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DE U PONCTUATION

La ponctuation est Tart d'établir, au moyen de signes convenus, des divisions régulières, non-seulement entre les phrases, mais encore entre les propositions et leurs principaux éléments.

Les signes de ponctuation sont : la virgule {^)^\epoint'Virgule (;), le deuX'points (:), le point (.), le point interrogatif {?)^ \e point exclamatif{\)^ les points suspensifs (...), la parenthèse ( ), le guillemet (»), et le tiret ( — ).

Delà virgule.

La virgule sert à séparer les parties semblables d'une même phrase, sujets, attributs, compléments, et propositions coordonnées de peu d'étendue, lorsqu'elles ne sont pas unies par une des conjonctions et, ni, ou :

La FRADDB , le PARJURE, les PROcis, les GUERRES, ne font jamais entendre leur V9ixdans ce séjour chéH des dieux, (Fénelon.)

Je ne sais où Je vais, je ne sais où ]e suis. (Racine.) On se menace, on court, Tair gémit, le ciel brille. (Voltaire.) Tout grondait , le tonnene, les vents, les flots, les antres, les montagnes,

(Barthélémy.) La liberté consiste à ne dépendre que des lois. Sur ce pied, chaque homme est libre avjourd*hui en Suède, en Angleterre, en Suisse. (Voltaire.)

La sottise, la calomnie et la renommée, leur très-humble servante, grossissent tout. (Voltaire.)

Alphonse d^ Aragon, souverain de Sicile, ent;ote quelques cavaliers au milieu de ce désordre, (Villemain.)

Celui-là n'est pas raisonnable à qui le hasard fait trouver la raison, mais celut qui la connaît, qui la discerne et qui la goûte, (La Rochefoucauld.)

Mais on écrit sans la virgule :

1® Toute proposition simple qui n'excède pas la portée commune de la respiration :

Il est plus honteux de se défier de ses amis que d'en être trompé.

(La Rocliefoucauld.)

2® Les parties semblables d'un proposition unies par et, ni, ùu :

Tout est silence et repos dans les savanes. (Chateaubriand.) Le figuier, Vilivier, le grenadier et tous L^s autres arbres couvraient la cam» pdgne. (Fénelon.)

274 GRÀMMAmE GÉNÉRALE ET HISTORIQUE.

Destiné à régner, il faut que tu sois ou le plus juste ou le plus coupable des hûmmes. <ThoBias.)

Quand la conjonction et unit deux prépositions coordonnées qui sont par le sens opposées Tune à l'autre, on place toujours la virgule avant la conjonction :

La jeunesse change ses goûts par l'ardeur du sang, ït la vieillesse conserve les siens par l'accoutumance. (La Rochefoucauld.)

On doit toujours séparer au moyen <le la virgule les complénaents directs ou indirects des compléments cir<5onstaaciels :

J'ai vu l'Europe transportée À l'extréupté de l'Afrique, par les soins de ce peuple avare, patient ek laborieux, qui a vaincu, par le temps et i^ comstanoi-^ DES DIFFICULTÉS quc tout l'héroïsmc des autres peuples n'a jamais 4)u surmonter. (J.-J. Rousseau.)

Si les différents termes unis par et, ni, ou, sont d'une certain<î étendue, alors on les sépare au moyen de la virgule; il en est de même lorsque et, ni, ou, sont répétés :

Le fier Assuérus couronne sa captive.

Et le Persan superbe est aux pieds d'une Juîtc. (Racine.)

Nous avons reconnu trei%e espèces, ou du moins treiM variétés bien distinctes dans les animaux qu'on appelle ga%eUe9; et dans l'incertitude où nous sommes, %si ce ne sont que des variétés, ou si ce seraient en effet des espèces réellemênldifférentes, nous avons eru devoir les présenter ensemble. (Buffon.)

Tout reconnaît ses lois, ou brigue son appui. (Boileau.) On ne fait ni twt ce qu'on peut, m tout ce qu'on veut.

Ou l'amitié n'est pas une vertu, ou il ne peut y avoir de vraie amitié qu'erUre ks gens de bien.

Toute proposition dans laquelle ce suivi d'une des formes du veribe être représente un ou plusieurs termes précédemment énoncés, doit être précédée de la virgule :

Le plus riche des hommes, c'est l'économe ; le plus pauvre, c'est l'avare»

(diamint.) Quand la Fontaine est mauvais, c'est quHl est négligé; quand la Motte test, c'est qu'il est recherché. (Chamfort.)

