‹ Grammaire françoise à l'usage des pensionnatsChapitre 6 sur 63 · TROISIÈME ESPÈCE DE MOTS · texte numérisé non relu

TROISIÈME ESPÈCE DE MOTS

V Adjectif.

l^adjectif est un mot qui donne une qnalilication au substantif^ il de'signe la qualité ou la manière d'être de la personne ou de la chose dont on parle.

Tout adjectif suppose un substantif : car il faut être, pour être tel.

Les adjectifs suivent les deux genres j le masculin et le fe'minin.

Formation du Féminin dans les Adjectifs.

Règle générale. Quand un adjectif ne finit point par un e muet, on y ajoute un e muet [ Dur Ibrmer le féminin : prudent , prudente j saint ^ sainte} méchant^ méchante j

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petit ^ petite j poli ^ polie ^ vrai ^ vraie ^ nu^ nue y etc. Il y a beaucoup crexceptions.

Première eoccpption. Les adjectifs sui^^anls : blanc , franc , sec , fout au feiiiiniri , hlaii" che , franche , sèche j public , caduc , tuj^c , font publique ^ caduque^ turque ^ grec fait grecque.

Deuxième exception. Les adjectifs en / font leur iemiiiin en ve. Exemples : bref ^ brève ; /««j/, naïve ; vif., vive ; ricuf^ neuve.

Long fait longue , favori fait favorite.

Troisième exception. Un grand nombre d'adjectifs doublent, au féminin, leur dernière consonne , en prenant un e muet.

i". Les adjectifs termine's en /, comme cruel , cruelle y éternel , éternelle y pluriel , plurielle j vermeil , vermeille j pareil , pa~ reille ; gentil , gentille y 72?// , /zwZ/e , etc. Il en est de même de beau , nouveau , /bw , mou.j vieux., qui fout au fe'minin, belle .^ nouvelle , /o//t? , molle , vieille , parce qu'au masculin on dit bel , Jiouvel , /bZ , 7?/o/ , rze/Z. devant un nom qui commence par une voyelle ou par une h muette ^ un bel homme ^ im nouvel appartemeiit , un fol espoir , un mol abandon.) un vieil habit. 'Islals les adjectifs en al forment leur féminin régulièrement -.filial .^ fdiale y vénal., vénale ^ nado-

7ial . nationale ., ctc Il en est de même

des huit adjectifs suivants, sextil ., bissexlil .^ civil .^ incLilj subtil .^ vil ^ viril et volatil

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( terme de chimie ) , qui font an fe'minin , sextile , bissextile , cii^ile , incivile , subtile , vile , i^irile , volatile Fidelle et tranquille s'écrivent avec deux /, soit au masculin , soit au féminin ^ mari fidelle , épouse fidelle ( Acad. ) 5 sommeil tranquille , ame tranquille. ( Acad. )

2^. Les adjectifs terminés en n , comme bon , bonne j ancien , ancienne j chrétien , chrétienne ; païen , païenne , etc. Mais /?}?«sulman fait musulmane ; mahométan fait mahométane ; malin et bénin font maligne et bénigne y masculin , féminin 5 font mûr^culine , féminine , etc.

3°. Les adjectifs terminés en 5^ , comme épais ^ épaisse y gros ^ grosse y gras ^ grasse , las ^ lasse ^ etc. Cependant, ra^ fait rase y mauvais , t?/^/^ , font mauvaise , niaise j frais Ça'il fraîche y tiers fait tierce.

4°. Les adjectifs terminés en f. Exemples : Tzef , Aze^fe y ?7?zfer , muette y sujet , sujette y replet^ replet te y' douillet ^ douillette^ sot ^ sotte , etc. Mais discret , secret , inquiet , complet^ font discrète ^ secrète .^ inquiète^ complète ; dévot fait dévote y bigot fait bigote.

Quatrième exception. Les adjectifs en ewr font ordinairement leur féminin en ezwe : trompeur , trompeuse ; flatteur , flatteuse ; menteur , menteuse. Cependant les adjectifs qui expriment une comparaison, forment leur féminin régulièrement. Meilleur^ meilleure y

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supérieur , supérieure / antériew , antérieure , etc.

Cinquième exception. Les adjectifs termines en x , changent x en se ,• honteux , /20/2feî^^e ,• dangereux , dangereuse j jaloux , jalouse , etc. Mais doux tait douce / roi^j:: fait rousse j faux ia'il /"ausse.

Les adjectifs prennent aussi les deux nombres , lè singulier et le pluriel.

Formatioîi du Pluriel dans les Adjectifs.

Règle. Le pluriel, dans les adjectifs, se forme comra& dans les substantifs , en ajoutant ^ à la fin : bon , bonne ,• au pluriel , bons , bonnes.

Les adjectifs dont le masculin se termine en au^ prennent x au pluriel ^ beau., beaux j nouveau , nouveaux y bleu fait bleus : des yeux bleus. Mou ^ fou ., [oui mous .^ fous .^ etc.

