G. CONSONNES FINALES
69. C. Théoriquement les dérivés des mots en c devraient présenter c [k], ch [J], c [s], selon que le suffixe en gallo- roman commençait par o (uj, a ou e (i). En efîet, on trouve à côté de arc les vieilles formes étymologiques archier (-a ri us), archié (-a tu m) et arcel (-ellum), arceler, mais cet état de choses n'est pas général à cause de l'influence troublante de l'analogie qui agit de plusieurs manières:
P Grâce à l'emploi plus fréquent de ch, qui figure aussi au féminin (II, § 417), ce son s'est ordinairement généralisé aux dépens de c; de là des formes comme archet (-ittus), vfr. archeier (-izare), etc.
2^ Sous rinfluence du primitif, l'explosive finale peut rester sans changement: arc—arquet. La plupart de ces dérivés* sont relativement récents.
3^ Enfin sur le modèle de arc — arceau, l'explosive est parfois dans les dérivés récents remplacée par c [s] : jonc — joncer.
Doublets. A côté de eunuque on trouve eunuchisme (tiré du lat. eunuchismus) et eunucisme.
70. Voici maintenant quelques exemples des différents traitements du c final:
1^ Passage (analogique) de c k ch: Bac — bachot. Blanc — Manchet, Manchette, blancheur, blanchir, vfr. blanchoier, etc. (comp. les formes régulières blanchaille, blanchard, blanchâtre). Coq — Cochet. Croc — crochet, crochu. Duc, duché, duchesse. Jonc — jonchaie, jonchet (comp. joncher, jonchée, jonchère). Roc — rochet. Sac—sachée, sachet. Sec — vfr. sechece. Tronc — tronchet.
2" Maintien de l'explosive : Bec — bécard, bécasse, béquette, béqueter, béquille et béquer, béquée, béquet (qui ont remplacé bechier, bechiée, bechiet). Blanc — blanquet, blanquette, blanquier. Roc — rocaille (autrefois rochaille). Roc (persan rokh) — roquer. Comp. Bismarck — bismarckien, Lubeck — lubeckois. Maroc — marocain, etc. Offenbach — offenbachie, offenbachisie, offenbachiser.
3^ Passage de c [k] à c [s] : Balzac — balzacien^ Condillac — condillacien. Comp. musique — musicien. De jonc, J.-K. Huysmans a tiré se joncer.
40 Passage de c à ^ [g]: zinc — zingage, zingueur.
5^ Échange entre c et ^ [5]. A côté de clerc on avait clergie, clergié, clergise, clerjois, clergil; sur l'origine du g, voir I, § 401,2. Comp. hauherc (haubert)— haubergeon.
71. F. Sur le sort de cette spirante sourde il faut remarquer: P Dans tous les dérivés anciens le f final est régulièrement
remplacé par un v (comp. I, § 449; et II, § 408). Exemples: bœuf — bouvet, bouvier, bouvillon; canif — canivet; chef — achever; chétif — vfr. chetiveté; vfr. ef — avette; exclusif — exclusivisme; juif—juiverie; naïf — naïveté; neuf— neuvième; oisifoisiveté, etc.
2^ Depuis longtemps la sourde du mot primitif s'introduit, sporadiquement, dans le dérivé. A côté de neuvième et suavet on trouve ainsi neufîeme (Noël du Fail, II, 239, 279) et suafet, qui gardent la finale des primitifs neuf et suef (su ave m); comp. I, § 450, 2.
3^ Les dérivés tout récents conservent la sourde: bœuf — bœufer; chef—chefferie; soif ^soiffard, soiffer; suif— suiff eux.
Doublets. Dans un seul cas, on garde l'ancienne forme à côté de la moderne. De suif on a tiré suiver, employé encore dans l'argot des marins (voir les poésies de Jean Richepin), et plus récemment (Acad. 1835) suiffer.
72. G. L'explosive a été introduite dans les dérivés populaires de long (comp. II, § 418): longaille, longuet, longueur. On trouve la chuintante [3] dans longer. Comp. Cherbourg — cher bourgeois, Hambourg — hambourgeois, Pétersbourg — pétersbourgeois, etc.; nous avons trouvé slesvigeois à côté de slesvicois.
73. GN. La nasale mouillée [ji] est remplacée par la nasale dentale [nj dans Boulogne — boulon(n)ais, Cologne— colonais.
74. L est remplacé par u devant une consonne (I, § 342): cheval — chevaucher; féal — féauté; loyal — loyauté; principal — principauté, etc.
Remarque. Un pareil balancement entre [o] et [al] se trouve dans bureau — buraliste, fourneau— four nalisie (ouvrier-pâtissier). Comment expliquer ces dérivés curieux? Est-ce que fournaliste (de fourneau) se serait modelé sur journaliste (à côté de journaux)^
75. N. Un m analogique s'est introduit dans quelques dérivés de mots en -ain et -in.
P Sur le modèle de faim — affamé se sont réglés étain—étamer (la forme correcte serait étagner) et plain (pour pelain) — plamée, plamer.
2^ De latin on avait tiré en ancien français latimier; il faut probablement admettre une influence de mots tels que venin (pour venim, de *venimen, altération de venenum) — venimeux, envenimer; sain (vfr. saïn, saïm) — ensimer, essimer.
76. P. Au p (orthographique) de loup correspond un v dans les dérivés: louvard, louval, louvet, louveteau, louvetier, etc.
77. T. Le t final de enfant est remplacé par c dans l'ancien diminutif enfançon; donc, ce mot n'est pas une formation française, il doit remonter à un *infantionem.