La virgule se place toujours avant un verbe séparé de s<m sujet par une proposition incidente déterminative :

Z'ami que hous avons retrouvé dans les jours de l'abandon, est le, plus touchant des bienfaiteurs. (LacreteJle.) l^e temps, qui fortifie les amitiés, affaiblit l'amour. (La Bn^èr^)

La virgule se j^tace encore, dans les phrases inverses, entre le iMijet .et le complément modificatif qui le précède :

MaItrb de lui-même, Thommb sage Vest des événements; content de soth état.

BE Lk POfHmJktlQiH. *il7è

IL ne veut être que comme il a toujours été ; se suffisant à lui-même, il n'a qu^un faible besoin des autres, et il ne peut leur être à charge; occupé continueUement à exercer les facultés de son âme, il perfectionne son entendement, etc.

(Buffon.)

La virgule doit toujours se mettre après un s»jet doirt le ?OTbe est sousH^tendu :

Le ciel est dans ses yeux, et V enfer, dans son cœur. (Kacine.)

Son emploi est de rigueur avant une proposition elliptique coânmençant par «/^ mais:

n occupait leur trône, et craignait leur présence. (Corneille.)

Je fis beaucoup alors, et ferais encor plus. (Le même.)

Oui, je crains leur hymen, et d'être à Tun des deux. (Le même.)

La virgule se place encore avant le second membre de toute comparaison :

Ilvautmieuxs'ea^oser à l'ingratitude, qoe de manquer aux misérables.

(La Bruyère.)

tty ades sottises bien habillées, commc il y a des sois bien vêtus. (Ghamfort.)

n est moins aisé de se guérir de Vambition, que de s*en pbéserveb.

On met entre deux virgules toute expression ou toute proposition qu'on peut supprimer ou changer de place sans dénaturer le sens de la phrase; tels sont les mots employés par appositicm et par apostrophe, les compléments circonstanciels, les propositions interjetées et les propositions incidentes explicatives :

V ambition, comme la colère, eonseiUe toujours mal. (J.-B. Say.)

Agir sans avoir réfléchi, c'est se mettre en voyage sans avoir fait de prépa^ ratifs.

Tremble, m'a-t-elle dit, fille digne de moi. (Radae.)

Le temps, qui change tout, change aussi nos humeurs. (Boileau.)

Ma cousine, ma BiENFAmiiCE, MON AMIE, j'arrive des esstrémités et la terre, %t fen rapporte un cœur tout plein de vous. (J.-J. Rousseau.)

L'amour de la justice n'est, en la plupart des hommes, que la crainte de sauffrir l'injustice. (La Rochefoucauld.)

Elle s'emploie entre deux propositions de peu d'étendue unies par Tune des conioDcttons mais, car :

n n'y a guère que du vide dans les choses de ce monde, mais il y en a moins dans l'étude qu'ailleurs. (Vettftire.) Il y a de bons mariages, mais il n'y en a point de délicieux, (La Rochefoucauld.) nmefU Sabord mille caresses^ car il m'aime, (PascaLj

Un point-virgale.

Le point-virgule sert à marquer les divisions principales de la phrase; il sépare les propositions semblables, dont le développement a trop d'importance pour que la virgule soit entre elles un signe suffisant de division et de repos :

Un égoïste se garderait bien d'être misanthrope; il s'aime trop pour fuir ceux dont il peut recueillir des avantages.

Il est une suprême dignité qui par elle-même ne donne point de rang ; (fest celle qui résulte de la qualité dlionnête homme.

Ainsi dans une phrase les membres principaux sont séparés par le point-virgule, et les parties accessoires par la virgule seulement :

C'est par la sagesse, disait un jeune roi, que je deviendrai illustre parmi les nations; que les vieillards respecteront ma jeunesse; que mes voisins, quelque redoutables qu'ils soient, me cramdront; que je serai aimé dans la paix, et redouté dans la guerre, (Fénelon.)

