‹ Grammaire générale et historique de la langue françaiseChapitre 57 sur 153 · DE L INTERJECTION · texte numérisé non relu

DE L INTERJECTION

O nuit désastreuse ! O nuit effroyable, où retentit tout à coup, comme un éclat de tonnerre, cette étonnante nouvelle : Madame se meurt, Madame est morte!

(Bossuet.)

Bah! ]^ trait ne mord pas, vu Tépaisseur du crâne ! ( Ponsard.)

Oh ! Monsieur, je sais bien à quoi Thonneur m'oblige. (Racine.)

Quoi ! nous n'obtiendrons rien de cette humeur altitre ! ( Rotrou.)

J'étouflb. Ouf! ouf ! la peur m'empêche de parler. ( Regnard. )

Las! il m'en dit assez, si je l'osais entendre ;

Et ses désirs aux miens se font assez comprendre. [Corneille.]

&oouUoiif interjeetÎTet*

Tout mot ou tout assemblage de mots tenant lieu d'une interjection est une lœution interjective ; tels sont : ferme! grand Dieu! Me ciel! etc.

Sus donc ! qui de vous trois me prêtera la main ?

Qui de vous au besoin sera le plus humain? (Mairct.)

TABLEAD DES LOCUTIONS mERJECT^LS.

^ <«» mou

H bah!

f ' donc !

Ha haï

Hé bien!

î!<5quoi!

Hihi!

Hohol Ula!

Orçà!

Or 8061

0»Hia.

Nenni-dalelc.

LOCUTIONS INTERJECTIVES FORMÉES

d'on sabsUBtif.

Courage !

Ciel!

Dame!

Diable !

Dieu!

Grâce!

Halle!

Malheur!

Miséricorde !

Paix!

Peste! etc.

d'nn snbsUotif et d'u adjectif.

dieux!

Corbleu ! (4) Grand Dieu!

Juste ciel I Malepeste !

Morbleu! (2) etc.

d'en suliStHtif et

d'un

mot ioTiriable.

Oh dame I Parbleu! (3) Palsembleu ! (4) etc.

d'na on de denx adiectfb.

Alerte !

Bon!

Ferme !

Tout beau! etc.

d'en. Terbe.

Allons !

Gare !

Plail-il?

Tiens!

Tope!

Va!

Vivat! (5) etc.

O passion du jeu ! Hé quoi! l'homme en délire, Même avec des hochets se blesse et se déchire !

dieux! ne sauriez-vous cacher mieux votre haine ? ( Rotrou»)

Ciel! à tant de malheurs m*aviez-vous destiné? (Corneille.)

(i) Corhleu est l'altération de corps Dieu, par le corps de Dieu,

(2) Morbleu, altération de mort Dieu, par la mort de Dicu^

(3) Parbleu, altéré de par Dieu,

i^i] Palsembleu, par le sang de Dieu.

{•""') Mot latin, qu'il vire.

Ha ! nA I voilà une nouvelle histoire! qu'est-ce donc, mon mari, que cet équipagelà? ( Molière.)

Oh dame ! on ne court pas deux lii'vrcs à la fois. ( Racine.)

CoRBLEu \je lui passerais mon épée au travers du corps à elle et auQalantt sielle avait forfait à son honneur. (Molière.)

Oii ! PALSEMBLEU I je saïs le moyen de vous punir de V affront que vous me foUa-

(Destouches.)

Parbleu! si vous m'appela votre gendre, il me semble que je puis bien v(^ appeler ma belle-mère. (Molière.)

Eh bien! soit, prolongez cette retraite austère. (Poosard.)

Bon ! est-ce que je ne me fie pas à vous ? (Bruoys.)

Hi, Hi, ui I comme vous voilà bâti! hi, hi, m! (Molière.)

A votre santé, et rasade; tope! (Dcstouchcs.)

Les interjections et les locutions interjectives expriment : 1** La douleur : ah! aïe! hé! hélas! ouf! ciel! etc.

