‹ Grammaire historique de la langue française (volume 3)Chapitre 72 sur 124 · DÉCOMPOSITION · texte numérisé non relu

DÉCOMPOSITION

533. Sous ce titre nous comprenons les cas où l'on dépouille un mot, regardé, à tort ou non, comme un dérivé (ou un composé), d'une syllabe initiale ou finale et oh on lui crée de cette manière un primitif qui n'a aucune raison d'être étymologique. Ainsi le rapport historique entre aristocrate et aristocratie est tout à fait différent de celui qui existe entre acrobate et acrobâtie. Tandis que acrobatie a été formé de acrobate {dxQÔfiarog) par l'addition du suffixe -ie (§ 241), aristocrate procède de aristocratie (àçiaTOxQatla) par la soustraction de -ie. Comparons aussi les deux groupes quelque — quelqu'un^ chaque —

chacun, qui sont à expliquer de deux manières différentes. Dans le premier, quelque est le mot primitif et quelqu'un représente quelque -{- un ; dans le deuxième au contraire, c'est rinverse qui a eu lieu : chacun est le primitif, et chaque s'analyse comme chacun -f- un (comp. II, § 578, i). Nous avons déjà mentionné les cas où la terminaison d'un mot disparaît devant le suffixe (§ 78 ss.) et qui reposent en effet sur une sorte de décomposition; nous examinerons ici les mots où l'on s'arrête au primitif dégagé de sa terminaison sans procéder à une nouvelle composition. Ces mots, qu'on désigne en anglais par le nom expressif de >back-formations«, pourraient s'appeler en français des postnominaux ou des postverbaux.

Remarque. La décomposition, dont on ne trouve que peu d'exemples en français, comme dans les langues romanes en général, est un procédé assez commun dans les langues germaniques; M. O. Jespersen leur a consacré une étude spéciale très nourrie de faits.

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