‹ Grammaire historique de la langue française (volume 3)Chapitre 77 sur 124 · Substantifs verbaux masculins · texte numérisé non relu

Substantifs verbaux masculins

1® Dérivés de verbes en -cr: aboi(s), accord, accroc (§ 70), achat (§ 547), aguet, amas, appareil, appeau (II, § 313), appela appui, arrêt, aveu, babil, bal, branle, calcul, cintre, coût, cri, début, dédain, défi, dégel, destin, détail, écart, échange, effroi (I, § 159), embarras, entrechat (I, § 99), envoi, flair, galop, labour^ mépris, oubli, pardon, pleurs, pli, propos, recul, reflet, refus, regret, repos, reproche, retard, retour, réveil, rot, séjour, souci, souhait, soupir, transport, trépas, tricot, troc, trot, trouble, viol^ vol, etc. Sont propres à la vieille langue: acost, acul, adorn ou adour (ornement), adoub, afeu (affouage), agart (inspection, inspecteur), aleu (location), apreci, baail (bâillement), chaple (coup violent), clain (cri), despuel (dépouillement), dessoivre (séparation), esbanoi (amusement), escri (cri), esme (apprécia-

tion), frap (coup), gazouil, livre (livraison), pri, ronfle, ruef ^demande), tast (toacher), etc.

2® Dérivés de verbes en -ir: accueily bondy choix, départ, entretieny maintien, offrey recueily ressorty rôt, A l'ancienne langue appartiennent assent (assentiment), consent, cueil, desvest (dévêtissement), glapy glat (aboiement), ment, etc.

3® Dérivés de verbes en -re: abat, bat y combat, débat y défend(s), ébat, mordy rabat, rebat, refend, refrain (I, § 305, 7), revif. A l'ancienne langue appartiennent: contrebat (difficulté), destort (détournement), entrebat (interruption), sourt (source), etc.

543. Changements phonétiques. L'apocope de la terminaison est souvent accompagnée de différents changements phonétiques du radical. A cause de la concordance qui existe entre les substantifs verbaux et les formes rhizotoniques du présent de l'indicatif: crier — je cri(e) — un cri, offrir — f offre

— un offre, les particularités phonétiques propres aux formes verbales sont aussi introduites dans les substantifs: soutenir

— je soutien(s) — un soutien, etc.

Remarque. Les chaDgements phonétiques ne se trouvent que dans les substantifs verbaux masculins, jamais dans les* féminins; de clamer on avait tiré au moyen flge clain et clame, de relever, relief et relevé,

544. VoTELLES. Les voyelles inaccentuées de l'infinitif en devenant accentuées se changent de différentes manières, dont voici les principales:

1*^ a > ai (cf. II, § 24): vfr. clamer — clain, vfr. manoir — main.

20 a > e (cf. § 47): vfr. abaer—abé.

3*^ e > ie (§ 59): maintenir — maintien, soutenir — soutien, relever — relief; on trouve au moyen âge aussi grever — griefy lever — lief, tenir — tien,

4<> e > ci (§ 60): vfr. agréer— agroi, d'où agrès (§ 547), vfr. conreer — conroi, maintenant corroi; enteser — entois (action de tenir son arc tendu); vfr. esfreer — esfroi, effroi; espérer — espoir; vfr. sevrer — soivre,

5*^ ci > I (voir II, § 28): vfr. denoiier — déni; vfr. noiier — ni; y fr. ploiier — pli; vît. proiier—pri; vfr. renoiier — reni, etc.; on trouve aussi des formes analogiques avec oi: denoi, ploi, etc.

6® o(u))eti (cf. § 58): avouer— aveu; à la vieille langue appartiennent afouer—afeu (affouage), aloer—aleu (location), enfoer — enfeu^ plorer— pleur. Pour les créations nouvelles, le passage à -eu ne s'observe plus: labourer — labour.

1^ o(u) > ue (cf. I, § 301); ce changement est propre à la vieille langue : mouvoir > muef (§ 546, s), rouver > ruef (demande), trouver > truef (épave), vouloir > vueil (volonté).

8^ Devant une consonne nasale devenue finale, la voyelle se nasalise: vfr. clamer — clain, gagner — gain, etc.

546. Consonnes. Les consonnes qui précèdent la terminaison de rinfinitif subissent dififérents changements en devenant finales: les sonores &, d, v deviennent les sourdes p, ty f (I, § 314, s), le n mouillé perd son mouillement, le n dental peut tomber, etc.; voici quelques détails:

1® b > p (voir I, § 379,2): vfr. gaber > gap; l'analogie peut amener la conservation du &: on trouve ainsi gab, comme adoub (de adouber) et radoub.

