GRAimAIRE GÉNÉRALE ET HISTORIQU
sens de chacune des phrases, et affinner ce que, dans Tun et l'autre cas, on nie. Il y a donc nécessité rigoureuse, pour que Texpression soit d'accord avec Tidée, que le participe s'accorde avec le peu, et non avec son complément.
Observation. — On peut établir comme règle générale que toutes les fois que le peu est suivi d'un complément du nombre pluriel, c'est avec ce complément que le participe s'accorde :
Le peu de soldats qu'on nous a envoyés n'a pas laissé de nous bien servir.
Tout ce que nous pouvons dire des sauvages de ces îles, c'est que le peu que nous EN avons vus nous a paru mener une vie bien misérable.
Alonw ranime le peu de forces qu'il a conservées. ( Marmontel.) Participe paisé précédé du pronom en.
Le pronom en placé avant un participe passé peut être construit avec un autre complément, ou figurer conune complément unique.
1® Si en est précédé d'un autre pronom employé conune complément direct, le participe est variable, et prend le genre et lo nombre du pronom énoncé le premier :
On ne pouvait se plaindre de son administration^ quoiqu'elle ne répondît pas mix espérances QU^ori en avait conçues. ( J.-J. Rousseau.)
Ce feu que dans l'oubli je croyais étouffé, •
Dont la cause à Jamais s'éloignait de ma vue,
Vos détours l'ont surpris, et m'en ont convaincue, (Racine.)
T Si en est le seul complément qui précède le participe, ou s'il iîst joint à un autre pronom employé comme complément indirect, le participe alors est toujours invariable :
La crainte de faire des ingrats, ou le déplaisir d'EN avoir trouvé, ne l'a jamais empêchée de faire du bien. (Fléchier.)
Que j'ai envie de recevoir de vos lettres l II y après d'une demi-heure que je n'ES ai REÇU. (M""* de Sévigné.)
Tout le monde m'a offert des services, et personne ne m'm a rendu.
(M"* de Maintenon.)
Le pronom en, dans tous ces exemples et dans tous les cas semblables, est sans influence sur le participe, car il n'est pas le complément du participe, mais celui d'un terme sous-entendu, lequel est le véritable complément direct du participe et qui le suivrait s'il (^tait exprimé.
Ainsi, dans le premier exemple, cZ'en avoir trouvé est pour J'en avoir trouvé quelques-uns; dans le second, que je w'en ai reçu, pour que je ti'en ai reçu une; et dans le dernier, ne m'en a rendu, pour ne m'EN a rendu un ou aucun.
On peut soumettre les exemples qui suivent à la même analyse.
Que de guerriers dont le courage s'écoule avec le sang I ITm a-t'Cn pas vu qui, après amr brav'é mille fois le trépas, tombés dans une maiadie de langueur, éprouvaient toutes les affres de la mort ? (Duclos.)
Hëlas ! j'étais aveugle en mes vœux aujourd'hui ;
J'en ai fait contre toi quand j'en ai fait pour lui. (Corneille.)
Vartîeipe paifé précédé de en et d'an adverbe de qoeatllé.
La plupart des auteurs du dernier siècle écrivaient invariable le participe passé précédé de en et d'un adverbe de quantité; c'est l'orthographe suivie encore aujourd'hui par TAcadémie elle-même. Quelque respectable que soit cette autorité, nous n'hésitons pas à nous inscrire en faux contre un principe qu'on ne peut adopter sans être exposé à mettre, dans un très-grand nombre de cas, Texpression en contradiction avec la pensée.
Le participe passé précédé du pronom en et d'un adverbe de quantité est soumis à deux règles grammaticales, fondées sur des raisons logiques incontestables.
Lorsque en se rapporte à un nom pris dans le sens générique, il exprime une idée purement fractionnaire, une partie indéterminée d'un tout dont les éléments n'ont pas d'unité distincte; dans eo cas, le participe est invariable :
Je suis persuadé qu'il n'a pas autant de science que vous en ave% acquis.
(Bescher.)
Les Russes ont fait, en quatre-vingts ans, plus de progrès que nous n'en avons fait en quatre siècles, (Voltaire.)
Dans ces phrases, le pronom en ne représente pas dans son intégrité le nom qui suit Tadverbe de quantité; il en exprime seulement une fraction indéfinie, une partie indéterminée.
Mais si le pronom en se rapporte à un nom pris dans le sens individuel , il exprime alors des objets distincts , des individualités propres, et communique au participe le genre et le nombre du nom qu'il représente :
Son supplice fit plus de prosélytes en un jour que les livres et les prédicaiiom n'sN avaient faits en plusieurs années. (Voltaire.)
Les sénateurs accumulèrent sur sa tête plus d'honneurs qu'aucun mortel n'sN avait REÇUS. (De Ségur.)
Combien en a-t-on vus, je dis des plus huppés,
A souffler dans leurs doigts dans ma cour occupés ! (Racine.)
On n'exprime point ici des idées fraclionnaires, mais des idées individuelles.