‹ Grammaire générale des grammaires françaises, présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernesChapitre 175 sur 279 · DES INTERJECTIONS · texte numérisé non relu

DES INTERJECTIONS

Le mot interjection est formé du latin inter, entre, parmi, et dejacere, jeter. On appelle en effet interjections, des mots indéclinables, jetés entre d'autres mots, pour exprimer les divers sentiments ou les différents mouvements de l'àme.

Nous n'indiquerons pas l'interjection qui convient à chaque situation particulière de l'ame. L'esprit peut avoir besoin d'un maître pour énoncer avec clarté et avec justesse les idées qu'il combine. Le cœur n'en a pas besoin pour peindre avec vérité le plaisir qui l'anime, ou la douleur qui le presse.

Le nombre des interjections devrait être en proportion des sentiments que l'ame peut éprouver ; mais souvent des sentiments contraires sont rendus par le même mot, parce que ce mot, qui n'exprime pas une idée , mais qui n'est qu'un cri de la nature, dépend, pour la signification, de l'inflexion que la voix* prend naturellement, ou du geste qui l'accompagne. Cependant il y a quelquesuns de ces mots qui sont principalement adaptés à certains sentiments.

Pour la douleur et la tristesse : aie! ah! ahi! hélas ! ouf! mon Dieu ! etc.

Ah ! que n'ai-je pas souffert depuis que je ne vous ai'vu!

Ouf! quel déchirement!

Pour la joie et le désir : ah ! bon ! etc.

Ah ! que je suis aise de vou^ revoir !

Pour la crainte : ah ! hé !

Ah! qu'allons-nous devenir? hé! qu'ai-je fait?

Pour l'aversion, le mépris, le dégoût :fi! (i donc!

Fi le vilain! fi de la bonne chère !

Lorsqu'il y a de la contrainte : fi donc ! y pensezvous?

Pour la dérision : oh! eh! %est!

Oh! le plaisant homme! il se vante d'être bien auprès des grands , zest!

Pour le consentement : volontiers, soit.

Soit, volontiers, j'y consens.

Pour l'admiration : oh!

Oh , que cela est beau !

Pour la surprise : oh! bon dieu! miséricorde !

Oh, oh! je n'y prenais pas garde.

Bon dieu! aurion^nous dû nou^ y attendre ?

L'Académie dit que l'interjection ô sert à marquer divers mouvements de l'âme, et la plupart des grammairiens s'en sont tenus à cette définition insignifiante ; nous croyons en donner une idée plus juste en disant quelle marque une exclamation, et suppose toujours qu'on adresse la parole à quelqu'un ou à quelque chose ; elle est d'ailleurs presque toujours suivie d'un substantif.

0 cendres d'un époux ! ô Troyens ! ô mon père ! (RAcitiEf-uindromaque, acte III, scène 8.)

0 de quels vains projets cette vie est tissue !

Dans ce dernier exemple, il n'y a pas de substantif après ô, mais il est sous-entendu, c'est comme si l'on disait : 0 mes amis ! ô mortels ! ô mon Dieu! etc.

Pour l'encouragement : çà, allons, courage; çà, ho çà, tenez ferme! çà travaillons!

Courage, mes amis.

Allons, ferme! poussez, mes bons amis de cour.

(Molière.)

Pour avertir : gare, holà, hem, tout beau, holà ho, gare, gare l'eau.

Tout beau! n'allez pas si vite.

Pour appeler : holà! hé! hem, hem, venez ici.

Holà ! y a-t-il quelqu'un ? hé ! écoutez que je vous dise.

Pour le silence : chut! paix Lst!

Chut! n'avancez pas davantage.

Les interjections n'ont point de place fixe dans le discours, mais elles y figurent selon que le sentiment qui les produit les manifeste à l'extérieur. La seule attention qu'on doive avoir, c'est de ne jamais les employer entre deux mots que l'usage

GRAMMAIRE FRANÇAISE

a rendus inséparables, coiMhie entre le sujet et le verbe , entre l'adjectif et le substantif qu'il modifie. Mais c'est déjà en avoir trop dit sur cette partie du discours; car les règles pour son emploi, s'il y en a, sont plutôt du ressort de la rhétorique que de celui de la Grammàil^.

Nous croyons avoir dit tout ce qu'il est nécessaire de connaître avant de savoir apprécier la composition d'une phrase ; mais pour mieux inculquer dans l'esprit les dénominations sous lesquelles nous venons de présenter chacune des dix parties du discours, nous allons représenter toutes les différentes espèces de mots renfermées dans les vers suivants.

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