‹ Grammaire générale; ou, Philosophie des langues, présentant l'analyse de l'art de parler, considéré dans l'esprit et dans le discours, au moyen des usages comparés des langues hèbraïque, grecque, latine, allemande, anglaise, italienne, espagnole, française et autresChapitre 107 sur 140 · Moyens de la pensée · texte numérisé non relu

Moyens de la pensée

Les moyens de la pensée sont les facultés de l'esprit et du cœur, les langues, les lettres, les arts, les sciences.

Les facultés principales qui servent à la production de la pensée, sont le génie, le goût, linstinct, la conscience, la liberté,

Le génie est la faculté de découvrir les rapports qui conslitucnt l’ordre et les formes qui constituent le beau. Le génie se dit aussi de l'aptitude ou talent naturel qui ous fait exceller dans une partie quelconque.

Le goût est un sentiment délicat qui par la lamicre du jugement discerne les beautés de la nature et de l’art. Ses qualités sont la délicatesse ou la finesse , la correction ou

justesse. Ses degrés sont, goût général, particulier ou national , individuel ; ces deux derniers sous-divisés en goût naturel, goût factice.

L'objet du goût et principe de ses plaisirs est le beau., Le beau est la conformité des formes d’une chose avec son principe qui est la nature, et avec sa fin qui est sa perfection ou plénitude d’existence.

Le génie qui combine les formes choisiesipar l’imagination , crée le Beau idéal, qui est un amalgame de divers élémens rassemblés de différentes beautés particulières. L’A pollon du belvédère est ce qu’il y a de plus parfait dans le beau créé par limitation. L'Énéide de Virgile est la composition la plus parfaite dans le genre de beauté idéale exprimé par la description.

La beauté est ou absolue ou relative. La beauté absolue résulte de la couleur, de la figure et du mouvement combinés avec régularité et variété. La beauté relative résulte de la justesse, proportion, gradation et subordination des formes à la fin.

Les genres de beauté sont 1° beauté intellectuelle, sagesse , prudence, sublime des pensées; 2° beauté morale, héroïsme , générosité, sublime des sentimens ; 3° beauté civile, patriotisme ; sublime des images; 40 beauté physique, beauté des graces, simplicité des formes.

La conscience est le discernement du juste. La moralité ou les mœurs est l'habitude naturelle ou cultivée du juste. L'instinct est le tact délicat qui discerne le bon. La liberté mor ale est la détermination de la volonté vers le juste.

La conscience, la moralité, linstinct, la liberté forment le moral du style ou le caractère qui porte dans l’expression lc degré de force ou de faiblesse du sentiment qui facilite l'essor des idées.

Les moyens secondaires qui servent à la production de la pensée, sont les langues , les lettres et les arts.

Les langues sont la totalité des signes naturels ou arti-

té

ficiels qui représentent les idées dans la communication de la pensée par la parole ou par l'écriture,

L'idiome comprend les variétés d’une langue propres à quelques contrées : d’où l’on voit qu'idiome est synonyme de dialecte; ainsi nous avons l’idiome gascon, l’idiome provençal, l’idiome champenois. On donne quelquefois à ce mot la même étendue qu’à celui de langue,

Les lettres sont l’expression de la pensée ; c’est le talent de penser et d'écrire avec goût.

Les delles-lettres sont la connaissance de tous les moyens de règles et de modèles propres à nous faciliter le talent de la communication de nos pensées. La littérature est le répertoire de tous ces moyens,

Les arts sont la connaissance du rapport des moyens à la fin, L'art est le talent d'appliquer les moyens à la fin. |

Les sciences sont la connaissance du principe, des moyens et de la fin de l’ordre. L'ordre est le rapport de proportion , de gradation et de subordination selon lequel plusieurs choses sont constituées unes par un même principe et pour une même fin. Le principe est une idée, une action, ou une chose qui renferme plusieurs idées, plusieurs actions ou plusieurs choses qui en découlent comme conséquences, Le moyen est une idée, une action, ou une chose dont se sert le principe pour se diriger vers sa fin. La /in est le but où tend le principe et où cesse, où finit son action.

4, Objets de la pensée.

La pensée a pour objet naturel, moral, social et intellectuel la nature rapportée à l’homme , l’homme rapporté à l’ordre, et l’ordre rapporté à son sublime auteur, que l'entendement humain analyse, objels sur lesquels il exprime ou manifeste les genres de pensées suivants,

1° Il zarre les traits, les faits des caractères placés sur

l'échelle de la durée où du tems, et secondairement dans le lieu, pour l'instruction comme moyens de prudence, de modération, de tempérance : ici la faculté en exercice est la mémoire.

29 Il peint les formes propres réunies sous traits d’ensemble, afin de produire pour les arts libéraux des moyens de jouissances, par l’activité et le sentiment.

3° Il chante la beauté, la perfection, le bonheur, la difformité, le vice, le malheur, par réactivité de lame, pour reconnaissance d'identité de nature entre tous les êtres semblables.

40 Il raisonne par délibération et volonté, l'identité ou vérité des caractères , des formes, en léclairant par vérités comparées pour l'instruction comme règles de la morale pratique.

6o Il décrit, par l'imagination , les formes spécifiques divisées et sous-divisées selon leur proportion de nombre et de lieu."

60 Il définit, au moyen de la raison, les caractères et formes génériques ou spécifiques conçues par vérités

simples ou identités abstraites, pour être bases de la

morale.

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