B. COMPARAISON DE CETTB THÉORIE DES TEMS VERBAUX A CELLE DE BEAUZÉE
Les dénominations des formes du connectif-variable comme celles des autres objets de nos connaissances doivent, pour être justes et vraies, renfermer la définition de la nature et de l’usage de ces formes qu’elles désignent. Une définition est, en effet, la décomposition de toutes les idées générales et particulières qui entrent dans la notion d’an objet ; elle remonte à l’origine de l’objet; elle en suit la génération jusque dans les derniers développemens qui constituent son caractère distinctif. Elle commence donc par énoncer l’analogie qui lie l’objet avec les autres de sa nature ou de son genre; puis elle détermine la différence qui sépare son espèce des autres espèces renfermées dans le même genre; enfin elle expose le caractère qui sépare cet objet, non-seulement des autres espèces, mais encore des parties comprises dans la même espèce. La dénomination d’un objet n’est donc exacte que quand elle exprime le produit de ces décompositions; elle doit donc faire passer l'esprit par toutes les idées générales et particulières qu’elle a notées, afin de le conduire sûrement au caractère individuel de l’objet ; elle doit donc exprimer, par sa forme, toutes ces nuances. Voyons si nous avons été fidèle à ces principes, et si Beauzée ne s'en est point écarté dans le système des tems. |
Beauzée a démontré : 1° que la division générale des tems se prend dans la manière de les envisager comme simultanés, antérieurs et postérieurs à l’époque de comparaison; 2° que la sous-division la plus générale se tire
de la position de l’époque de comparaison, laquelle se fixe primitivementau moment de la parole, etsecondairement dans une période passée ou dans une période future, ce qui fait trois sortes d’époques de comparaison avec lesquelles tous les tems sont en relation dans toutes leurs formes possibles. Mais il n’en a point conclu la définition des tems en absolus et relatifs, et n’a point déterminé positivement les trois périodes, présente, passée et future, dans lesquelles ils peuvent exprimer des relations ou de simultanéité ou d’antériorité ou de postériorité à l'époque de comparaison. |
Par une conséquence céntraire aux principes qu’il venait si bien d'établir, il a pris les idées de présent, de passé et de futur pour l'essence et le fondement de chaque tetns ; puis, regardant les idées de simultanéité, d’antériotité et de posteriorité comme des idées accessoires de celles de présent, de passé et de futar, il a déduit des présents-simultanés, des présents-antérieurs, des présentspostérieurs, etc., dénominations qui sont l'inverse de ses principes. Nous concevons très-bien le présent-simultané je lis; mais nous ne concevons pas comment je lisais, je lirai, sont des présents, puisqu’après les avoir décomposés, nous ne leur trouvons d’autre rapport avec le présent que le caractère commun de simultané à une époque de comparaison : si c’est cette idée que Beauzée a voulù exprimer, il reste {toujours vrai qu’il n’a pas été conséquent & ses principes. Bien plus, il nous est clair que ce grammairien, si judicieux d’ailleurs, ne pouvait, sans une autre mconséquence plus évidente, continuer la division sur les mêmes bases pour les passés-antérieurset les passés-postérieurs. En effet, si le passé exprime une existence antérieure à l’acte de la parole, comme il l’a dit en fixant Pépoque de comparaison , peut-on concevoir qu’un terns futur soit passé en même tems ? La dénomination de fututpassé ne se compose-t-elle pas de deux idées-opposées, et peat-efle exciter dans F’esprit la notion d’an tems postérieur à la parole, mais antérietir à un autre tems qui, luimême, est également postérieur à la parole? On ne pourra
disconvenir que ce ue soient là des associations d'idées qui s’excluent par l’opposilion de natnre et qui portent l’évidence d’une notion mal définie, mal ne Ce que nous concevons moins encore , c'est qu'un enfant à qui l’on vient de définir le DÉéieut. selon l’acception reçue dans la langue par l’idée d’une coexistence simultanée à l’acte de la parole, puisse comprendre la notion d’un prétérit-présent , d’un futur-présent. L'usage, d'accord avec l’analogie des langues, entend par futur une existence postérieure à l’acte de la parole dans le tems à venir, et par passé ou prétérit une existence antérieure à l’acte de la parole, dans le tems qui n’est plus. Comment, après ces idées expliquées à un élève, peut-on lui faire comprendre Ja notion d’un futur-passé ? É
Si donc les caractères généraux et'essentiels des tems sont la simultanéité, l’antériorité et la postériorité d’existence à une époque de comparaison, si cette époque, qui constitue leur caractère accessoire et distinctif, occupe le centre de relation dans la période présente, passée et future, et si, rapportés à cette époque, qui a, dans chaque période, les caractères de présent, de passé et de futur, les tems modifient leur caractère général par l’adjonction de l’idée accessoire de présent, de passé ou de futur, que l'on retrouve exprimée ou combinée dans le matériel de leur expression, nous concluons {0 que dans la période présente , nous devons distinguer un simullané-présent, un antérieur-présent, un postérieur-présent ; 2° dans la période passée, un simultané-passé, un antérieur. passé, un postérieur-passé ; 30 dans la période future, un simultané futur, un antériear-futur, un postérieur-futur,
Voilà la sous-division la plusgénérale des teins; Beauzée en a fait sa lroisième division générale, et d’après la position de Pépoque de comparaison qu'il fixe au moment de la parole, il devait, pour être conséquent, en faire le fondement de la seconde division générale. En effet, ce n’est qu'après avoir fixé l'époque de comparaison dans la période présente, passée ou future, qu il pouvait dire que les tems se sous- divisent en définis et indéfinis, selou la
distance plus ou moins précise qui sépare où rapproche leur relation à l'époque comparative. Ce n'est réellement qu’après avoir distingué des FimuANEE peases , des antérieurs-passés, des postérieurs-passés, qu’on peut établir la troisième division générale ou seconde sous-division des tems en définis et indéfinis.
Ces nuances délicates, loin d’être des subtilités, sont très-importantes, et c’est faute de les avoir analysées et d’en avoir suivi la succession, que Beauzée n’a trouvé dans je lisais qu’un présent-antérieur, et dans je lirai qu’un présent postérieur.