‹ Grammaire générale des grammaires françaises, présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernesChapitre 166 sur 279 · REMARQUES GÉNÉRALES SUR LES VERBES · texte numérisé non relu

REMARQUES GÉNÉRALES SUR LES VERBES

Dans toutes les formes du mode interrogatif, dit Estarac, le pronom personnel, qui est le sujet du verbe, se place après celui-ci : viendrez-vous ? Par- tirons-nous? On sépare alors le pronom personnel du verbe par un tiret.

Si le verbe a la troisième personne du singulier terminée par une voyelle, on met, entre le verbe et le substantif personnel qui suit, un t entre deux tirets, pour éviter l'hiatus désagréable que formerait le concours de deux voyelles : viendrat-ilT chanter a-t-on? Viendra-il? chantera-on? seraient trop durs à prononcer; et notre langue est si amie de l'harmonie, qu'elle lui sacrifie souvent les règles.

On emploie encore le t entre deux tirets dans tous les cas où le substantif personnel se place après le verbe, si le verbe est terminé par une voyelle.

La plainte, ajouta-i-il, guèrit-elle son homme? (La Fontaine, livre x, fable 46.)

Par une raison semblable, si l'interrogation se fait à la première personne terminée par un e muet, on met un accent aigu sur l'e muet ; et l'on* prononce et l'on écrit parlé-je bien? chanté-jejusle'^ vous aimé-je assez? et non pas parle-je bien? ni parlai-je bien ? etc.

Veillé-je? Etn'est-ce point an songe que je vois? (La Fontaine, livre x, fable iO.)

Notre avis est que V accent grave serait préférable, car ce dernier se fait plus naturellement sentir dans la conversation que l'accent aigu. Cependant nous conservons Vaccent aigu^ en attendani que notre Académie se prononce.

Si le verbe est monosyllabe, on prend une tournure différente, et l'on dit : est-ce que je mens ? est-ce que je perds ? et non pas mens-je ? perds-jeY qui seraient trop durs. Est-ce que je dis que vous avez tort?

Nous avons déjà dit que le sujet de la proposition se place à la suite du verbe lorsqu'on raisonne hypothétiquement et dans d'autres circonstances. Eussiez-vous mille fois plus de talents, vous n'êtes jamais dispensé d'être modeste.

Le sujet se place aussi après le verbe lorsqu'on rapporte un discours, et qu'après les premiers mots du discours on place les mots dit-il, répondit-

DU VERBE

i/, ou d'autres semblables. Français, s'écria-t-U, votre liberté ne sera vraiment solide que lorsque vous respecterezreligieusement les mœurs et la vertu... Voiis avez raison, repartit-il.

Nous avons vu que la seconde personne du singulierduprés. de l'imp. en e muet n'est pas terminéeens; néanmoins, sielle est suiviede en ou dey, on lui donne un s par euphonie : Va-s-y toi-même, cueiUe-s-ij des fleurs; va-y, cueille-y, feraient des hiatus qu'il faut éviter. Cueille-s-en; mais va-fen.

On ne dit pas non plus menez-m'y, transportet'y, envoyez-m'^y ; il fout dire : menez-y-moi, transportes-tj-toi y envoyez-y-moi, etc.

Les formes du subjonctif dépendent toujours d'un verbe précédent, et elles ne peuvent pas être employées indifféremment; la préférence des unes sur les autres doit être déterminée par la forme du verbe qui précède ; et quoiqu'on dise : je désire, ou je désirerai toujours que vous ayez raison dans cette circonstance : on doit dire : je désirerais ou j'aurais désiré que vous eussiez raison, et non pas que vous ayez : ceci sera développé amplement dans la syntaxe.

Il faut dire : il s'en est allé et il s'est enfui, parce que enfui est un seul mot composé, entre les deux parties duquel on ne peut pas mettre le verbe est : il s'est en allé, et il s'en est fui sont des foutes.

Le verbe résoudre a deux participes passés, résolu et résous , mais ces deux participes n'ont pas la même acception. On emploie le participe résous lorsqu'il s'agit de choses changées en d'autres : le soleil a résous le brouillard en pluie. Hors ce cas , on emploie le participe résolu. Il a résolu ce problème; il a résolu de quitter la ville, de partir demain.

Vaillant n'est pas le participe actif du verbe valoir. C'est un substantif qui signifie à peu près la même chose que capital, fortune, et que l'on emploie dans ces phrases du discours familier : il n'a pas cinquante centimes vaillant; il a douze mille ^rancs vaillant.

La seconde personne du pluriel de plusieurs formes des verbes est terminée par le son de l'é fermé; il faut l'écrire alors par un z sans accent sur l'é ; au heu que le pluriel masculin des participes s'écrit par un é fermé et par un s. Vous aimiez, vous aiinez, vous aimerez, vous finiriez, vous rencontrassiez, etc. Ils sont aimés, ils furent labourés, ces airs seront mal exécutés.

