DE L INTERJECTION
O nuit désastreuse ! O nuit effroyable, où retentit tout à coup, comme un éclat de tonnerre, cette étonnante nouvelle : Madame se meurt, Madame est morte!
(Bossuet.)
Bah! ]^ trait ne mord pas, vu Tépaisseur du crâne ! ( Ponsard.)
Oh ! Monsieur, je sais bien à quoi Thonneur m'oblige. (Racine.)
Quoi ! nous n'obtiendrons rien de cette humeur altitre ! ( Rotrou.)
J'étouflb. Ouf! ouf ! la peur m'empêche de parler. ( Regnard. )
Las! il m'en dit assez, si je l'osais entendre ;
Et ses désirs aux miens se font assez comprendre. [Corneille.]
&oouUoiif interjeetÎTet*
Tout mot ou tout assemblage de mots tenant lieu d'une interjection est une lœution interjective ; tels sont : ferme! grand Dieu! Me ciel! etc.
Sus donc ! qui de vous trois me prêtera la main ?
Qui de vous au besoin sera le plus humain? (Mairct.)
TABLEAD DES LOCUTIONS mERJECT^LS.
^ <«» mou
H bah!
f ' donc !
Ha haï
Hé bien!
î!<5quoi!
Hihi!
Hohol Ula!
Orçà!
Or 8061
0»Hia.
Nenni-dalelc.
LOCUTIONS INTERJECTIVES FORMÉES
d'on sabsUBtif.
Courage !
Ciel!
Dame!
Diable !
Dieu!
Grâce!
Halle!
Malheur!
Miséricorde !
Paix!
Peste! etc.
d'nn snbsUotif et d'u adjectif.
dieux!
Corbleu ! (4) Grand Dieu!
Juste ciel I Malepeste !
Morbleu! (2) etc.
d'en suliStHtif et
d'un
mot ioTiriable.
Oh dame I Parbleu! (3) Palsembleu ! (4) etc.
d'na on de denx adiectfb.
Alerte !
Bon!
Ferme !
Tout beau! etc.
d'en. Terbe.
Allons !
Gare !
Plail-il?
Tiens!
Tope!
Va!
Vivat! (5) etc.
O passion du jeu ! Hé quoi! l'homme en délire, Même avec des hochets se blesse et se déchire !
dieux! ne sauriez-vous cacher mieux votre haine ? ( Rotrou»)
Ciel! à tant de malheurs m*aviez-vous destiné? (Corneille.)
(i) Corhleu est l'altération de corps Dieu, par le corps de Dieu,
(2) Morbleu, altération de mort Dieu, par la mort de Dicu^
(3) Parbleu, altéré de par Dieu,
i^i] Palsembleu, par le sang de Dieu.
{•""') Mot latin, qu'il vire.
Ha ! nA I voilà une nouvelle histoire! qu'est-ce donc, mon mari, que cet équipagelà? ( Molière.)
Oh dame ! on ne court pas deux lii'vrcs à la fois. ( Racine.)
CoRBLEu \je lui passerais mon épée au travers du corps à elle et auQalantt sielle avait forfait à son honneur. (Molière.)
Oii ! PALSEMBLEU I je saïs le moyen de vous punir de V affront que vous me foUa-
(Destouches.)
Parbleu! si vous m'appela votre gendre, il me semble que je puis bien v(^ appeler ma belle-mère. (Molière.)
Eh bien! soit, prolongez cette retraite austère. (Poosard.)
Bon ! est-ce que je ne me fie pas à vous ? (Bruoys.)
Hi, Hi, ui I comme vous voilà bâti! hi, hi, m! (Molière.)
A votre santé, et rasade; tope! (Dcstouchcs.)
Les interjections et les locutions interjectives expriment : 1** La douleur : ah! aïe! hé! hélas! ouf! ciel! etc.
Ah ! suiS'je morte ou vivante? Je n'en sais plus rien. (Destouches.)
