SUR LA
selon les règles DE LA SCIENCE HÉRALDIQUE
Dans la préface de cet ouvrage nous avons dit combien il est de personnes qui, en possession du droit de porter des armoiries, seraient fort en peine d'expliquer les figures qui couvrent leurs blasons, en se servant des termes techniques. -
Nous avons dit aussi Tabus qu'on faisait journellement de l'emploi des casques, dont trop souvent le caprice seul détermine la forme.
Mais cet abus n'est rien, comparativement à celui qui existe dans la composition des livrées, qui sont devenues des travestissements sans aucun caractère héraldique.
Et cependant le vieux proverbe ne ment pas : « Tel maître, tel valet; » la qualité du gentilhomme se mesure plus sur les habits de sa livrée que sur les siens propres; et si des industriels s'amtisent à vêtir des laquais de louage d'habits chamarrés d*or et d'argent, dans le but d'éblouir par un luxe de mauvais aloi les yeux de leurs clients, il faut que les gens du monde se gardent bien de les imiter, et qu'ils observent toute la simplicité d'ornements que comporte la livrée, établie non par la fantaisie, mais bien d'après les préceptes de la science héraldique.
Les figures d'armoiries sont soumises à des règles déterminées, nos lecteurs les connaissent; les qualifications nobiliaires sont indiquées dans les diverses catégories de casques et de couronnes dont nous avons donné le détail ; les fonctions ou grandes charges sont désignées par des marques extérieures accompagnant l'écu, il n'est pas jusqu'aux lambrequins et aux supports qui ne soient réglementés.
Les principes de la composition des livrées sont non moins absolus; car, ainsi que nous allons le démontrer, et ce que peu de per-
sonnes savent, on peut presque blasonner les armes d'une maison, rien qu'à la simple inspection de la livrée d'un valet.
Rien n'est plus simple, et le lecteur sera bientôt de notre avis; mais, avant de le mettre à même de reconnaître les barbarismes qui fourmillent dans la plupart des livrées, nous allons faire ce que nous avons fait pour les armoiries, c'est-à-dire en- exposer l'historique, après quoi il nous sera facile de faire comprendre l'importance que peut avoir l'emploi de certaines couleurs qui entrent dans leur composition.
Le nom de livrées fut donné par nos premiers rois de la seconde race à des vêtements uniformes, et de grand prix, qu'ils distribuaient aux seigneurs de la cour et à leurs grands officiers.
Plus tard, au lieu d'habits, les officiers de la maison du roi reçurent, selon leur rang, une somme d'argent comptant appelée également livrée.
Cet usage se conserva jusqu'en 1789.
a Saint Louis, suivant la coutume, fit donner des habits magnifiques aux grands officiers de la couronne , et à ceux de son hôtel et
maison, à chacun suivant son état, et les habits étaient appelés livrées, parce qu'ils se livraient et se donnaient du trésor royal. »
(L'abbé de Choisy.)
^ Le nom de livrée fut spécialement appliqué à récharpe que les chevaliers portaient jadis sur leurs vêtements.
Or, les grands feudataires adoptaient tous une écharpe de couleur distinctive qui servait à les faire reconnaître de loin, alors même qu'il était impossible de distinguer les émaux de leur écu.
Et les valets, les écuyers et les pages, portaient la livrée, bordée des couleurs de leur seigneur.
Les écharpes passèrent de mode.
On laissa de côté les cottes d'armes, on se vêtit d'habits blasonnés et on se coiffa d'un chapel à bec, bordé de galons d'or ou d'argent.
Ce fut de cette époque que datèrent les livrées proprement dites, puisque les serviteurs furent astreints à porter sur leurs vêtements le blason de leur maître.
Sous Louis XIII, cet usage n'existait plus; mais les gentilshommes, désireux qu'on pût toujours connaître le nombre des gens qui
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formaient leur suite, choisirent les couleurs qui entraient dans la composition de leurs armoiries pour les appliquer aux vêtements de leurs laquais.
Et lorsque vint le règne de Louis XIV, on commença à régulariser la disposition de ces couleurs.
Sous le premier Empire et la Restauration, les livrées furent concédées par le souverain.
Le roi Louis-Philippe, en réservant pour les gens de sa maison la couleur rouge, laissa le champ libre à tous ceux qui voulurent imaginer des blasons de fantaisie et des livrées de caprice.
De nos jours, les règles héraldiques sont tout à fait délaissées en ce qui touche l'emploi des couleurs affectées aux livrées.
Nous allons essayer de les définir.
De même que la principale couleur de Técu est celle du champ, de même la couleur la plus importante de la livrée est celle de la veste ou gilet par la raison qu'il remplace le justaucorps d'autrefois et que les redingotes et
les habits sont considérés comme des pardessus ou des manteaux.
Le vêtement naturel du laquais est la veste et la culotte.
