LIVRE SEPTIÈME
DÉRIVATION IMPROPRE
638. Nous appelons dérivation impropre le procédé par lequel on tire d'un mot existant un autre mot en lui attribuant simplement une fonction nouvelle, sans avoir recours aux moyens dont se sert ordinairement la dérivation et que nous avons étudiés dans les paragraphes précédents. Grâce à la dérivation impropre les différentes parties du discours peuvent fournir des substantifs, des adjectifs, des pronoms et des particules, et on voit ici mieux qu'ailleurs avec quelle facilité un mot passe d'une catégorie à une autre et combien sont factices, en beaucoup de cas, les limites établies par les grammairiens entre les différents groupes de mots. Comme la dérivation impropre ne change pas la forme des mots et qu'elle repose exclusivement sur la nouvelle fonction attribuée à un mot déjà existant, elle ressort peut-être plutôt de la sémantique. C'est pour des raisons purement pratiques que nous en traitons dans ce volume de notre Grammaire.
639. La dérivation impropre est un procédé dont on se sert à tout moment. On peut ainsi substantiver presque tout mot. Prenons par exemple les pronoms quelqu'un et quelque chose^ et nous verrons comment on peut en tirer des substantifs. P. Bourget écrit: Tout a contribué à faire de ma pauvre personne un demi-quelqu'un ou quelque chose {Pastels^ p. 70). Cette attribution sporadique et individuelle d*une fonction nouvelle
à un mot est un fait assez fréquent; nous le laisserons 4e côté dans l'exposé suivant qui ne s'occupera que des cas réguliers et constants.