‹ Grammaire générale des grammaires françaises, présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernesChapitre 173 sur 279 · DES CONJONCTIONS · texte numérisé non relu

DES CONJONCTIONS

j iM ■ m

Les différentes espèces de mots dont nous avons parlé jusqu'à présent servent à former les phrases, mais des phrases isolées, que, pour plus de clarté et plus de précision, l'esprit a besoin de réunir à d'autres, afin d'exprimer d'une manière précise l'idée qui est l'objet de ses opérations. Nous l'avons déjà dit, l'esprit lie les objets entre eux, ou les oppose les uns aux autres. Il compare, il divise, il fait des exceptions, il ajoute, il diminue, il rend raison, il conclut, il marque l'intention, la fin, le temps, l'incertitude, le motif, etc., o-péraiionsqui demanderaient beaucoup de répétitions, de temps et de diffusion, mais qui sont extrêmement sin^plifiées à l'aide des conjonctions.

Les conjonctions sont donc des mots qui servent à joindre ensemble des phrases ou des parties de phrase, et qui rendent sensibles par ce moyen les diverses opérations de l'esprit.

Elles sont indéclinables, comme les prépositions et les adverbes.

Le mot conjonction dérive des deux mots latins eum etjungere, qui signifient joindre avec, ensemble, et l'on a donné ce nom à tous les mots de la langue qui servent à joindre des propositions.

On peut considérer les conjonctions ou relativement à l'expression, ou relativement à la signification.

Relativement à l'expression, elles sont simples ou composées. Les conjonctions simples sont celles qui sont exprimées en un seul mot : et, ou, mais, si, car, etc. Les conjonctions composées sont celles qui se forment de plusieurs mots : à moins que, soit que, à condition que, etc.; et ces mots sont ordinairement des adverbes, des substantifs, des verbes même ou d'autres conjonctions suivies de que. Dans les exemples que nous venons de citer, moins est adverbe, condition est substantif, et soit esl xerhe. Ces conjonctions composées se nomment plus particulièrement /ocMâotM conjonctives.

Considérées relativement à la signification, elles se divisent en différentes espèces, et c'est sous ce rapport qu'il est essentiel de les connaître.

Il est toujours facile de distinguer les conjonctions, des prépositions et des adverbes, qui sont les seules parties du discours avec lesquelles on puisse les confondre.

Les conjonctions simples diffèrent des adverbes en ce qu'dles n'expriment pas une circonstance du

nom ou du verbe; et elles différent des prépositions, en ce qu'ell-es ont presque toujours leur dernier mot suivi de que, ou de la préposition de.

Les différentes espèces de conjonctions répondent aux diverses opérations de l'esprit ou à ses besoins; elles peuvent être en conséquence copulatives, disjonctives, adversatives, restrictives, conditionnelles, suspensives, concessives, déclaratives, comparatives, augmentatives, diminutives, causati* ves, eonclusives, de temps et ô! ordre, transitives, etc.

Les conjonctions copulatîves sont celles qui servent à rassembler deux noms ou deux verbes sous une même affirmation, ou sous une même négation.

Pour l'affirmation ;

Et. La science et la vertu sont deux choses bien estimables.

Aussi. Puisque vous le voulez, je le veux aussi.

Tant... que. Nous étions dix, tant hommes que femmes.

Pour la négation :

Ni. Une boit ni ne mange»

JYi l'orni la grandeur ne nous rendent heureux.

(La Fontaine.)

Non plus. Puisque vous ne sortez pas, je ne sor-. tirai pas non pl]is.

Les conjonctions disjonctives sont celles qui marr quent alternative ou disjonction :

Ou:

Grand roi, cesse de vaincre, ov, je cesse d'écrire.

(BOILEAD.J

Ou bien. Allons nous promener aux Tuileries, ou bien au bois de Boulogne.

. Soit. Il faut toujours conserver la même égalité d'âme, soit dans la bonne, soit dans la mauvaise fortune.

Soit que. Soit que vous soyez heureux, soit qu^ vous soyez malheureux, faites tout pour le bien de l'humanité.

Les conjonctions adversatives sont celles qui lient deux propositions, en marquant opposition dans Iq seconde a l'égard de la première :

Mais. La satisfaction qu'on tire de la vengeance ne dure qu'un moment, mais celle qu^on tire de la clémence est éternelle.

Cependant. // dit vrai, cependant on ne le croit pas.

DES coiNJOrscrioiss.

Néanmoins. Marius fut fort maltraité de la fortune, néanmoins Une perdit pas courage.

Pourtant. Cicéron, quoique grand philosophe, H était pourtant pas ennemi des louanges.

Toutefois. Cette nouvelle se soutient j toutefois personne ny croit.

Bien que. il n'est pas étourdi, bien qu'il paraisse l'être.

Les conjonctions restrictives sont celles qui restreignent, de quelque manière que ce soit, une idée ou une proposition : ^

Sinon. Je n'ai autre chose à vous dire, sinon que je le veux.

Si ce n'est que. Je n'ai rien à vous dire, si ce n'est que je le veux.

