VERBES
652. Les formes verbales peuvent donner des substantifs, des adjectifs, des adverbes, des interjections et des prépositions. C'est surtout Tinfinitif et les deux participes qui fournissent les mots nouveaux; on a aussi, mais bien plus rarement, tiré parti de l'impératif et de quelques formes de l'indicatif (le présent, le passé défini, le futur) et du subjonctif (le présent).
653. Infinitif. Dans l'ancienne langue tout infinitif pouvait s'employer substantivement. Cette particularité, qui distingue encore l'espagnol de nos jours et, à un degré inférieur, l'italien, a été très restreinte dans les époques postérieures du français. Pourtant la langue a gardé un certain nombre d'infinitifs formant des substantifs qui s'emploient aussi au pluriel: le baiser, le déjeuner, le devoir, le dîner, F être, le goûter, le parler, le pouvoir, le repentir, le rire, le vouloir, etc. Le loisir, le manoir, le plaisir sont également d'anciens infinitifs. Ajoutons que plusieurs infinitifs ne s^emploient que sporadiquement comme substantifs; citons comme exemple la phrase suivante: Le faire solide et impassible de l'artiste y proclamait une civilisation dure (Bourget, L'étape, p. 412). Cet emploi de l'infinitif est surtout propre à la langue technique. Dans une étude physiologique on examinera par exemple le grimper c. àd. : le mode de grimper, la manière dont les muscles concourenl à l'acte de grimper. En médecine on étudiera le palper. Comp. encore la phrase suivante d* Anatole France (La vie littéraire, IV, 74): Cette entente du parler, du sentir, et du vivre agrestes
(c. à d. de la façon dont on parle, dont on sent, dont on vit à la campagne).
Remarque. Après Tamulssement du -r final (], § 364), il y a confusion entre l'infinitif et le participe passé de la première conjugaison. On hésite entre dtner, après-dîner ^ au déboiter et dîné, aprèê-dîné, au débotté; on écrit fautivement débouché, débridé, défilé, doigté. Un démenti est probablement pour un démentir (comp. II, § 78).
654. Participe présent. Le participe présent forme des adjectifs, des substantifs, des particules.
1® Tout participe présent peut s'employer comme adjectif: aimant, attrayant, chantant, enchantant, lisant, pendant, etc.
2^ Des participes présents désignant des êtres vivants deviennent substantifs; ils sont des deux genres: un amant — une amante (comp. II, § 24), un débutant— une débutante, un mendiant — une mendiante, un participant — une participante, etc.
3^ Des participes présents désignant des choses ou des notions abstraites deviennent substantifs. Ils sont tantôt masculins: le couchant, le croissant, le levant, le montant, etc., tantôt féminins : la Constituante, la courante, la dominante, la résultante, la variante, etc.
4® Quelques participes présents s'emploient comme prépositions, voir § 620; pour les adverbes voir § 599,8.
655. Participe passé. Le participe passé forme des adjectifs, des substantifs, des prépositions.
1® Tout participe passé peut s'employer comme adjectif: aimé, estimé, fini, vaincu, etc.
2® Un participe passé désignant un être vivant peut devenir substantif et présenter les deux genres: un associé — une associée, un fiancé— une fiancée, un marié — une mariée, un révolté — une révoltée, etc.
3® Un participe passé désignant une chose ou une notion abstraite devient substantif. Il est tantôt du genre masculin: un arrêté, un cliché, un fourré, un écrit, un fait, un aperçu, etc., tantôt du genre féminin: Une arrivée, une assemblée, une battue, une saillie, une venue, etc. Sur les vieilles formes du participe passé conservées comme substantifs, voir II, § IIL
4® Plusieurs participes passés sont devenus prépositions, voir §621.
656. Impératif. Limpératir peut Tonner des substantifs et des interjections.
P Substantifs. Formes latines: Le jnbé^ le récipé^ le tollé, un orémus; le premier de ces mots n'est que le commencement d'une prière : » Jubé domine, benedicere« (comp. § 5).
2^ Comme formes françaises nous ne saurions citer que lampon qui est pour lampons (refrain d'anciens couplets satiriques, puis: couplet satirique), et sonnez, terme du jeu de trictrac.
3^ Interjections; voir les exemples cités au § 636.
657. Autres formes. Les autres formes du verbe ont été peu employées pour former de nouveaux mots. Le présent de l'indicatif et du subjonctif, le passé défini et le futur ont donné un petit nombre de substantifs et de particules.
1® Présent de l'indicatif. Nous citerons ici l'ancien adverbe espoir, qui s'employait au sens de 'peut-être', et qui, mis en tête de la phrase, demandait l'inversion du verbe. Exemples: Je remanrai aveques lui un an ou deus ou espoir plus (Esconfie, V. 1534). Espoir trouveroit elle en yaus tout confort et bonne adrece (Froissart, I, 20). Espoir est primitivement la première personne du présent de l'indicatif; il reproduit ainsi le latin (ut) spero; on lui attribuait parfois une fonction verbale, et on le remplaçait même par je Vespoir,
Remarque. Rappelons encore quelques formes latines qui sont devenues des substantifs: Le veto, V accessit, le déficit^ le facit, le placet, le satisfecit, le tacet,
2® Présent du subjonctif. Ce temps se retrouve dans la conjonction soit et dans l'interjection vivat; ce dernier mot fonctionne aussi comme substantif: le vivat — les vivats.
3® Passé défini : Un peccavi, un vidimus (de ce mot on a tiré le verbe vidimer).
4^ Futur: Un lavabo, un pâtiras (un souffre-douleur).