Mais pour plaider, il vous faudra de l'argent; il vous en faudra pour l'exploit, if vous en faudra pour le contrôle ; il vous en faudra pour la procuration, pour la présentation, conseils, productions et journées de procureur; il vous en faudra pour les consultations et plaidoyers des avocats , pour le droit de retirer le sac et pour les grosses d'écritures ; il vous en faudra pour le raj)port des substituts , pour les épices de conclusion, pour l'enregistrement du greffier, façon d'appointements, sentences et arrêts, contrôles, signatures, et expéditions de leurs clercs, sans parler de tous les présents qu^il vous faudra faire, (Molière.)

Petit-Jean, remenez votre maître;

Couchez-le dans son lit ; fermez porte, fenCtre ;

Qu'on barricade tout, afin qu'il ait plus chaud. (Racine.)

Ihi deux-points.

Le deux^points s'emploie : 1** pour séparer une citation de la proposition qui Tannonce :

Ptthagore a dit : Mon ami est un autre moi-même; et Placte : Le bien qi^on fait à d'honnêtes gens n* est jamais perdu.

2® Après une proposition qui précède et annonce une maxime générale, une sentence :

Voici le code de L*éGo!sTE : Tout pour lui, rien pour les autres.

3® Après les propositions qui ont un sens complet, mais que suivant d'autres propositions qui les développent et les expliquent :

Il faut autant qu'on peut obliger tout le monde:

On a souvent besoin d'un plus petit que soi. (La Fontaine.)

Elle ne manquait pas une seule audience. Jamais, au grand Jamais, elle ne me quitta,

DE LA PQNCniATION. 277

Et Dieu sait bien souvent ce qu*eZ/e en rapporta:

Elle eût du buvetier emporté les serviettes

Plutôt que de rentrer au logis les mains nettes. (Racine.)

4® Après ou avant une proposition que suit ou que précède une énumération :

Le goût dépend db deux choses : d*un sentiment délicat dans le aj^ur, et d^un grande justesse dans Vesprit.

Du lait, du pain, des fruits, de Therbe, une onde pure : C'était de nos aïeux la saine nourriture, (La Fontaine.)

Ihi point»

Le point se met après tout assemblage de mots qui énonce un sens complet et qui ne se lie intimement, par le rigoureux enchaînement des idées, ni avec ce qui précède ni avec ce qui suit :

Louis XI!, un des meilleurs, et par conséquent un des plus grands rois que la France ait eus, fut accusé d'avarice, parce qu'il ne foulait pas les peuples pour enr richir des favoris sans mérite. Le peuple doit être le favori d'un roi; et les princes n'ont droit au superflu que lorsque les peuples ont le nécessaire. Les reprodies qu^on osait lui faire ne prouvaient que sa bonté. On porta Vinsolence jusqu'à le jouer sur le théâtre. J'aime mieux, disait ce prince Iwnnête homme, que mon avarice les fasse rire, que si elle les faisait pleurer. (Duclos.)

La phrase qui suit le point doit toujours commencer par une lettre majuscule.

Pour donner plus de clarté à une narration, on emploie le point dans bien des cas où le point-virgule et le denx^points seraient des signes de division suffisants :

Le bourg d'Engen est dans cette vallée. Il faut, pour descendre SEngen, franchir une suite de hauteurs boisées, d'un abord asse% difficile. Les Autrichiens occupaient ces hauteurs avec leur infanterie. Ils avaient leur cavalerie dans la plaine d'Engen. Il fallait que Moreau leur' enlevât d'abord ces hauteurs , puis qu'il descendit dans la plaine pour y culbuter la cavalerie impériale. Il marchait lui-même à la tête des divisions Delmas et Dastoul, et de la moitié de la division Larges. Il avait dirigé sur sa gauche, par la route dite de Blumenfeld, la division Richepanse. Celle-^i, en s' engageant dans une suite de vallons, devait tourner les positions' de l^ ennemi par des accès moins défendus; et tous ensemble, s'ils réussissaient, dCf vaient ensuite descendre en masse sur Engen. (Thiers.)

l>a point interrogatif.

Le point interrogatif s'emploie : V après une phrase ou une proposition dont la forme est interrogative :

lyoii vencA-vous ainsi? Que nous dire*-vous de bon? N'y O't^l rien de nouveau?

(La Bruyère.)

Sire, nous avons ordre de vous emmener. — Ordre de qui? — De l'armée. — Où voule%^ous m* emmener? à quel château? — Au château de Hurst.^ Ne puis-je avoir aucun de mes serviteurs? —Seulement les plus nécessaires, (Guîzot.)