2® c [ts] (voir I, § 307, 3) se conservait dans la vieille langue: esforcier — esforz, eslancier — eslanz, entercier — enterz, esclicier — escliz, recomencier — recomenz, etc. De ces mots la langue moderne a gardé eslanz et esforz sous les formes altérées élan et effort.

3^ ch est parfois remplacé par c (cf. § 69): accrocher — accroc, déjucher — déjuc; raccrocher — raccroc, tricher — vfr. trie. Dans d'autres cas on conserve la chuintante : relâcher— relâche, reprocher — reproche (comp. charger — charge, échanger — échange).

4^ d > t (voir I, § 395, «). Ce changement est propre à la vieille langue: accorder — accort, comander — comant, mander — mant, etc. Dans la langue moderne acort a été remplacé par accord.

5^ gn > (i)n (voir I, § 336, 1): vfr. bargaignier — bargain; vfr. desdaignier — desdain, dédain; vfr. desseignier — dessein; vfi". gaignier — gain; vfr. meshaignier — meshain, etc.

60 1 > [X] (cf. II, § 121): vfr. doloir—dueil, vfr. valoir— vail, vfr. voloir — vueil.

70 1 > u, devant une consonne (I, § 342). De appeler on a tiré appel qu'on munit de la marque du nominatif, d'où appeaus (I, § 238); la langue moderne présente les doublets appeau et appel (voir II, § 313).

- 8® n, après un r, disparaît (cf, I, § 327, Rem.): détourneradétour, retourner — retour^ séjourner — séjour; vfr. escharnir — eschar.

. 9® V > f (voir I, § 449): élever— élef; relever— relief; on trouve dans la vieille langue lever — lief, mouvoir — muef, trouver — truef.

547. Cas particuliers. Quelques formes demandent des explications spéciales:

Achat a été tiré de Tancienne forme achater (voirl, § 169); il Ta emporté sur achet, dérivé plus récent, tiré de acheter, après beaucoup d^hésitations. Nicot ne connaît que achet; Cotgrave (1611) renvoie d'achat à achet; Monet (1635) donne les deux formes, Duez (1639) ne cite qu' achapt

Agrès est pour agrais, agrois (I, § 159), pluriel du vfr. agroi (armure, équipage), tiré de agréer.

Amers est peut-être pour amercs, pluriel de amerc^ tiré du vfr. amerquer (marquer).

Appeau, doublet de appel; voir II, § 313.

Bagou; on dit en picard bagout, ce qui paraît indiquer un dérivé de bagouler (conservé dans débagouler).

Bascule est une altération de bacule, tiré de Tancîen verbe baculer (I, § 529).

Croît; la forme régulière serait crois qu'on trouve dans la vieille langue; le /, qui ne s'introduit qu'au XVP siècle, est dû à l'influence du t adventice de croître. De la même manière s'expliquent accroît, décroît^ surcroît.

Décalque, tiré de décalquer sous Tinfluence de calque.

Dessein, tiré de l'ancien verbe desseignier.

Dessin, variante orthographique de dessein, créée au XVII* siècle sous l'influence de l'infinitif dessiner. Richelet (1680) remarque: » Quelques modernes écrivent le mot de dessein étant terme de peinture, sans e après les deux s, mais on ne les doit imiter en cela.c

Effort a remplacé esforz, dérivé régulier de esforcier. L'altération est due à une assimilation aux mots déclinables en -orz.

Élan a remplacé élans (encore dans Trévoux) qui remonte à eslanz, dérivé de eslancier.

Entrechat s'écrivait primitivement entrechas, dérivé de entrechasser.

Go (dans tout de go)y autrefois gob, de gober.

Legs, forme fautive due à une étymologie populaire (I, § 119), est pour laiSy de laisser.

Rachat remonte à l'ancienne forme rachater; comp. achat

Raconte (récit), vieille forme dérivée de raconter^ sous l'influence de conte.

Réchaud, probablement dérivé de réchauffer, sous l'influence de chaud,

Redan, graphie fautive pour redent, de redenter.

Rehaut, tiré de rehausser, sous l'influence de haut

Relais (chevaux frais pour remplacer les chevaux fatigués), pluriel de relai tiré de relayer; comp. Il, § 365.

Rempart, graphie fautive pour rempar, de remparen

Renfort a remplacé renfors, renforz, de renforcier.

Revient, graphie fautive pour revien (cf. soutien, maintien), de revenir.

Taux, pour taus, de l'ancien verbe tausser.

Transfert, de transférer; le / est peut-être dû au latin transfert.

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