Ah ! suiS'je morte ou vivante? Je n'en sais plus rien. (Destouches.)

2** La joie : ah! ha!

3® La crainte : ah! hé! ciel! ah ciel! grand Dieu! miséricorde-^

Miséricorde ! ah ciel ! je me meurs ! je suis morte. ( Regnard.)

4^ L'admiration : ah! oh! Dieu! ciel!

Ah! que ça est bien dit, notre homme! (Molière.)

0.^/ dit-il, qu'est ceci? ma femme est-elle veuve? (La Fontaine.)

5"* L'ëtonnement : ah! ah! ha ha! ho! ha! oh! bon! hoji DieUgrand Dieu! hé quoi! quoi donc!

Ah ! ah! vous êtes bien pressés! Qui vous a dit que ce fût céans ? (Molière.)

Bon ! mourir quand on a si longtemps combattu ! ( Destouches.)

Grand Dieu ! qu'il faut de choses pour rendre un seul homme heureux !

(Montesquieu.)

Quoi DOKC ! la lumière qui devrait les éclairer les aveugle, et les rayons du ^^^ leil même empêchent qu'ils ne l'aperçoivent, (Fénelon.)

6° Le dégoût, l'aversion : oh! fi! pouah!

Ma robe vous fait honte, un fils de juge, oh! fi! ( Racine.)

7® La colère, le dédain, le mépris : oh! hé! bah! zest!

Oh ! f / faut que je chasse ce eoqutn-là, ( Brueys.)

Mais bah! vous voulez être un gaillard populaire. (V. Hugo.)

Elles servent en outre :

V A appeler : holà! hé!

Laquais, holà! mes deux laquais, (Molière.)

DE L^INTBRJECnON. 121

Holà! hé! descendez que Ton ne vous le dise,

Jeune homme qui menez laquais à barbe grise. (La Fontaine.)

2° A encourager : rù! oh cà! allons! courage! ferme!

Obçà! mes amis, divertissons-nous, (Destoucbes.)

Allons ! ferme ! poussez, mes bons amis de cour;

Vous n'en épargnez point, et chacun a son tour. (Molière.)

3" A avertir, interroger : holà! hein! hem!

Hoii! es-ttt aveugle, que tu ne me vois pas? (Molière.) 4" A improuver : heu! ouais!

Ouïs! notre servante Nicole ^ vous ave% le caquet bien affilé pour une paysanne !

(Molière.]

5* A imposer silence : chut ! paix! st!

Si! pak! rangeons-notis chacune immédiatement contre un des côtés de la porte.

(Molière.)

Chut! chut! parlez tout bas. (Collin d*Harleville.)

Us seules interjections dont l'emploi présente des difficultés sont 5 homonymes suivants : ah! lia! oh! ho! ô! eh! hé!

Ah! ha!

I. i4/i/ exprime la douleur, la joie ou Tadmiration; c'est un cri fâché par une émotion profonde :

Ah! cruel, tu m*as tropentendue !

Je t'en ai dit assez pour te tirer d'erreur. (Racine.)

^»i! lependard de Turc! m' assassiner de la façon! (Molière.)

^1. Ha! exprime la surprise, Tétonnement :

^ ! vous voilà ! (Académie.)

^l voyons donc; qu'est-ce que l'éloquence? (Fénelon.)

A! ha! Monsieur est Persan? (Montesquieu.)

Ha ! vous êtes dévot, et vous vous emportez ! ( Molière.)

-es deux interjections n'ont pas la même valeur phonique. Le ^ de ah! signe de douleur, est grave; mais celui de ha! signe de prise, est bref ; il y a, comme on le voit, harmonie parfaite ï'e l'expression et le sentiment.

Ohlho! Ô!

I. Oh! exprime un sentiment d'admiration, d'exaltation, et sor quelquefois à aflBrmer avec plus de force :

On! quHl est cruel de n'espérer plus, (Fénelon.)