^f^ GRAMMAIRB GÊI^ÉtikîJS BT HISTORIQUE.

2® Après une phrase dont le sens est interrogatif^ quoique la forme ne le scdt pas :

Tu &*as point d'aile^el ta TOUX voter? Rampe. (Voltaire.),

On ne fait pas suivre du point interrogatif une proposition subor donnée exprimtoit Finterrogalion, Iwsqu'elle dépend d'une priacipale exprimée sous la forme directe :

Mentor demandu à Idoménée ovielle était la coït mnrr de Protésilas.

(Fénelon.)

l>a point exclamatif.

Le point exclamatif se plaee^ après tout mot ou toute propesition qui exprime Fétonnement, la douleur, la crainte, enfin une pensée ou un sentiment soudain :

Malheureuse! quel nom est sorti de ta bouche l (Racine.)

Le point exclamatif se place immédiatement après les interiections et les locutions interjectives :

Eh quoi! homme, pouve&-vous penser que tout soit corps et matière en vous?

Si les interjections sont répétées, le point exclamatif ne se place qu'après la dernière.

L'interjection 6 est la seule qui ne prenne pas de ponctuation immédiate; on n'écrit pas ; 0! cervelle indocile^ mais : O cervelle indocile t (Molière.)

Le point exclamatif se place après toute proposition dont !a forme est intercogative et qui exprime la surprise^ l'admiration, etc. :

Quelle grande acquisition vou» avez faite dans cet homme illustre! A qui m'aS" SQci&i-vûuêJ (La Bruyère. )

On emploie les points suspensifs quand on laisse un sens inachevé, soit par une réticence calculée, soit dans un mouvement de passion qui fait passer rapidement d'une pensée à une autre :

Montre-lui cet écrit... qu'elle ttembTle.,, et soudafti

De cent coups de poignard que Tinfidële meure. (Voltaire.)

He la parenthèse»

Lapêt9fetMèse*seTt à sépara* des autres mots et à isoler, au imlteu

même d'une phiase^ une pvc^sUMm qu'cm^pooiraitietcaDdicr sans* ] nuire au sens générai :

Mais un troubie icojiaiHtm vient depiiis qtidqiMs Jotm

De mes prospérités inl;cm>6Bipv8 le ootm ;

Un songe (me devrais^je inquiéter étmn songé!)

Entretient dans mon cœur un chagrin -qui le KMigt» (Rafltim)

Je croyais, moi {jugeib de ma simplicité %

Que l'on devait rougir de la dupucité. (pedtotiches.)

U y a deux remarques à faire à l'occasion de la parenthèse : immédialement avant ou après le premier eroehet die n admet aucune espèce de signe; tandis qu'immédiatement avant le second crochet, c'est-à-dire à la fin de la phrase interjetée, on en^loie souvent ou le point interrogatif o\x le poirU exelamatify conformément au sens de la proposition inscrite entre parenthèses, et qu'immédiatement après on doit toujours placer le signe de division nécessaire entre le mot qui précède la parenthèse et celui qui la suit ; les vers qui suivent donnent un exemple de cette double ponctuation :

O surprise ! ô douleur ! il voit autour de lui

Se» soldat» ( désormais quel sera son appui ?)^

Compagnons de sa chute, ainsi que de son crime.

Sans mouvement, sans voix, étendus sur Tablme. (L. Racine.)

Elle peut être suivie du point interrogatif ou du point excla^ motif.

Les ffîiillemets se mettent au conmiencement et à la fin d'une citation, et souvent même en tête de chaque li^e :

VhmuAe a dit : «Je sem tout, et^ai t«iit défini;

J'ai pour loi la raison, pour bornes, rinfini; '

L'étude me ravit à des hauteurs sublimes ;

Dfe ee ^be étoimé j'ai sondé te» alrîiues ;

Est-il quelques secrets cachés au fond des cienx

Que n'ait point pénétrés mon regard curieux? »

Moins Her de sk raison, il eût mieux dit peut-être :

<f J'ai stt tout expliquer, ne pouvant tditi connaître^» (C Detevlgne»)

Les premier» guillemets doivent toujours être précédés du deax^ points, et les derniers, selon le sens, dn point, ou ùa point mterro^ gatif, ou (fti peint exclamatif:

n me cria : « Vengeance ! Adieu ; je meurs pour vous ! » (Corneille.} Ihi tîret.

