‹ Grammaire historique de la langue française;Chapitre 71 sur 181 · PROSODIE · texte numérisé non relu

PROSODIE

La prosodie est cette partie de la grammaire qui traite des modifications apportées aux voyelles par la quantité et par l'accent. Les voyelles peuvent être modifiées de trois manières : 1° Dans leur nature, (il peut devenir 0 par exemple). L'étude de ces modifications constitue la permutation des voyelles exposées page 91. — 2° Dans leur longueur. Elles peuvent être brèves comme dans patte, ou longues comme dans pdtre; c'est l'étude de la quantité. Il y a peu de chose à dire de la quantité, sinon qu'elle est très-vague en français : elle n'est sûre que dans les mots tels que mûr (vieux français înewr/matûrus), qui résultent d'une contraction, ou dans ceux comme pdtre (vieux français pastre), où Vs a été supprimée; dans tous les mots de ce genre, la longueur de la voyelle est certaine. — 3° Dans leur élévation. Elles peuvent être toniques (comme a dans célibat) ou atones (comme a dans pardon). C'est l'étude de l'accent. Il y a quatre sortes d'accents qu'il ne faut pas confondre, et que Ton confond souvent : l'accent tonique, l'accent grammatical, l'accent oratoire, l'accent provincial.

S i. Accent tonique.

On nomme accent tonique (disions-nous dans 17ntroduction de ce livre), ou simplement accent, l'élévation de la voix qui dans un mot se fait sur une des syllabes : ainsi dans raison , l'accent tonique est sur la dernière syllabe, et dans raisonnable il est sur l'avantdernière. On appelle donc syllabe accentuée ou tonique celle sur laquelle on appuie plus fortement que sur les autres. Cette élévation de la voix s'appelait en grec x 6 v o ç ou irpocrwSià que les Latins ont traduit par accentué. L'accent tonique donne au mot sa physionomie propre et son caractère particulier, aussi l'a-t-on justement nommé « l'âme du mot. » En français, l'accent tonique n'occupe jamais que deux places : la dernière quand la terminaison est masculine (chanteur, aimer , finir , seigneur), l'avant-dernière quand la terminaison est féminine (sauvage, verre, porche). En latin, l'accent tonique n'occupe aussi que deux places ; il est sur la pénultième quand elle est longue (cantôrem, amâre, finire, seniôrem), et quand elle est brève sur l'antépénultième (sylvdiïcus, pôrtkus). En comparant entre eux les exemples latins et français que nous venons de citer, le lecteur remarquera aussitôt que l'accent latin persiste en français, c'est-à-dire que la syllabe qui était accentuée en latin, est aussi la syllabe accentuée en français (cantôrem= chanteur, amâre = aimer, finire ■=. finir, seniôrem = seigneur). Ce fait de la persistance de l'accent latin est d'une importance considérable, et

PROSODIE. Hl

c'est, on peut le dire, la clef de la formation de la langue française ; j'en ai expliqué l'utilité dans l'Introduction de ce livre, à laquelle je demande la permission de renvoyer le lecteur.

S 2. Accent grammatical.

La grammaire française a trois espèces d'accents : l'accent aigu, l'accent grave, l'accent circonflexe. Pris dans ce sens, l'accent est un signe grammatical qui sert dans l'orthographe à trois usages différents :

1° Tantôt l'accent dénote la prononciation de certaines voyelles, bonté, règle, pâle; 2° tantôt il indique la suppression de certaines lettres, pâtre (pastor), dpre (asper), âne (asinus), qui étaient dans l'ancienne langue pastre, aspre, asne; tantôt enfin il est employé à distinguer l'un de l'autre deux mots qui s'écrivent de même bien qu'ayant des acceptions différentes : du et dû, — des' et dès, — la et là, — tu et tu, — sur et sûr, etc.*.

5 3. Accent oratoire.

Tandis que l'accent tonique s'exerce sur les syllabes dans l'intérieur des mots, l'accent oratoire ou phraséologique s'exerce sur les mots dans l'intérieur des

\ . Cf. Littré, Dict. hist., v° Accent. Ces accents grammaticaux qur servent de sjgne dans récriture sont liès-différents dans le grec et dans le français qui pourtant les a pris du grec. Les accents aigu, grave, circonflexe, dans le grec, servent uniquement à noter la syllabe qui a l'accent ionique, et désignent des nuances de celle iuiQ'

phrases. L'accent oratoire rentre dans le domaine de la déclamation et n'a pu naturellement exercer aucune influence sur la transformation des mots latins en mots français1. Nous n'aurons donc point à nous en occuper

§ 4. Accent provincial.

Cû désigne sous ce nom l'intonation propre à chaque province, et différente de l'intonation du bon parler de Paris, prise pour règle. C'est dans ce sens qu'on dit que pour bien parler il ne faut pas avoir d'accent. L'étude de ces inflexions, particulières aux habitants de certaines provinces, ne rentre point dans notre sujet, et nous devons la laisser de côté.

Disons seulement que la prononciation provinciale se borne à donner à un mot deux accents, et a restreindre la valeur de l'accent principal, en lui adjoignant un demi-petit accent.

jation. Dans notre langue, au contraire, les accents aigu, grave, cirîonflexe n'ont aucun rapport avec l'accent tonique et étymologique ït ne sont que des signes purement orthographiques, 4. Voyez G. Paris. Accent latin, p. 8»

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