Les adjectifs en al font leur pluriel en aux; égal .j égaux ^ national.^ nationaux.

Mais un grand nombre d'adjectifs qui finissent par al , n'ont pas de pluriel masculin , comme fdial , fatal , frugal , pascal , pastoral ^^ naval.) trivial^ vénal (i), littéral^

conjugal., austral., boréal, final

Ainsi , Ton ne peut pas mettre au pi. les phrases suivantes : un combat naval; un cœur vénal; C amour fdial .^ etc. , parce que les ad-

(i) Le dictionnaire de rAcademie, cJit. stért'ot. adinçl rcx« presbion d'offices vénaux.

DE C. C. LETELLTER. rg

jectifs naval ^ vénal^ filial ^ etc., ne peuvent jamais être joints à des substantifs masculins pluriels. On cherche alors à su])slituer aux substantifs masculins, des substantifs féminins qui leur soient synonymes. Ou dit , par exemple , des batailles navales^ des âmes vénales ^^ des tendresses filiales , etc.

L'adjectif c/^a^fl m ne prend point la marque du pluriel , quand il est suivi d'un autre adjectif qui le modifie. Aiusi on écrit des cheveux châtains , et des cheveux châtain clair. (Acad.) Le mot aigre ^ dans Wà]ec\\ï aigre^ doux ^ ne prend point le pluriel; des oranges aigre-douces. (Acad.) L'adjectif masculin tout s'écrit ordinairement au pluriel tous j il vaudroit mieux écrire touts , suivant la règle générale de la formation du pluriel dans les substantifs et dans les adjectifs.

Des différentes sortes dAdjerAifs.

Il y a autant de sortes ^adjectifs qu'il y a de sortes de qualités, de manières . et de relations que notre esprit peut considérer dans les objets.

Nous ne corfiioissons point les substances en elles-mêmes , nous ne les connoissons qus par les impressions qu'elles font sur nos sens , et alors nous disons que les objets sont tels , selon le sens que ces impressions affectent. Si ce sont les yeux qui sont affectés , nous disons que l'objet est coloré, qu'il est blanc .^ ou noir , ou rouge , ou bleu , etc. Si c'est

âO GRAMMAIRE FRANÇOISE

le goût , le corps est doux , ou amer , ou aigre ^ ou fade ^ etc. ^ si c'est le tact, l'objet est ou rude , ou poli , ou dur , ou mou ; gras , huileux , ou sec , etc.

Ijorsque ce sont les impressions que les objets physiques font sur nos sens , qui nous font donner à ces objets les diverses qualifications de bîanc^ de noir^ de doux^ de/ade. etc. , ces sortes d'adjectifs sont des adjectifs phy^ sic/ues.

Si notre ame considère des êtres métaphysiques ou abstraits , et qu'elle les quahfie en conséquence des rapports qu'elle y découvre , les adjectifs qui expriment ces sortes de considérations ou vues , sont des adjectifs metaphysiques. Par exemple , si deux hommes arrivent à une allée d'arbres , l'un par un bout, l'autre par le bout opj)Osé , chacun de ces hommes, regardant les arbres de cette allée, dit : voilà le premier j de fone que l'arbre que chacun de ces hommes appelle le premier ^ est le dernier^ par rapport à l'autre homme. Ainsi .^ premier ^ dernier l et tous les adjectifs d'ordre^ sont des adjectifs métaphysiques : ce sont des adjectifs de relation. Il en est do même des adjectifs de nombre cardinal , tels que deux, trois., etc. : ce sont des adjectifs métaphysiques qui qualifient une collection d'individus. Mon., ma ^ mes., soji., sa., ses ^ etc., sont pareillement des adjectifs métaphysiques^ qui désignent un rapport d'appartc-

nance ou de propriété , et non une qualiié physique et permanente des objets. Grand et petit sont encore des adjectifs métaphysiques : car, un corps, quel qu'il soit, n'est ni grand ni petit en luirmème^ il n'est appelé tel que par rapport à un autre corps.

Les adjectifs métaphysiques sont en trèsgrand nombre ^ nous ne traiterons particulièrement que des adjectifs possessifs ^ des adjectifs démonstratifs ^ et des adjectifs numéraux.

Adjectifs possessifs.

Les adjectifs possessifs sont ceux qui servent à marquer la possession de la chose dont on parle , comme m.on livre , i^otre cheval , son chapeau , etc.

INGCLIEB,

Pltjrtei,.

Masculin,

Pénnnirt,

Des deux genres.

Mon.

Ma.

Mes.

Ton.

Ta.

Tes.

Son.

Sa.

Ses.

Kotre.

Notre.

Nos.

Votre.

Votre.

Vos.

Leur.

Leur.

Leurs,

Remarque. Mon , ton , son , s'emploient au féminin devant une voyelle ou une h muette : on dit moTi ame pour ma ame ^ ton humeur pour ta humeur , son épe'e pour sa épe'e.

Adjectifs démonstratifs.