Le th^t a^emploîc pour éviter la répétition de ditMy répan^ <W-i^, etc., et pour annoncer le changement d'interlocuteur :

Qu'tj a-Uil déplus beau? — L'univers. ■— De plus fort? — La néceuité. — Dé

28b GRAMMAIRE GÉNÉRALE ET HISTORIQUE.

plus difieile?-^ De se connailre. — De plus facile? — De donner des avis. — De plus rare ? — Un véritable ami. ( Barthélémy.)

L'bomme sourd à ma voix, comme à celle du sage,

Ne dira-t-il jamais : C'est assez, jouissons?

Hàte-toi, mon ami : tu n'as pas tant à vivre.

Je te rabats ce mot, car il vaut tout un Iiirre :

Jouis. — Je le ferai. — Mais quand donc? — Dès demain.

— £b ! mon ami, la mort te peut prendre en chemin.

Jouis dès aujourd'hui (La Fontaine.)

O femme, que veux-tu? — Parthénope, un asile.

— Quel est ton crime? — Aucun. — Qu'as-tu fait? — Des ingrats.

— Quels sont tes ennemis? — Ceux qu'affranchit mon bras ; Hier, on m'adorait, aujourd'hui l'on m'exile.

— Comment dois-tu payer mon hospitalité ?

— Par des périls d'un jour et des lois éternelles.

— Qui t'osera poursuivre au sein de ma cité ?

— Des rois. — Quand viendront-ils? — Demain. — De quel côté ?

— De tous... Eh bien ! pour moi tes portes s'ouvrent-elles?

— Entre, quel est ton nom? — Je suis la Liberté. (C. Delavigne.)

Appendice à la iponetuation.

Une bonne ponctuation, dit Rollin, sert à donner au discours de la clarté, de la grâce, de Tharmonie ; elle soulage les yeux et Tesprit des lecteurs et des auditeurs en faisant sentir Tordre, la suite, la liaison et la distinction des parties; en rendant la prononciation naturelle, et en lui prescrivant de justes bornes et des repos de différentes sortes, selon que le sens le demande.

La ponctuation, en effet, soulage et conduit le lecteur ; elle lui indique les endroits où il convient de se reposer, et, dit Fabbé Girard, elle contribue à l'honneur de Tintelligence, en dirigeant la lecture de manière que le stupide paraisse, comme Thonmie d'esprit, comprendre ce qu'il lit ; elle tient en règle Tattention de ceux qui écoutent, et leur fixe les bornes du sens ; elle remédie aux obscurités qui viennent du style.

D'après ces principes, il est évident que la ponctuation a été réglée sur les besoins de la respiration, combinés avec les sens partiels qui constituent les propositions totales. Voilà pourquoi nous avons associé aux repos de la respiration les repos des objets. Si Ton n'avait eu égard, en effet, en fixant les signes de la ponctuation, qu'aux besoins delà respiration, le discours aurait dû se partager en parties à peu près égales, et souvent on aurait suspendu maladroitement un sens qui, par cela même, serait devenu inintelligible. D'un autre côté,, si Ion ne s'était proposé que la distinction des sens partiels, sans égard aux besoins de la respiration, chacun aurait placé les caractères distinctifs selon qu'il aurait jugé convenable d'anatomiser plus, ou moins les parties du discours : Tun l'aurait coupé par masses énormes qui auraient mis hors d'haleine les lecteurs les plus intré-

pides ; l'autre l'aurait réduit en particules qui auraient fait de la parole une espèce de bégaiement dans la bouche de ceux qui auraient voulu marquer toutes les choses écrites.

On a donc combiné, avec raison, les besoins de la respiration aviec les sens partiels, et cette combinaison s'est exécutée par des signes gradués, selon les différents degrés de subordination qui conviennent à chacun des sens partiels, dans Tensemble d'une proposition ou d'une période.

La virgule marque la moindre de toutes les pauses et la plus insensible ; elle est employée plutôt pour ménager la faiblesse de Torgane du lecteur ou celle de Tintelligence de Tauditeur, que pour marquer une division réelle dans les sens partiels du discours. Aussi le lecteur ne doit-il jamais en abuser et prendie à son occasion un repos qui nuirait à la vérité et à l'unité de la pensée, dont la parole doit présenter une image fidèle.