Quoique. Quoique laid, il me piatt.

Pour mis pour quoique. Pour être dévot, onn'en est pas moins homme*

Encore que. Encore qu'il soit disgracié, il n'en est pas moins fier. Ou se sert peu de celte conjonction, qui a vieilli.

A moins que, ou à moins de. Cette affaire ne finira pas, à moins qu'il ne vienne; it ne pouvait le traiter plu^ mal, à moins de le battre.

Les conjonctions conditionnelles sont celles qui lient deux membres du discours par supposition, ou en marquant une condition :

Si. Tout est perdu, si vous ne vous hâtez devenir.

Sinon. Corrigez-vous, sinon vous serez généralement détesté.

Quand, quand même, quand bien même. François l^' n'eut rendu que la pareille à Char les- Quint, quand, quand même, ou quand bien même il l'eût fait ànêler lorsqu'il passa par la France.

A moins que. Je ne sortirai pas, à moins que vous ne veniez me prendre.

Pourvu que, supposé que, au cas que, en cas que. Vous vous tirerez de ce mauvais pas, pourvu que, supposé que, etc., vous montriez de la fermeté,

i>ien entendu que, à condition que, à la charge que. Vous réussirez dans cette entreprise, bien entendu, etc., que vous suivre» à la lettre les moyens que je vous donnerai.

Les conjonctions suspensives sont celles qui servent à marquer quelque suspension ou quelque incertitude :

Si. On ne sait jamais si l'on est véritabkinent aimé.

Savoir si, c'est à savoir si. Vous vous repaissez l'imagination d'agréables chimères; savoir, ou c'est à savoir si vous serez jamais à même de les réaliser.

Quoiqu'il en soit. Quoi qu'il en soit de ce que vous venez de dire, je veux en courir les risques.

Les conjonctions concessives sont celles dont on se sert pour marquer que l'on demeure d'accord sur quelque chose :

A la vérité . A la vérité ta divisibilité de la ma-

tière à l'infini est inconcevable, mais elle n'en est pas moins certaine.

A la bonne heure. A ta bonne heure qu'on puisse quelquefois céder aux circonstances, mais ce ne doit jamais être aux dépens de son honneur.

Quand, quand même. Quand, quand même cela serait vrai, que pourriez-vous en conclure ?

Non que, non pas qUB» Je l'évite, non que, non pas que je le craigne, mais pour n'être pa» obligé d'agir contre mes principes.

Quoique, encore que. Quoique, encore que vous soyez fondé dans vos prétentions, évitez de plaider s'il vous est possible.

Le& conjonctions déclaratives ou mieux explica* tives sont celles dont on se sert ordinairement pour expliquer quelque chose ; ce sont ;

Savoir. La terre est divisée en quatre grandes parties, savoir : l'Europe, l'Asie, l'Afiique et l'Amérique,

Gomme, comme par exemple. Il y a bien des effets dont nous connaissons les causes, comme ou comme,par exemple, celles de l'élévation de l'eau dans les pompes.

C'est-à-dire. La Grammaire, c'est'à-dire l'art de parler et d'écrire correctement.

Les conjonctions comparatives sont celles qui servent à marquer un rapport ou une parité entre deux propositions ; ce sont :

Comme, ainsi^ de même, ainsi que. La destruction de Jérusalem est arrivée, comme, de même que, ainsi que Jésus-Christ l'avait prédit*

Aussi bien que. il faut écouter les pauvres aussi bien que les riches.

Aussi peu que, autant que. Travaillez aussi peu que, ou autant que vous voudrez.

Non plus que. Il n'écoute non plus que si on ne lui parlait pas. Cette locution conjonctive est un peu surannée. On dit : pas plus que.

Ni plus ni moins que. Nous avons été traités dans les prisons ni plus ni moins que si nous eussions été de vils scélérats.

Si... que. // n'est pas si riche qu'il voudrait le faire accroire.

Eu mis pour comme. Il vit en grand seigneur.

Les conjonctions augmentatives et diminutives sont celles dont on se sert pour ajouter à ce qu'on a avancé, ou pour le dinùnuer.

Pour V augmentation :

D'ailleurs. La plupart des richei sans naissance sont fiers et pleins d'arrogance ; ils tont d'ailleurs brutaux et insolents. ^*

Outre que. Rien n'est plus amusant que l'histoire, outre que rien n'est plus instructif pour la manière de se conduire avec les hommes. Outre que ne s'emploierait plus dans le haut style.

De plus. Je vous dirai de plus que tous vos amis sont aussi bien qu'ils peuvent l'être dans les cir^ constances présentes.

GRAMMAIRE FRANÇAISE

Au surplus. // a bien quelques défauts-, au surplus il est honnête homme,€t c'est l'essentiel.

Pour la diminution :

Au moins; du moins. Le bénéfice qu'un jeune homme doit rapporter du collège, c'est au moins, ou du moins de savoir bien sa langue.

Pour le moins. Il faut pour le moins connaître lesprincipes généraux d'une langue avant de dire qu'on la sait.

