B. ELIMINATION D'UN SUFFIXE
536. Ce procédé s'observe déjà dans le latin vulgaire; en voici deux exemples:
fiovficjVy d'où en latin bubon, a été regardé comme un mot formé à l'aide du suffixe -an et on lui a créé un primitif fictif buba qui a passé dans presque toutes les langues romanes: roum. bubâ, vén. bohUy fr. bube, esp. buba, port, bouba,
Sappinus a été décomposé en sappus + -inus; le primitif sa p pu s a été employé surtout en gallo-roman: prov. vfr. sap,
537. Voici maintenant un relevé des suffixes éliminés par dérivation régressive:
1® AGE. Les mots en -âge sont souvent tirés de verbes en -er: marier — mariage (§ 148); nous avons la contre-partie de ce procédé dans l'ancien verbe vainpasturer (voir Godefroy), tiré de vainpasturage (terre qui n'est point chargée de fruits).
2® ANT et ENT. Le rapport entre éclater — éclatant, tolérer — tolérant, exceller — excellent, négliger — négligent, etc. amène par contre-coup la création de quelques verbes en -er tirés de noms en -ant ou surtout -ent:
Arc-bouter, tiré de arc-boutant.
Indifférer, tiré d'indifférent (emprunté du lat. indifferens, -entis); le mot était d'abord propre à l'argot (voir Villatte), il s'emploie maintenant dans la langue littéraire : C'était prouver que tous sujets leur indifféraient (Th. de Wyzewa, Nos maîtres, Paris, 1895. P. 93). On en trouve un autre exemple chez P. Bourget dans LÉtape (p. 90).
Puruler, tiré de purulent (purulentus) ou de purulence (purulentia). Il a été employé par Huystnans: La cha*
rogne du riche parale autant que celle du pauvre (En route, p. 25).
Somnoler, tiré de somnolent (somnolentus); ce verbe est maintenant d'un emploi courant.
3^ lE. De quelques mots abstraits en -ade et -manie on a tiré des noms d'agent en -ate et -mane sur le modèle de acrobate (acrobatie y acrobatique) y autocrate (autocratie) y automate (automatique, automatisme)^ croate (Croatie)^ etc.
AristocratCt tiré de aristocratie (emprunté du grec aQieroxQarla).
Bureaucrate, tiré de bureaucratie (composé avec le fr. bureau et le grec xQatelv, commander; mot dû à l'économiste Gournay, 1712—1759).
Démocrate, tiré de démocratie (emprunté du grec dtj^oxqatla).
Diplomate, tiré de diplomatiey de diplomatique (diploma tiens, de diploma).
Mélomane, tiré de mélomanie.
Monomane, tiré de monomanie.
4^ 1ER. Â côté des dérivés en -ler on trouve parfois des infinitifs en -er: jardinier— jardiner. C'est sur ce modèle qu'on a créé les verbes charcuter et flibuster à côté de charcutier et flibustier.
5^ IQUE. Des adjectifs en -ique sont souvent tirés de substan* tifs en ie: chimie — chimique, chronologie — chronologique^ typographie—, typographique^ etc. (voir § 324). Par contre-coup on crée parfois des substantifs en -ie d'adjectifs en -ique: diplomatie, de diplomatique ; enharmonie^ de enharmonique.
6® ON. Sur le modèle de couples comme chaîne — chaînon, cruche — cruchon^ manche — manchon^ etc. on a créé à plusieurs mots en -on des primitifs non-étymologiques. Exemples:
Capuche, dérivé récent de capuchon (emprunté de l'ii ca* puccio).
Gottre, tiré du vfr. goitron (lat. pop. guttrionem) ou de Tadj. goitreux emprunté du prov. goitros.
Gui|i:ne (mauvais sort), dérivé récent de guignon (tiré de guigner).
Litre, tiré au XVIII* siècle de litron dont l'origine est obscure.
7® URE. La plupart des mots en -ure sont tirés de thèmes verbaux: blesser— blessure^ couper -- coupure, etc. (§ 296). Par
contre-coup on crée à côté des mots en -are dont l'origine est différente, des verbes en -er: nerférer, tiré de nerférure; vermouler, tiré de uermoulare.