‹ Grammaire historique de la langue française (volume 3)Chapitre 25 sur 124 · Formations analogiques · texte numérisé non relu

Formations analogiques

Dans un certain nombre de mots -as s'est substitué à d'autres terminaisons, surtout à -a/, et à Fit. -accio, -asso:

CadenaSy emprunté du prov. cadenat.

Cannelas, au XVIP siècle cannelat (Âcad. 1694), emprunté du prov. cannelat.

Canevas, emprunté de Fit. canevaccio.

CervelaSy au XVI* siècle cervelat, de Fit. cervellato.

Cornillas, orthographe fautive (maintenue par FAcadémie) pour cornillat.

Coutelas, emprunté de Fit. coltellaccio.

GaletaSy de Galata à Constantinople.

Lilas; sur celte forme, voir II, § 365.

Matelas, emprunté de Fit. materasso.

Taffetas, emprunté de Fit. taffetà.

Verglas, est pour verglaz, postverbal tiré de Fancien verbe verglacier.

Pour plusieurs substantifs on a hésité entre -as et -asse (•ace); on trouve coutelas et coutelace (R. Garnier), populas et populace (cf. Estienne, Deux dialogues, p. p. Ristelhuber I, 198).

181. Substantifs en -asse (-ace). Les formations nouvelles sont tirées de noms ou de verbes.

P Dérivés de noms: bannasse (de banne); bécasse (de bec); brumasse (de brume); cognasse (de coing; cf. I, § 229,6); culasse; grimace (?); militasse (de million; cf. § 79); paperasse (de papier; cf. § 59); pinace ou pinasse (de pin); *plumace (de plume), primitif hypothétique de plumasseau; rosace (de rose); terrasse (de terre); tétasse (de tette); tignasse (de teigne; cf.

§ 55); villace (de ville)., vinasse (de vin). Ajoutons Tancien paonace (éloflFe d'une certaine couleur violette, dér. de paon).

2^ Dérivés de verbes: chiasse, crevasse^ lavasse^ liasse, tirasse. Brouillasse est un postverbal (§ 548).

3^ Ajoutons quelques mots propres à l'argot, où -asse est resté productif: connasse (prostituée), couturasse (couturière), /illasse, jupasse (couturière qui fait les jupes des robes, jupière), tripasse (femme d'un embonpoint excessif), verrasse.

182. Les autres mots en -asse (-ace) sont d'origine étrangère: Bagasse (esp. bagazo), bagasse (prov. bagassa); bancasse (prov. bancasso), barcasse^ bestiasse (it. bestiaccia), calebasse, carcasse (it. car cas s a), paillasse (it. pagliaccio), populace (it. pop u lace io), etc.

Remarque. A côté de -asse, on trouve -ache qui est de provenance italienne ou espagnole et reproduit surtout les terminaisons -accio, -acchio, -azo: bravache (it. bravacchio), ganache (it. ganascia), mordache (esp. mordaza), moustache (it. mostacchio), panache (it. pennachio), rondache (it. rondaccio), etc.

183. Adjectifs en -asse. Exemples: Blondasse, bonasse, fadasse, hommasse, laidasse, mollasse, savantasse, etc. Ajoutons l'ancien riace (Patelin, v. 765) et le tout récent cocasse. Comment expliquer l'emploi au masculin de la terminaison féminine -asse'^ Il faut probablement supposer que les plus anciens de ces mots ne s'employaient d'abord qu'avec des substantifs féminins: la mer bonasse^ une femme hommasse, et qu'ensuite la terminaison -asse s'est pour ainsi dire pétrifiée et a été étendue aussi au masculin: un garçon hommasse, un irait hommasse. On pourrait peut-être aussi penser que des mots tels que hommasse, riace ont été primitivement des substantifs féminins qu'on avait employés sans changement comme attributs: une hommasse (A. d'Aubigné, Misères, v. 1175) — une femme hommasse — un garçon hommasse; cette combinaison s'expliquerait ainsi comme une femme médecin (comp, § 641).

Remarque. Rappelons qu'on a essayé de réagir contre l'emploi de -asse au masculin en créant une forme en -as, A. d'Aubigné emploie, dans le Baron de Foenesie, fadas et saoantas sans doute à limitation des formes méridionales (comp. prov. sabenlas), Molière et la Bruyère se servent encore de savantas. Cf. II, ^5 394.

184. Signification. Notre suffixe exprimait en latin une abondance: capillaceus, ce qui est couvert de (plein de) capilli, poilu. L'idée d'abondance comprend aussi celle de grandeur, qui finit par amener celle de grossièreté et de difformité. En français, le suffixe est ainsi en même temps augmentatif, dépréciatif et péjoratif.

P Le sens ausrmentatif se trouve dans bannasse, culasse^ lavasse, milliasse, rosace, (ripasse.

2^ Le sens péjoratif et dépréciatif se trouve dans filiale, paperasse, tignasse, fripasse, villace, vinasse; hommasse, fadasse, etc.; cf. cognasse (coing sauvage).

Bemarque. a cause du sens méprisant attaché au mot populace^ Mercier demanda en 1801 qu'il fût remplacé par plèbe. On a adopté plèbe sans pourtant renoncer à populace ^ et les deux mots ont une valeur également dédaigneuse.

3^ Dans quelques mots le sens primitif paraît absolument obscurci: brumasse, petite brume.

185. AT remonte au latin vulgaire ^attus» variante de -ittus (§ 220). On Ta surtout appliqué à des noms d'animaux: Aiglat, petit de Taigle (maintenant remplacé par aiglon). Vfr. cervat, corbat. Louvat, jeune loup; on dit aussi /onyard (§ 354) et louveteau (§ 401), Verrat, dér. de Tancien ver « ver rem); par la mort du simple, verrat a perdu sa signification diminutive. Sur la forme allongée -/7/a/, voir § 408.

186. ATRE, au moyen âge -astre, remonte à la terminaison -aster» qui s'employait surtout dans la langue populaire. En français il n'a joué qu'un rôle modeste; on retrouve peu des mots latins en -aster et les dérivations nouvelles ne sont pas nombreuses. On a appliqué -âtre à quelques rares substantifs et à des adjectifs désignant surtout des couleurs.

1^ Substantifs. On avait en vieux français parastre, marastre, fillastre, frerastre, sorastre, clergeastre, gentillastre. De ces mots, la langue moderne n'a conservé que marâtre et gentillâtre,

2® Adjectifs : Bellâtre, blanchâtre, bleuâtre, blondâtre, brunâtre, douçâtre, fauvâtre, follâtre, finâtre, grisâtre, jaunâtre, noirâtre,

olivâtre^ rosaire^ rougeâire^ roussâtrCy verdâtre. Ajoutons acariâtre, dont l'origine est douteuse; il faut peut-être y voir un dérivé de AcairCy nom d'un saint qui guérissait les fous, sous l'influence de follasîre (comp. Romania, X, 302). Opiniâtre esl un dérivé à moitié savant du lat. opinio.

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