Le point'Virgule désigne une pause un peu plus marquée. Ce signe sert à diviser les parties principales d'une proposition. Sans doute on ne devrait rompre l'unité de la proposition entière que le moins possible ; mais on a préféré la netteté de la prononciation orale ou écrite à la représentation trop scrupuleuse de l'unité du sens total, laquelle, après tout, se fait assez connaître par l'ensemble de la phrase, et dont Tidée subsiste toujours tant qu'on ne la détruit pas par des repos trop soutenus : c'est pourquoi le repos exigé par le point>-virgule ne doit jamais être considérable ; une cadence légère doit le marquer, et sa durée est bornée au temps qu'il faut pour reprendre haleine. «

Le deux-points annonce un repos un peu plus considérable que celui du point-virgule ; et la même proportion qui a réglé l'emploi de ce dernier signe a décidé encore de l'usage du deux-points. On le place dans les cas où la proposition est complète grammaticalement, mais où elle se montre cependant encore subordonnée à un objet principal.

Le repos qu'exige le deux-points dans une lecture soutenue doit être marqué, et la chute qui l'accompagne plus exprimée que dans le signe du point-virgule. La raison de cette règle n'a pas besoin d'être expliquée ; elle est une conséquence de la nature même de la ponctuation dont il â'agit et des circonstances dans lesquelles elle est employée.

Le point enfin est, comme tous les autres signes, soumis à l'influence de la proportion qui en a réglé l'usage. Il est placé après une période ou une proposition quelconque qui a un sens absolument terminé. Nous ferons remarquer cependant que le besoin de prendre des repos un peu considérables donne souvent lieu d'employer le point après certaines propositions qui ont un sens tout à fait indépendant

282 GRAMMAIRE GÉNÉRALE Et Hm'ORIQUE.

la venté, iiKBS qui eonservent nésuunoins qoelqtm liaison avec te suite p9ât la convenanee de la matière on par Tanalogie générrie des pensées, dirigées vers un même but. Dans tous ces «», le repos qu'entraîne le point doit être décisif : c'est là que le lecteur doit ^re la période par uœ chute Wen caractérisée (î)-.

Dans un très-grand nombre de manuscrits anciens , le sens , les propositions et les différentes phrases ne sont ni divisés ni distingués par des signes.

Ce fait, qui résulte de la négligence et probablement aussi de l'ignorance des copistes, a porté quelques grammairiens à croire que la ponctuation est d'invention moderne et qu'elle a été introduite daaos l'écriture depuis la découverte de Timprimerie seulement.

Cette opinion est réfutée par un très-grand nombre d'observations consignées dans les ouvrages des anciens; et iî n'est pas douteux que la distinction des sens n'ait été établie dès la plus haute antîr qirité au moyen de signes : Aristote se plaint, dans sa Rhétoriqae^ de ce qu'on ne pouvait pas ponctuer (^«aartÇai) les écrits d'Heraclite sans risquer de lui prêt» quelque contre-sens ; Ctcéron à son tour nous dit que les anciens ont pensé qu'il devait y avoir dans la prose même des intervalles, des séparations, du nombre, de la mesnre, comme dans les vers, et par ces intervalles, a]oute-t-il, ils ne veulent pas parier de ce qui est déjà établi pour la facifité de la respiration et pour soulager l'orateur, ni des signes^ des copistes^ maïs de cette manière de prononcer qui donne de l'âme et du intiment au discours (2).

Il est donc manifeste que les signes de ponctuation ou de dBvision nesont pas d'invention moderne, et que nous ne pouvons nous attribuer d'autre mérite que celui d'en avoir fixé l'emploi d'une manière lo^que et à peu près régulière.

(1) DcjBROcA , ilr/ de lire à haute voix.

(2)f Versus enim veteres illi in hâc solutâ oratione prope modum, hoc est, nu^ nttres quosdam nobis esse adhibendoifputaverunt : interspirationis enim, non déftt' ii§alimm noitrœ, neque BinnAAiosoM non», seâ^ verbfmtmei $êiUâ$Uiarum mùêé% interputictas^ cUmsulm in orcUianibus esse, v^uetwU; Oque $rmoe§9 lêoerole» instituisse fertur, (Cic, orat. xljv, 173.)

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