SUFFIXES D'ORIGINE DOUTEUSE
423. Nous allons rassembler ici un petit nombre de suffixes dont l'origine paraît peu clair. Ils sont -tous d'un emploi assez restreint. Comme dans les chapitres précédents nous suivons l'ordre alphabétique.
1^ ICAUT s'emploie dans boursicaut (boursicotjy dér. de bourse.
2^ IGAUD s'emploie dans saligaud, dér. de sale.
3^ lOT, suffixe moderne et peu employé; du moins, nous ne l'avons trouvé que dans trois mots: maigriot (Huysmans, Marthe, p. 50), morviot (voir Sachs, Supplément), peintriot (Concourt, Manette SalomoUy p. 22). Quant à l'origine, -iot est probablement une orthographe simplifiée pour -Ulot,
4® ITRE est un suffixe populaire; il est peut-être formé sur le modèle de âtre avec changement de voyelle (comp. -ittus, -ottus, -attus et -icus, -ôccus, -ucus). Le domaine de -itre est restreint aux patois de TOuest où il sert à former des substantifs et des adjectifs. En voici quelques exemples: Placitre (de place), terrain vague entourant une église, une fontaine, etc.; employé comme nom de lieu: Le P/aaïre (Finistère, Manche). Planitre (de pi a nu m), esplanade, plate- forme; employé comme nom de lieu (Deux-Sèvres, Calvados). Halitre (de hâle), gerçure aux lèvres. Chenitre (de chien), ladre comme un chien, avare à l'excès.
5® OCHE paraît remonter à un suffixe -occa, inconnu au latin classique. En français -oche s'ajoute aux noms; il n'a guère été productif et paraît mort depuis le moyen âge. On trouve notre suffixe dans épinoche, filoche, mailloche, mioche.
Cas isolés. Oche se trouve aussi dans quelques mots d'emprunt italiens où il reproduit -occio (I, § 116,6) qui remonte au suffixe "^oceus lequel a dû exister en latin vulgaire à côté de -aceus, -icius, -uceus. Exemples: bamboche (bamboccio), fantoche (fantoccio), sacoche (s ace oc ci a). Le même suffixe se cache aussi sous les terminaisons -ouche et -ousse dans cartouche (cartoccio) et dans la forme altérée gargousse.
424. Dans Targot proprement dit (I, § 33, 81) l'emploi de suffixes est très général; on y trouve par exemple: -go, -iergae, 'leniy -mar, -muche, -ongue, etc. Ces suffixes, dont l'origine paraît impénétrable, s'ajoutent non seulement aux mots d'argot, mais aussi aux mots appartenant à la langue littéraire (labago, mendigot, magistramuchcy habitongue). Cependant, comme aucun de ces suffixes n'est arrivé à s'imposer hors du langage argotique, nous les laissons de côté ici.