Les verbes actifs, dans toutes leurs formes composées, résultent de la combinaison des formes du verbe avoir et du participe passé du verbe dont il s'agit. Nos soldats ont toujours battu l'ennemi. Elle a chanté une ariette. Il avait labouré, etc.

Toutes les formes des verbes passifs résultent de la combinaison des formes du verbe être et du

participe passé : j'avais été aimé, je fus aimé, j'étais aimé, je suis aimé, etc., etc.

Pour former les temps composés des verbes pronominaux, il faut aussi réunir les formes du verbe être avec le participe passé du verbe pronominal : je me suis fait du mal, et non pas je m'ai fait. Il s'est crevé les yeux, et non pas il s'a crevé. Et quoique l'on dise fort bien : je lui ai opposé ces difficultés ; il I'sl reconnu ; ils /'ont endormi à force de le bercer, parce que tous ces verbes sont actifs; on doit dire je me suis opposé ces difficultés; il s'est reconnu ; il s'est endormi à force d'être bercé, parce queceux-cisont réfl. Nous nous sommes reposés après nous être bien promenés.

QuantaLUXverbes d'étatoiiverbesneutres,\\y en3i qui, dans leurs formes composées, se conjuguent avec le verbe être, et d'autres qui ont toujours pour auxiliaire le verbe avoir. Ainsi, tomber, mourir, etc., ont toujours pour auxiliaire le verbe être : Je suis tombé tout à plat, et non pas j'ai tombé. Il est mort de ses blessures, etc. Au contraire, languir, dormir, marcher, croître, exceller, régner, souffrir, etc., se combinent avec les formes du verbe avoir. J'ai langui loncj-temps; elle a dormi huit bonnes heures; ils ont marché très-vite.

Dans bien des circonstances il y a un choix à faire entre le verbe être et le verbe avoir, considérés comme auxiliaires; il n'est pas du tout indifférent de prendre l'un plutôt que l'autre. On doit préférer les formes du verbe avoir lorsqu'on veut exprimer une action, et celles du verbe être s'il est question d'indiquer une situation : sans doute parce que ce dernier exprimant essentiellement et explicitement l'existence, il est aussi plus propre à marquer la modification sous laquelle existe le sujet, ou l'état dans lequel il se trouve.

D'après ce principe, on dit il a sorti, de quelqu'un qui est rentré après être sorti, parce qu'on veut marquer, non pas l'état où il se trouve actuellement, puisqu'il est rentré, mais l'action qu'il a faite de sortir; et l'on dit : il est sorti, de quelqu'un qui n'est pas rentré, parce qu'on veut marquer précisément la situation où il se trouve, celle d'être hors de chez lui. La première de ces deux phrases peut se changer en cette autre du même sens : il a été sortant, ce qui marque bien évidemment l'action qu'il a faite et non pas l'état où il se trouve, il a été faisant l'action de sortir. La seconde ne peut pas absolument se traduire par le moyen du participe actif sortant, sans en changer le sens : il n'y a donc aucune nuance d'action dans cette phrase ; sorti fait là les fonctions et a la nature d'un adjectif; il exprime donc une modification, un état, une situation. On peut appliquer la même analyse aux phrases suivantes.

On dit : il a monté, ou, il a descendu l'escalier; il a monté, ou, il a descendu tout seul et sans secours, parce qu'alors on a pour but positif d'ex-

primer l'action de monter, de descendre ; il a été montant ou descendant l'escalier, etc. Au lieu qu'on doit dire : il est monté, lorsqu'on veut exprimer qu'il est là-haut; et il est descendu, lorsqu'on veut dire qu'il est là-bas : on exprime alors, non pas l'aclion de monter ou de descendre^ mais la situation où l'on se trouve après cette action.

Elle a demeuré à Paris, veut dire qu'elle y a séjourné à une époque quelconque; elle a été demeurant à Paris : elle est demeurée à Paris, signifie qu'elle y est encore.

D'après cela, on peut choisir entre il a apparu et il est apparu ; la fièvre a cessé et la fièvre est cessée, etc., etc., et préférer celle de ces phrases qui exprime l'idée précise qu'on veut rendre, dans

les cas surtout où cette précision est nécessaire. • Convenir, lorsqu'il signifie demeurer d'accord, se conjugue avec le verbe être; et quand il signifie être propre, être sortable, il se conjugue avec le verbe avoir. Cette maison m'a convenu, et nous sommes convenus du prix.

Avec ne il faut toujours mettre le présent de l'impératif et non pas celui du subjonctif, comme on fait mal à propos dans certains cantons. Ne fais pas cela, et non point ne fasse pas. Ne va pas là, et non point n'aille pas là^ On ordonne, en effet, de ne pas faire, de ne pas aller : c'est donc une forme de l'impératif qu'il faut employer ; et une forme du subjonctif, en pareil cas , est un solécisme.

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