D'ailleurs, il est bon de dire qu'il serait difficile d'assujettir la redingote aux bariolages que nécessitent parfois les partitions de Técu, à moins de revenir aux vêtements mi-partie du règne de Charles V.
Le gilet se prête beaucoup mieux à ces assemblages de nuances.
Ainsi la règle veut que le gilet soit de la même couleur que celle du champ de Técu, en employant le blanc pour l'argent et le jaune pour Tor.
Donc, la maison qui porte d*or à.... choisira le gilet jaune pour la livrée de ses gens.
Celle dont les armes sont : d*azur à..,, gilet bleu.
Idem. de gueules à.... gilet
rouge.
. Les fourrures d'hermine et de vair sont représentées par la peluche et la panne.
D*hermîneà,... gilet de peluche noire.
De vair à.... gilet de peluche ou panne quadrillée bleue et blanche.
TRAITÉ SUR LA COMPOSITION DES LIVREES. IqS
La maison qui porte : paie d*or et de gueules, fera faire le gilet à bandes verticales alternées jaunes et rouges.
Fascé d'azur et d'argent : gilet à bandes horizontales bleues et blanches.
Il en est de même pour les écus bandés ou barrés.
(Il est bien entendu qu'il ne s'agit pas ici d'un écu chargé d'un pal, d'une fasce, d'une bande ou d'une barre. Ce que nous venons de dire s'applique exclusivement aux écus couverts de pals, de fasces, etc.)
L'écu losange, échiqueté demande également un gilet quadrillé en losage ou en échiquier. Passons aux partitions de l'écu :
Si un blason est : coupé d'or et d'azur^ le gilet sera jaune bordé de bleu.
S'il est : tranché de gueules et d'argent, il sera rouge bordé de blanc.
S'il est : parti de sable et d'or, il sera noir bordé de jaune.
Toujours la première couleur exprimée est celle du gilet. Avec un peu d'attention, il est facile de savoir, quel que soit le nombre des divisions de l'écu, la couleur qui doit servir de base.
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S'agit-il d'un écu écartelé, c'est tout aussi simple, puisque, nous le répétons, c'est la première couleur blasonnée qui sert pour le fond du gilet, et les autres pour les galons ou ornements.
Exemple : Ecartelé au i et l^ d'azur^ à trois étoiles d'or^ aux ^ et ^ d'argent^ à la barre de sinople.
Le gilet sera bleu et la bordure blanche, puisque le blanc est la couleur du second champ.
En résumé, pour le gilet, couleur du champ — pas d'exception.
Parlons maintenant de la culotte, la seconde pièce de la livrée; sa couleur doit être celle de la pièce principale qui est figurée sur le blason.
Exemple : d*or, à la croix de gueules.
Gilet jaune, culotte rouge.
D'argent^ au chevron d*azur, accompagné de trois merlettes de sable.
Le chevron étant la pièce principale de cet écu, la culotte sera bleue et le gilet blanc.
On le voit, c'est excessivement simple.
Multiplier les exemples serait peine superflue.
Nous n'avons pas sans doute besoin d'ajouter
que si l'écu est plain, gilet et culotte seront de la même couleur.
Pour reçu composé, le premier émail est celui du gilet, le second celui de la culotte.
Coupé d'argent et d'azur , gilet blanc, culotte bleue.
Tranché d'or et de sinople, gilet jaune, culotte verte.
Paie d'azur et d'or, gilet rayé verticalement bleu et jaune, culotte; jaune.
L'habit ou la redingote sera, si faire se peut, de la couleur de la culotte, si elle est trop voyante, on la remplacera par une autre, pourvu que cette autre entre dans la composition de reçu.
, Exemple : d'azur^ au chevron d'or chargé d'une rose de sable, gilet bleu, culotte jaune, redingote noire.
D'or, au pal d'azur : gilet jaune, culotte et redingote bleues.
Passons aux boutons :
Là, point d'autre règle que celle-ci : des boutons d'or ou de cuivre doré pour les écus dont le champ est de métal, et des boutons d'argent ou argentés pour les écus dont le champ est d'émail ou de fourrures. Quant à
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la gravure en relief qui les décore, elle peut représenter soit les armes complètes, c'est-àdire reçu timbré et accompagné des lambrequins et des supports, soit un écu simple, soit le casque ou la couronne seulement, soit enfin une simple initiale, selon qu'on le jugera convenable.
11 arrive parfois qu'on borde les gilets et les redingotes d'un galon brodé aux armes de la maison.
C'est une affaire de goût.
Le seul galon de métal qui soit soumis aux règles héraldiques est celui qui entoure le chapeau ou la casquette.
Il se fait en or ou en argent.
En or, lorsque le champ de l'écu est de; métal ;
En argent, lorsque le champ est d'émail;
De même que les boutons, avec lesquels il doit toujours être en rapport, le galon est de différentes largeurs.
Quelques personnes croient que c'est afin d'établir les qualifications nobiliaires.
Cest une erreur.