Les adjectifs démonstratifs sont ceux qui servent à montrer la, chose doût pu parle,

ai GRAMMAIRE FRANÇOISE.

comme quand je dis : ce livre, cette table y je montre un livre ^ une table.

Singulier Masculin, Pèniinin.

Ce , cet.' - Cette.

PLCRItL.

Des deux genres.

Ces.

Remarque. On met ce devant les noms qui commencent par une consonne ou une h aspirée : ce village , ce hameau.

Adjectifs numéraux.

Les adjectifs numéraux sont ceux qui indiquent des rapports aux nombres.

II y en a de deux sortes : les adjectifs de nombre cardinal , et les adjectifs de nombre ordinal.

Les adjectifs de nombre cardinal sont un , deux.) trois.) quatre^ cinq.) six.) sept.) huit ^ 7ieii/\ dix.) onze.) douze., treize,, quatorze^ quinze , seize , dix-sept , dix-huit , dixneuf ., vingt ^ trente^ quarante., cijiquante ^ soixante , quatre-vingt , cent , inille , etc.

Les adjectifs de nombre ordinal^ se forment des cardinaux 5 ce sont : premier , second , troisième , quatrième , cinquième , sixième.) septième.^ huitième.^ neuvième^ dixième , etc.

Ilemarque. De même que des adjectifs peuvent devenir des substantifs , ainsi que nous lavons dit ^ de même , certains subslantils peuvent devenir des adjeciiis. Par

exemple , claus cette phrase : Louis est roi ; roi qualifie Louis ^ donc roi est adjectif. Mais, dans celle phrase, le Roi est à Saint-Cloiidy le ro/ désigne un individu : c'est donc un substantif. Les noms deviennent donc adjectifs , c'est-àdire, sont pris adjectivement^ lorsqu'ils altribuent une cjualité à un sujet, lorsqu'ils le modifient. Il en est de même des substantifs, père^ général , etc. dans ces phrases : Êtes-vous père ? ÉteS'Vous générale

Degrés de signi/ication dans les adjectifs.

Les objets peuvent être qualifie's , ou absolu' ment , sans aucun rapport à d'autres objets , ou relativement , c'est-à-dire , par rapport à d'autres.

1*^. Lorsque l'on qualifie un objet absolument^ l'adjectif quaUficatif est dit être au positif. Ce premier degré est appelé positifs parce qu'il est comme la première pierre qui est posée pour servir de fondement aux autres degrés de signification. Dans ces phrases : César était vaillant ; le soleil est brillant y vaillant et brillant sont au positif.

2°. Lorsque l'on compare un objet avec un autre , il peut en résulter un rapport d'égalité , ou un rapport de supériorité , ou un rapport d'infériorité^ ce qui forme trois sortes de comparatifs. Le comparatif est le second degré de signification.

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Le rapport (légalité se marque par les adverbes autant que ^ aussi que^ elc. César étoit aussi braire qvL J leacandre Vavoit été, si nous étions plus proches des étoiles , elles nous paroîtroient aussi brillantes que le soleil y aux équinoxes , les nuits sont aussi longues que les jours.

Le rapport de supériorité se marque en mettant Tadverbe plus devant l'adjectif, et la conjonction que après : le soleil est plus bril^ lant que la lune-

Le rapport d^ infériorité se marque en mettant les aclveibes moins .^ pas si devant l'adjectif, et la conjonction ^^ï^e après : V état des lettres J\it moins brillant , ne fut pas si brillant sous Louis XV ^ qu'il l'ai^oit été sous Louis XIV .

Nous avons trois comparatifs qui s'expriment en un seul mot : meilleur au lieu de plus bon., qui ne se dit pomt^ moindre au lieu de plus petit y pire , au lieu de plus maui^ais : la t^ertu est meilleure que la science j ços chagrins sont moindres que les miens j le remède est pire que le mal.

3". Enfin, le troisième degré de sionifîcation est appelé superlatif., et il marque la qualité portée au suprême degré.

Il y a deux sortes de superlatifs, i°. le superlatif a^.yo/w qui se forme avec le mol très., ou avec fort , extrêmement j et quand il y a admiration, avec bien : cet enfant est bien raisonnable! 2rè^ vient d'un adverbe latin fer, qui

DE C. C. LETELLIER. âS

signifie trois fois ^ très-grand, c'est-à dire, trois J^ois grand. Fort est un abre'gé àe fortement. 2?. Le SLiperlalif re/a^//\ qui marque un rapport à d'autres objets, et s*'exprime en mettant devant le comparatif les articles /e , /a , les : le lion est le plus courageux des animaux j cette femme est la plus i^er tueuse que je con~ jioisse y ce soîit les hommes les plus sages de rassemblée. Les adjectifs possessifs pîace's devant le comparatif . marquent aussi le superlatif relatif : mon meilleur ami • voire plus fidelle sujet ; son moindre souci , nos plus grands intérêts y vos plus cruels ennemis j ses plus vifs regrets , etc.

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