Encore sert pour l'augmentation et pour la diminution. On dit : Il ne suffît pas d'instruire, il faut encore chercher à plaire. — Encore s'il entendait raison! mais non, c'est le plus entêté des hommes. Dans le premier exemple, encore est augmentatif; il est diminutif dans le second.

Les conjonctions causatives sont celles qui servent à marquer la cause de quelque chose, ou la raison pourquoi on l'a faite; telles sont :

Car. Défiez-vous de la fortune, car elle est inconstante.

Comme. Comme vous n'avez obéi qu'à l'honneur, soyez ferme dans l'infortune.

Parce que. Évitez l'oisiveté, parce qu'elle est la mère de tous les vices.

Il ne faut pas confondre parce que, conjonction, en deux mots, avec par ce que en trois mots séparés, dont le premier est une préposition suivie du pronom démonstratif ce et du pronom relatif que. Je lirai ce livre, parce que vous me dites qu'il est bon. — Je juge, par ce que vous me dites, que la lecture de ce livre ne peut être que très-utile. Dans le premier exemple, parce que est une véritable conjonction f dans le second par ce que est une préposition suivie de son régime.

A cause que, attendu que, vu que. Faut-il qu'il soit si vain, à cause que son ouvrage a réussi? A cause que ne se dirait plus. — Femmes , ne vous glorifiez pas de votre beauté, vu que ou attendu que cet avantage est d'une bien courte durée.

Puisque. Aimez uniquement lavei'tu, puisqu'elle seule peut vous rendre heureux.

Pourquoi. Pourquoipassez-vous ainsi votre temps àne rien faire?

D'où vient que. D'où vient que vous restez oisifs?

Afin que, afin de, pour. Soyez prompt, afin que je puisse sortir. — On se donne bien de la peine pour faire un bon livre, et on le met au jour afin d'acquérir de la réputation.

Pour et afin de paraissent au premier aperçu signifier la même chose; mais, avec un peu de réflexion, on voit aisément qu'il y a de la différence dans l'emploi qu'en font les bons écrivains. Le premier marque un effet qui doit être produit; et le second, un effet qu'on désire et qu'on espère. Dans l'exemple cité, pour marque un effet certain ; et afin de, un effet qu'on attend et qu'on a en vue.

De peur que ou de, de crainte que ou de. Rom-

pez avec les factieux, de peur ou de crainte qu'on ne vous soupçonne de penser comme eux.

Si... que. La langue française est si universelle, qu'il n'y a pas de pays au monde où une personne qui la parle ne puisse se faire entendre.

Les conjonctions conclusives sont celles dont on se sert pour conclure^ pour tirer la conséquence d'une proposition précédente :

Or, donc. // faut aimer ce qui est aimable; or la vertu est aimable, donc il faut aimer la vertu.

Par conséquent, ainsi, c'est pourquoi, c'est pour cela que. Ce peuple est corrompu, et entièrement énervé par lamollesse; par conséquent, etc., il sera aisé de le vaincre.

Il y a une légère différence entre les deux premières etles deux dernières conjoncùorw. Les deux premières sont plus propres à marquer h conclusion d'un rai^nnement ; et les deux dernières à exprimer la suite d'un événement ou d'un fait.

Tellement que. // a été tellement affecté, qu'il en est mort.

De sorte que, en sorte que, de manière que. Les rayons du soleil, réfléchis et rompus par les gouttes de pluie, forment l' arc-en-ciel ; de sorte que, etc., ce signe éclatant ne paraît jamais qu'il ne pleuve.

Les conjonctions de temps ou d'ordre sont celles dont on se sert pour lier le discours par quelque circonstance de temps et d'ordre:

Quand, lorsque. Quand ou lorsqu'on nage dans l'abondance, on n'est guère affecté du besoin des autres.

Dans le temps que, pendant que, durant que, tandis que. Rome était heureuse et florissante dans le temps qu'elle avait des consuls.

Tant que. Elle a fait le bien tant qu'elle a vécu.

Avant que. On se servait d'écorces d'arbres ou de peaux pour écrire, avant que le papier ne fût en usage.

Depuis que. // s'est passé bien des événements depuis que nous ne nous sommes vu^.

Dès qtje, aussitôt que. Écrivez-moi, dès que ou aussitôt que vous vous serez procuré les éclaircissements que je désire.

A peine. A peine nous finissions qu'il entra.

Après que. Après qu'il eut cessé de parler, l'assemblée se sépara.

Cependant. C'est un de ces pédants tristes et hargneux qui n'ont d'autre esprit que celui qu'ils trouvent dans les livres; et cependant on le recherche.

Enfin, à la fin. Enfin ou à la fin, la cause de la religion, de l'honneur et de l'humanité triomphera.

Les conjonci'ions trans'itives sont celles qui servent à passer d'une circonstance à une autre. Telles sont : or, en effet, au reste, à propos, après tout. Or, toutes choses ayant été ainsi réglées.... A propos. Je vous dirai.. .y etc. Ces conjonctions rendent en gé-

Page 1