‹ Grammaire historique de la langue française (volume 3)Chapitre 2 sur 124 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Vje volume aurait dû comprendre deux parties: une étude sur la formation des mots et une autre 'sur leur signification ; cependant comme la première de ces études a demandé bien plus de place que nous n'avions pensé, nous avons dû laisser de côté la Sémantique qui occupera, à elle seule, tout un volume.

C'est en 1877 qu'Arsène Darmesteter a publié son ouvrage magistral intitulé De la création actuelle de mots nouveaux dans la langue française et des lois qui la régissent. Ce livre, peut-être le plus original des travaux philologiques de notre regretté maître et ami, a conservé sa pleine valeur jusqu'à nos jours. Nous espérons pourtant que notre travail ne fera pas double emploi avec le sien. D'abord A. Darmesteter n'a pas épuisé le sujet; il s'est contenté d'examiner les mots nouveaux créés par l'addition d'un suffixe ou d'un préfixe, en laissant de côté la formation régressive et la formation impropre ainsi que toutes les créations onomatopéiques. Ensuite en étudiant la formation suffixale et préflxale il a exclu de ses recherches plusieurs points qui n'offraient aucun intérêt pour son but principal, par ex. : la question du rapport phonétique entre le mot primitif et le dérivé, le changement ou la substitution des suffixes, etc. Dans une grammaire qu4 aspire à donner un aperçu historique de l'ensemble des phases que présente l'évolution de la langue, il serait impossible de passer sous silence les questions indiquées, et nous leur avons donné la place que demandait leur importance. Nous avons eu en outre à examiner dans ce volume la formation du genre, que nous avions exclue, de parti pris, de notre Morphologie.

Nous avons eu enfin à tenir compte des mots nouveaux dont s'est enrichie la langue depuis la publication du livre de Darmesteter, et à cet effet nous avons parcouru un assez grand nombre d'auteurs contemporains; nos trouvailles ont été enregistrées en leur tieu et place (voir par ex. bureautin, § 89,*), et on trouvera dans notre Index plus d'un mot moderne que ne cite aucun dictionnaire.

Ajoutons que nous nous sommes efforcé de poursuivre, sur tous les points, l'évolution de la langue jusqu'à la phase la plus ré-

cente: on verra ainsi que nous avous pris note du mot automobile, dont nous avons étudié le genre (§ 678) et la dénomination onomatopéique (§ 25). Nous n'avons pas restreint nos recherches à la langue littéraire ; comme dans les volumes précédents, nous avons, dans une large mesure, tenu compte de la langue parlée et des innovations qui apparaissent dans les journaux, dont le langage est souvent aux prises avec la grammaire officielle; c*esl pourquoi nous avons enregistré l'invariabilité de la locution étant donné (§ 623), les dérivés plus ou moins argotiques des mots composés (§ 44), le genre masculin du mot réglisse (§ 726), etc., etc. La langue populaire est une des sources multiples du renouvellement incessant de la langue littéraire.

Malgré tous nos efforts, nous avons un vague sentiment de ne pas avoir pu réaliser notre plan tel que nous l'avions conçu. Le lecteur en jugera. Je ferai seulement observer qu^à cause d'une grave maladie des yeux qui m'empêche depuis plus de deux ans de lire et d'écrire, j'ai dû dicter une grande partie de ce volume, ce qui n'a pas toujours été chose très facile. Un jeune élève et ami, M C. P. Chiustiansen, m'a servi de secrétaire et je ne saurais assez le remercier de son dévouement et de son obligeance.

Pour la correction des épreuves, différents amis se sont empressés de m'offrir leurs services. Mlle E. Simonsen a bien voulu soumettre les feuilles à une première revision typographique; en suite M. V. Madsen, sous-bibliothécaire à la Bibliothèque Royale de Copenhague, et mes chers collègues E. Philipot, V. Thomsen, J. VisiNG ont bien voulu relire les épreuves et les soumettre à un examen critique; je leur dois beaucoup d'améliorations, et plusieurs de leurs observations ont trouvé place dans les Additions (p. 396 ss.). Je leur témoigne ici ma gratitude très vive pour leur amabilité et j'adresse des remerciements tout particuliers à M. E. Philipot qui a souvent entrepris pour moi des recherches bibliographiques et autres que j'ai été hors d'état de faire moi-même.

Villa Ibstrup, Gentofte, 22 août 1908.

Kr. N.

TRANSCRIPTION PHONETIQUE.

CChaque signe doit se prononcer comme la ou les lettres italiques du mot

mis en regard.)

[b] bout

[à] doux

[f] /bu

[g] ffoût [h] (I, §478)

[j] yf"x

[k] coup

[1] toup

[iC] il. fiflr/io

[m] mou

[n] nous

[ji] agneau

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