,jeux. Cependant on dit au pluriel aïeuls , quand on veut désigner précisément le grand-père paternel et le maternel 5 exemple : ses deux aïeuls ont rempli les premières charges, ( Acad. ) On dit el on écrit

ja GRAMMAIRE FRANÇOISE

au pluriel ciels ^ quand ce mot désigne ou le haut d'un lit , ou la partie d'un tableau qui représente l'air ^ exemples : les ciels de ces lits ne sont pas assez hauts y ce peintre fait bien les ciels. ( Acad. ) Enfin , on dit au pluriel des œils de bœuf , en parlant de petites lucarnes faites en rond dans la couverture des maisons.

Quatrième remarque. On supprime vulgairement le t dans le pluriel des mois terminés en ant et en ent. Ainsi , l'ont écrit les enfans , les commencemens ; et par exception , l'on conserve le t dans les monosyllabes , les gants , les dents j mais il vaudrott mieux suivre les auteurs du siècle de Louis XIV 5 et sur— tout les écrivains de Port- Roj'al, et ne jamais supprimer le t au pluriel. Cliénier, Domergue , etc., conservoient le t. M. Didot , dans ses belles éditions de nos auteurs classiques , suit celle orthographe.... Le mot. gent s'écrit au pluriel gens. Quelques Grammairiens proposent d'écrire gents. L'œil s accoutumeroit peut-être avec peine à cette orthographe.

Cinquième remarque. Les noms de métaux , pris dans un sens général, n'admettent point de pluriel. On ne dit point les ors.) les argents^ etc. Quand on dit les fers .^ les cuivres , on considère ces métaux comme mis en oeuvre , et divisés en plusieurs parties.

Sixième remarque. Les noms propres ,

DE C. C. LETELLIER. l3

quand ils ne servent qu'à distinguer les personnes par leur nom , ne prennent point la marque du pluriel : les deux Corneille se sont distingués dans la république des Lettres. — // est peu de magistrats aussi anciens dans la robe que les Nicolai et les Lamoiguou. — Cest ainsi que se sont conduits les plus grands capitaines , tels que les Scipion , les Turenue, les Maurice, etc. Mais quand on comprend dans ces noms toutes les [lersounes qui ressemblent à celles qui les ont portés , on les met au pluriel , parce qu'ils deviennent alors des noms communs. E?<eniples : ces deux princes ont été les Alexandres de leur siècle. — Ils sont tous braies comme des Césars. — Tous les siècles n'enfantent pas des Horaères , des Virgiles , des Corneilles , des Racines , etc. L'usage a consacré cette distinction.

Septième remarque. Plusieurs substantifs , pris du latin , s'écrivent au pluriel comme au singulier : tels sont les accessit .^ les alibi ^ les alinéa , les duo , les errata , les opéra , les quiproquo , les zéro , etc.

Huitième remarque. Quelques adjectifs se prcunent quelquefois substantivement , comme dans le beau.^ le vrai., futile., l'agréable., etc. Le beau i^ous touche y le vrai seul est aimable ; joindre /'utile à /'agréable. Ces substantifs ne sont point susceptibles de pluriel. 11 en est de même des verbes pris subs-

l4 GRAMMAIRE FRANÇOISE

tanlivement : le boire , le manger , etc. Quelques substantifs manquent de singulier ^ tels sont les noms : ancêtres^ funérailles , mœurs , obsèques , pleurs , ténèbres , vêpres ^ etc.

Page 1