2** La joie : ah! ha!
3® La crainte : ah! hé! ciel! ah ciel! grand Dieu! miséricorde-^
Miséricorde ! ah ciel ! je me meurs ! je suis morte. ( Regnard.)
4^ L'admiration : ah! oh! Dieu! ciel!
Ah! que ça est bien dit, notre homme! (Molière.)
0.^/ dit-il, qu'est ceci? ma femme est-elle veuve? (La Fontaine.)
5"* L'ëtonnement : ah! ah! ha ha! ho! ha! oh! bon! hoji DieUgrand Dieu! hé quoi! quoi donc!
Ah ! ah! vous êtes bien pressés! Qui vous a dit que ce fût céans ? (Molière.)
Bon ! mourir quand on a si longtemps combattu ! ( Destouches.)
Grand Dieu ! qu'il faut de choses pour rendre un seul homme heureux !
(Montesquieu.)
Quoi DOKC ! la lumière qui devrait les éclairer les aveugle, et les rayons du ^^^ leil même empêchent qu'ils ne l'aperçoivent, (Fénelon.)
6° Le dégoût, l'aversion : oh! fi! pouah!
Ma robe vous fait honte, un fils de juge, oh! fi! ( Racine.)
7® La colère, le dédain, le mépris : oh! hé! bah! zest!
Oh ! f / faut que je chasse ce eoqutn-là, ( Brueys.)
Mais bah! vous voulez être un gaillard populaire. (V. Hugo.)
Elles servent en outre :
V A appeler : holà! hé!
Laquais, holà! mes deux laquais, (Molière.)
DE L^INTBRJECnON. 121
Holà! hé! descendez que Ton ne vous le dise,
Jeune homme qui menez laquais à barbe grise. (La Fontaine.)
2° A encourager : rù! oh cà! allons! courage! ferme!
Obçà! mes amis, divertissons-nous, (Destoucbes.)
Allons ! ferme ! poussez, mes bons amis de cour;
Vous n'en épargnez point, et chacun a son tour. (Molière.)
3" A avertir, interroger : holà! hein! hem!
Hoii! es-ttt aveugle, que tu ne me vois pas? (Molière.) 4" A improuver : heu! ouais!
Ouïs! notre servante Nicole ^ vous ave% le caquet bien affilé pour une paysanne !
(Molière.]
5* A imposer silence : chut ! paix! st!
Si! pak! rangeons-notis chacune immédiatement contre un des côtés de la porte.
(Molière.)
Chut! chut! parlez tout bas. (Collin d*Harleville.)
Us seules interjections dont l'emploi présente des difficultés sont 5 homonymes suivants : ah! lia! oh! ho! ô! eh! hé!
Ah! ha!
I. i4/i/ exprime la douleur, la joie ou Tadmiration; c'est un cri fâché par une émotion profonde :
Ah! cruel, tu m*as tropentendue !
Je t'en ai dit assez pour te tirer d'erreur. (Racine.)
^»i! lependard de Turc! m' assassiner de la façon! (Molière.)
^1. Ha! exprime la surprise, Tétonnement :
^ ! vous voilà ! (Académie.)
^l voyons donc; qu'est-ce que l'éloquence? (Fénelon.)
A! ha! Monsieur est Persan? (Montesquieu.)
Ha ! vous êtes dévot, et vous vous emportez ! ( Molière.)
-es deux interjections n'ont pas la même valeur phonique. Le ^ de ah! signe de douleur, est grave; mais celui de ha! signe de prise, est bref ; il y a, comme on le voit, harmonie parfaite ï'e l'expression et le sentiment.
Ohlho! Ô!
I. Oh! exprime un sentiment d'admiration, d'exaltation, et sor quelquefois à aflBrmer avec plus de force :
On! quHl est cruel de n'espérer plus, (Fénelon.)
Oh! pour le coup j* avais tort, (Domergue.) i
Oh! que la nature est sèche, qu'elle est vide quand elle est expliquée pcar.^ sophistes! (Chateaubriand.)