Oh! pour le coup j* avais tort, (Domergue.) i

Oh! que la nature est sèche, qu'elle est vide quand elle est expliquée pcar.^ sophistes! (Chateaubriand.)

Oh! quand il faut mentir, nous avons du courage. (Destouchafk)'

II. Hof exprime la surprise, l'étonnement, et s'emploie M pour appeler :

Inconstant! ho! voilà votre mot ordinaire. (Collin d*HarlevilleO Ho! ho! les grands talents que votre esprit possède ! (Molière.) Uo\yene% ici. (Académie.)

III. est un signe d'invocation ou d'appellation qui se place di) l'apostrophe avant les noms et les pronoms :

O mon fils ! adore% Dieu, et ne clierche^ point à le connaître, (Barthélémy.)

O misère ! ô nuit affreuse qui enveloppe les enfants d'Adam! 6 monstrueuMt pidité ! 6 renversement de tout l'homme! L'homme n'a des yeux que pour voirt ombres, et la vérité lui paraît un fantôme. (Fénelon.)

nature ! ô respect, que vous m'ôtes cruels ! ( Rotrou.)

D'une âme généreuse, d volupté suprême !

Un mortel bienfaisant approche de Dieu môme! (Racine.)

IV. se place aussi avant un verbe, dans les propositions exd matives : pui,ssé-je^ etc.

O si la sagesse était visible, de quel amour les hommes s' enflammeraient p €//c/(D'01ivet.>

Eh! hé!

I. £'A/ exprime la douleur, la plainte, et s'emploie dans les phr* interrogatives :

Eh! pourquoi seriez-vous plus heureux que tant d*autres?

(Le Franc de Pompignans.)

Eh ! qui n*a pas pleuré quelque perte cruelle ! (Delille.)

II. Hé! qui s emploie pour attirer l'attention sur ce qui si donne à la pensée une expression de dédain, de mépris :

Hé! Madame, Ton loue aujourd'hui tout le monde. (Molière.)

DE L'iirrERiEGTION. 123

. . . , Hé! faut-il tant tourner autour du pot!

Ils me font dire aussi des mots longs d'une toise. (Racine.)

Cette interjection sert aussi pour appeler, pour avertir :

Hé! vous, par ici ! arvivei donc, — HÉ ! prene% garde.

Eh! appartient au style nol)le, hé ! au style fiimilier.

Observation. — On doit écrire hé bien! quand cette locution est seulement employée pour donner plus de force à la forme interrogative de la phrase :

Hébieh! qu'en dites-vous? — HÉ bien! que pensei^ous de cela? Hé bien! à me venger n*est-il pas préparé? (Racine.)

Mon écrit eh bien! quelle que soit la forme de la phrase, quand ^^6 exprime la douleur, la colère ou l'imprécation :

Eh bien /je meurs content, et mon sort est rempli. (Racine.)

Eh bien! filles d'enfer, vos mains sont-elles prêtes?

Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes? (Le même.)

^ iS/oA/ eh! sont en quelque sorte proclitiques, c'est-à-dire qu'ils ^ appuient sur le mot suivant dans la prononciation, tandis que ha f ^' hé! sont toujours suivis d'une pause.

. J^EMARQUE. — Il ne faut pas confondre certaines des locutions 'Qterjectives avec les mêmes mots employés par apostrophe; ainsi, ^ânsles exemples suivants :

Gramd Dieu, souverain maître de Vunivers, quel lieu de la terre pourrais-je |} P^çourir où je ne trouve partout sur mes pas les marques sensibles de votre ^««nce? (Massillon.)

Qf*e les impies, qui se piquent de supériorité d'esprit et de raison, sont respon- ^vles, ô MON Dieu ! de ne pas reconnaître votre gloire, votre grandeur et votre ^es<e dans la structure magnifique des deux et des astres suspendus sur nos ^^^' (Le même.)

^^nd Dieu !ô mon Dieu! font essentiellement partie de la phrase ^^ sont en rapport syntaxique avec un ou plusieurs des termes qui

^suivent.

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