Les ducs, marquis, comtes, vicomtes, barons ou les simples gentilshommes emploient le
même, les couronnes et les casques servent seuls à distinguer leurs titres.
Aussi couronnes et casques sont-ils figurés sur les boutons de préférence aux armes complètes ; quant aux galons, se divisant en trois largeurs seulement, ce nombre serait insuffi sant pour la désignation des titres.
D'ailleurs, certains galons de métal off*rent en relief la représentation des couronnes, il est donc hors de doute que la largeur déterminée a une autre signification.
Voici la véritable :
Elle sert, comme les diverses couleurs du reste de Thabillement, à expliquer les armoiries.
Nous avons dit que le galon, par son métal d'or ou d'argent, indiquait la couleur du champ.
La largeur exprime les pièces qui figurent dans reçu.
Si le galon a cinq centimètres de largeur (c'est la plus grande qui puisse être employée), c'est que l'écu est plain.
S'il a quatre centimètres, c'est que dans l'écu existe une pièce honorable, telle que le chef, la fasce, la bande, la barre, la croix, le sautoir, le pal, le chevron, le franc-quartier, la pointe.
le giron, le pairie, la bordure, Torle, le tre^scœur, la pile ou le gousset.
Si enfin sa largeur n'est que de trois centimètres, c'est qu'il indique un écu composé de pièces ordinaires, telles que le losange, la fusée, le mâcle, le rustre, le besant, le tourteau, etc. ; ou de figures des corps naturels, tels que les lions, les léopards, les merlettes; ou de figures artificielles, telles que les badelaires, les bouteroUes, les vires, etc. ; ou enfin de figures de fantaisie telles que les sirènes, les licornes, les grififons, les dragons, etc.
Ainsi nous retrouvons dans ces dispositions les jalons qui permettent à l'observateur de reconstituer, à Taide de ceux qu'il a découverts par rinspection des autres parties de la livrée, le caractère principal des armes d'une maison.
Par les boutons, on sait de prime abord si le fond de l'écu est de métal ou d'émail.
Par la couleur du gilet, on précise ce métal ou cet émail.
Par le galon, on reconnaît si l'écu contient une pièce honorable, une pièce ordinaire ou une figure.
Par la couleur de la culotte, on en apprend rémail.
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On le voit, il reste alors peu à chercher pour savoir tout.
La science héraldique, composée d'emblèmes et de symboles, a cela de particulier que ses énigmes s'expliquent les unes par les autres.
C'est une clef qui ouvre et ferme par le même mécanisme ;
C'est la franc-maçonnerie de la noblesse.
Nous terminerons ce petit aperçu, dans lequel nous nous sommes efforcé d'être aussi compréhensible que possible, en donnant quelques exemples de livrées composées rigoureusement selon les principes du blason.
Armes : D'azur, à la fasce d'or, chargée de trois tourteaux de sable.
Livrée : Gilet bleu {d'azur).
Culotte jaune (fasce d'or).
Redingote noire [tourteau de sable).
Boutons d'argent {champ d'azur).
Galon d'argent {idem).
Largeur du galon 4 cent, (fasce, pièce honorable).
Armes : Paie d'or et de gueules, au chef d'argent, chargé d'un chêne de sinople.
Livrée : Gilet rayé jaune et rouge.
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Culotte rouge.
Redingote verte.
Boutons d'or.
Galon d'or de 4 cent, de largeur.
Armes : D'argent^ à la tour de sable.
Livrée : Gilet blanc.
Culotte et redingote noires.
Boutons d'argent.
Galon d'argent, 3 cent, de largeur.
Ces exemples suffiront, nous respérons, pour venir à l'appui de ce que nous avons avancé, et, si on éprouvait quelque difficulté dans la composition d'une livrée, par suite du iriauvais effet que peut produire l'alliance de certaines couleurs, on devra se souvenir que le point important étant de n'employer que des couleurs servant à la composition de l'écu, on ne peut, pour rester dans les règles héraldiques, que modifier les nuances.
Ainsi, si on avait à composer la livrée répondant à un écu de gueules plain^ après avoir employé le rouge pour le gilet et la culotte, il faudrait chercher, pour la redingote, une nuance se rapprochant du rouge ; donc, on pourrait se servir du brun ou du marron, mais on
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aurait grand soin d'éviter le remplacement du rouge par une couleur correspondant aux émaux héraldiques, telle que le bleu, le vert, le noir, le jaune, etc., de manière à ce qu'on ne pût se méprendre.
L'or plain pourrait être remplacé par l'orange foncé ;
L'argent, par le gris- blanc.
Mais les cas où ces substitutions deviennent nécessaires sont excessivement rares, puisqu'il n'y a presque pas de blasons plains, et une très-petite quantité de blasons tranchés, taillés, écartelés, etc., sans pièces héraldiques ou figures.
Tous les autres offrent assez de ressources par la diversité de leurs émaux pour qu'il ne soit pas utile d'avoir recours à l'emploi de couleurs étrangères.