Oh! quand il faut mentir, nous avons du courage. (Destouchafk)'
II. Hof exprime la surprise, l'étonnement, et s'emploie M pour appeler :
Inconstant! ho! voilà votre mot ordinaire. (Collin d*HarlevilleO Ho! ho! les grands talents que votre esprit possède ! (Molière.) Uo\yene% ici. (Académie.)
III. est un signe d'invocation ou d'appellation qui se place di) l'apostrophe avant les noms et les pronoms :
O mon fils ! adore% Dieu, et ne clierche^ point à le connaître, (Barthélémy.)
O misère ! ô nuit affreuse qui enveloppe les enfants d'Adam! 6 monstrueuMt pidité ! 6 renversement de tout l'homme! L'homme n'a des yeux que pour voirt ombres, et la vérité lui paraît un fantôme. (Fénelon.)
nature ! ô respect, que vous m'ôtes cruels ! ( Rotrou.)
D'une âme généreuse, d volupté suprême !
Un mortel bienfaisant approche de Dieu môme! (Racine.)
IV. se place aussi avant un verbe, dans les propositions exd matives : pui,ssé-je^ etc.
O si la sagesse était visible, de quel amour les hommes s' enflammeraient p €//c/(D'01ivet.>
Eh! hé!
I. £'A/ exprime la douleur, la plainte, et s'emploie dans les phr* interrogatives :
Eh! pourquoi seriez-vous plus heureux que tant d*autres?
(Le Franc de Pompignans.)
Eh ! qui n*a pas pleuré quelque perte cruelle ! (Delille.)
II. Hé! qui s emploie pour attirer l'attention sur ce qui si donne à la pensée une expression de dédain, de mépris :
Hé! Madame, Ton loue aujourd'hui tout le monde. (Molière.)
DE L'iirrERiEGTION. 123
. . . , Hé! faut-il tant tourner autour du pot!
Ils me font dire aussi des mots longs d'une toise. (Racine.)
Cette interjection sert aussi pour appeler, pour avertir :
Hé! vous, par ici ! arvivei donc, — HÉ ! prene% garde.
Eh! appartient au style nol)le, hé ! au style fiimilier.
Observation. — On doit écrire hé bien! quand cette locution est seulement employée pour donner plus de force à la forme interrogative de la phrase :
Hébieh! qu'en dites-vous? — HÉ bien! que pensei^ous de cela? Hé bien! à me venger n*est-il pas préparé? (Racine.)
Mon écrit eh bien! quelle que soit la forme de la phrase, quand ^^6 exprime la douleur, la colère ou l'imprécation :
Eh bien /je meurs content, et mon sort est rempli. (Racine.)
Eh bien! filles d'enfer, vos mains sont-elles prêtes?
Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes? (Le même.)
^ iS/oA/ eh! sont en quelque sorte proclitiques, c'est-à-dire qu'ils ^ appuient sur le mot suivant dans la prononciation, tandis que ha f ^' hé! sont toujours suivis d'une pause.
. J^EMARQUE. — Il ne faut pas confondre certaines des locutions 'Qterjectives avec les mêmes mots employés par apostrophe; ainsi, ^ânsles exemples suivants :
Gramd Dieu, souverain maître de Vunivers, quel lieu de la terre pourrais-je |} P^çourir où je ne trouve partout sur mes pas les marques sensibles de votre ^««nce? (Massillon.)
Qf*e les impies, qui se piquent de supériorité d'esprit et de raison, sont respon- ^vles, ô MON Dieu ! de ne pas reconnaître votre gloire, votre grandeur et votre ^es<e dans la structure magnifique des deux et des astres suspendus sur nos ^^^' (Le même.)
^^nd Dieu !ô mon Dieu! font essentiellement partie de la phrase ^^ sont en rapport syntaxique avec un ou plusieurs des termes qui
^suivent.