‹ Grammaire historique de la langue française;Chapitre 138 sur 181 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

À présent (Ad prsesentem). — Or (hora, sur la suppression de Vh, cf. p. 136). — Maintenant (en vieux français Maintenant signifie tout- de- suite, la main tenant enivre l'objet). — Hui (fiodiè. Resté dans le terme de palais d'hui en un an. Aujourd'hui que le vieux français écrivait plus correctement au jour d'hui, est un pléonasme, puisqu'il signifie littéralement au jour d'aujourd'hui). — Hier (heri). — Jadis (Jam-diu).

Fois (ancien français, feis, fes, ves, du latin vice; sur la permutation de v en f, cf. p. 107). Les composés sont autre-par-quelque-toute-i 'ois. — Naguères

qui s'écrivait en vieux français ri a guèrcs, est un composé de avoir, et de guères, qui à l'origine signifiai! beaucoup : je Val vu ri a guères, c'est-à-dire je l'ai vu il n'y a pas longtemps* En vieux français, le verbe était naturellement variable; on disait au douzième siècle: La ville était assiégée, ri &s&\t guères, quand elle se rendit, c'est-à-dire : il n'y avait pas longtemps que la ville était assiégée quand elle se rendit. On remarquera que le vieux français emploie ri a guère, ri avait guère où nous dirions n'y a guère, n'y avait guère : c'est que notre ancienne langue disait non pas il y a, mais il a (illud habet), ce qui voulait le cas-régime du substantif(voyez p. 152). Ex. : il a un roi qui... (Illud habet regem), il n'avait aucuns arbres dans ce pays (illud non babebat aliquas arbores). Roi, arbres sont ici au cas-régime; au cas-sujet le vieux français eût dit rois (rex), etc. Dès le treizième siècle, l'adverbe y (ibi) se montre dans cette locution. Mais la forme ancienne il a, se retrouve encore an dix-septième siècle, dans ce qu'on est convenu d'appeler le stylo marotique : - sx'^ua^t. t'^-C^Jj.

Entre Leclerc et son ami Coras, N'a pas longtemps, s'émurent grands débats.

(Racine.)

Pour l'étymologie de guères voyez p. 239. — Quand {quando). — Demain (de-manè). Le latin mane donne en français le substantif main: //joue du main ait soir (du matin an soir) . Dc-marie forma l'adverbe de main, qui à l'origine signifiait: de bon matin.

Tôt (vieux français lost. Origine obscure. Par i'ad-

jonction de tôt aux adverbes aussi bien, a formules composés aussi-tôt, bien-tôt, plus-tôt, tanttôt. — Longtemps (long et temps). — Toujours, qui s'écrivait anciennement tous jours, n'est autre chose que la locution tous les jours. (Semper avait donné sempre en vieux français, mais ce mot disparut au quinzième siècle).

Encore (vieux français anc ore, du latin hanc horam, à cette heure). C'était le sens primitif d'encore, comme dans cet exemple : J'ai vu Paris, et j'y retournerai encore, quand je reviendrai en France (c'est-à-dire à cette heure à laquelle je reviendrai en France).

Désormais (vieux français des ore mais , voir aux prépositions, p. 245, l'origine du mot dès : ore n'est autre que hora, et mais de magis signifie davantage : dès ore mais, mot à mot : dès l'heure en avant, dès l'heure présente à plus tard, c'est-à-dire à dater de l'heure présente.

Dorénavant (vieux français oVore en avant, de l'heure présente en avant, à partir de cette heure1).

Jamais (Ja et mais. Jà vient de jam (dès à présent), comme nous l'avons vu page 229, et mais de magis (plus). Ces deux mots étaient séparables en vieux fran-

i . On voit combien le mot hora sous la forme ore, or, est fréquent dans nos locutions adverbiales : or, lors (l'ore), alors (à Tore), désormais (des ore mais), dorénavant (à'ore en avant), encore (anc ore), etc....

çais : Jà ne le ferai mais, c'est-à-dire : Dès à présent, je ne le ferai pins.

Souvent (de subinde, qui avait le même sens dans le latin populaire : sur le changement de inde (ent) cf. p. 175.

Tandis (tam-diù) signifiait anciennement pendant ce temps. On disait au treizième siècle : Le chasseur s'apprête à tirer, bande son arc ; mais la corde se rompt, et tandis, le lièvre s'enfuit.

Corneille disait encore (Jlorace, IV, 2) :

Et tandis, il m'envoie Faire office vers vous de douleur et de joie.

C'est à tort que Vaugelas et Voltaire (ignorant ia raison historique de cette locution) l'ont blâmée comme fautive. Elle est fort correcte.

Lors (vieux français l'ore) hora, à cette heure ; le composé est alors (ancien français à Vore).

Puis, Depuis, voir, aux prépositions, p. 244.

Ensuite (de en et suite). — Enfin (de en et fin).

Donc (tune). — auparavant, de au et de par-avant. L'article au ne fut ajouté à cette locution qu'au quinzième siècle. Le vieux français employait par-avant : « Je ne voulus point être ingrat, quand je considérai la bonté qu'il me montra par avant. (Froissard.) >»

Déjà (de et jà). — Tard (tarde).

Soudain (v. f. soubdain, subztâneus,\

Les adverbes de temps forment aussi un grand nombre de locutions adverbiales, telles que tout à coup , d'ordinaire, de bonne heure, l'autre jour, etc..

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