ADDITIONS ET CORRECTIONS
§ 5,2 (p. 6). — Sur les mots créés par la réunion des initiales M. E. Philipot observe: »Paul Bourget est bien en retard s'il croit que la prononciation U. T. pour les deux mots complets constitue un signe infaillible de l'origine étrangère d'un individu. Même au moment où il écrivait l'Étape^ c'est-à-dire il y a sept ans environ, il était en retard. Sans doute je reconnais que l'usage de ces abréviations est dû à l'influence anglaise. Il a pénétré d'abord dans les sociétés sportives, et c'est là encore qu'il est le plus développé. Une société sportive ne se désigne jamais que par ses initiales, qui sont souvent très nombreuses. Mais le procédé en question est bien plus répandu que vous ne le dites en dehors de ces cas où l'intrusion anglo-saxonne est palpable. Depuis que je fréquente les universités je n'ai jamais entendu appeler autrement que PCN, le premier examen préparatoire aux études de médecine (il comprend: Physique, Chimie, Sciences A^aturelles). Les PCN sont les étudiants de médecine de 1^^^ année. Ce terme n'appartient nullement à l'argot spécial des étudiants; il est pour ainsi dire officiel. C'est là le cas le plus frappant que je puisse vous citer pour le moment. De même, les Universités Populaires sont très souvent appelées les UP. D'une façon générale, toutes les associations, sportives ou non, se désignent de plus en plus par les initiales, et le public, le grand public admet cet usage et s'y soumet très volontiers. A Rennes, lorsque les étudiants de l'Union Républicaine donnent un bal, on ne parle en ville que du »bal de VU«. Les employés des » Postes, Télégraphes et Téléphones« sont les PTT. Il est vrai que cette
dernière abréviation ne me paraît pas encore bien sortie de l'argot professionnel.*
§ 5, 3 (p. 7). — Dans les différents argots surgissent aussi des abréviations de phrases; citons comme exemple le mot curieux de tala, appartenant à l'argot des élèves de l'École Normale et désignant un élève ou un professeur qui montre une grande dévotion, qui professe un catholicisme sévère. Un tala est un homme qui va-f à la messe.
§ 7 (p. 8). — Aigre-doux. L'assertion de J. du Bellay repose sans doute sur une erreur. M. E. Philipot m'écrit: »Le premier exemple & aigre-doux n'est guère antérieur à 1541. Il a été signalé par M. Chamard dans son édition de la DeffencSy p. 335, n. 1; il se trouve dans Marot, Histoire de Héro et Léandre (éd. Jannet, III, 256):
Or sentoit jà ceste cy les secousses
Et aiguillons des amours aigres doulces.
La première édition correcte de cette œuvre a paru en 1541; mais Marot nous dit dans sa préface qu'il avait déjà paru antérieurement une édition fautive. Je ne sache que Marot ait eu des relations avec Lazare de Baïf. Il serait bien extraordinaire que celui ci fût l'inventeur d'aigredoux. Quant aux autres mots signalés par J. du Bellay, Delboulle a rencontré le mot élégie chez Jean d'Authon (vers 1500, à une époque où Lazare de Baïf était petit enfant); il a signalé épigramme chez Jean Le Fèvre, au XI V^ siècle. «
§ 14 (p. 19). — La grenouille. Rappelons le vers d'Ovide:
Quamvis sint sub aqua, sub aqua maledicere temptant.
(Métamorphoses, VI, 376.)
§ 33 (p. 34). — Couci-couça. M. E. Philipot me signale le curieux exemple suivant: » Attends! Grande comédienne, pas au théâtre. Sur les planches, couci-couça, plus couça que couci, faiblarde, quoi! En revanche, à la ville, immense talent . . .« (Willy, La maîtresse du prince Jean, p. 13). L'auteur semble ici attribuer une valeur péjorative à la nuance en a par rapport à la nuance en /.
§ 55 (p. 44). — Il faudrait encore citer orillon, orillard, orillette, dérivés d'oreille; ils sont à regarder maintenant comme archaïques. Un autre dérivé du même mot se trouve dans le nom propre Lorilleux (voir UAssommoir de Zola).
§ 65,1 (p. 46 1. 17' d'en bas) Golgatha; lire: Golgotha.
§ 70, 4 (p. 49). — A côté de zingage on a aussi zincage. Un passage à [s] se trouve dans les dérivés savants zincides, zincifère, zincique.
§ 71, 2 (p. 49). — Neuflème. Mes renvois à Noël du Fail sont inexacts ; je n'ai pas réussi à retrouver les citations dans mon édition.
§ 88, 3 (p. 55). — Aux exemples cités il faut ajouter bourreau—bourreauder; ce dérivé s'employait au XVIIP siècle (voir Gohin, Les transformations de la langue française pendant la deuxième moitié du XVIII^ siècle. Paris, 1903. P. 249). Moinaud — moinaude. Ce féminin a été employé par Zola (Fécondité).
§ 89, 2 (p. 56). — Aux mots en -an(i) on peut ajouter raban (holl. raaband), dont on a tiré rabaner et rabanter; la première de ces formes est la plus ancienne.
§ 89, 5 (p. 57). — Rabelaitique. Rappelons à titre de curiosité que parmi les nombreuses formes du nom de Rabelais que cite Abel Lefranc (Revue des Études Rabelaisiennes. 1905, p. 48), il y en a une avec un / final : Rabellet.
§ 89,6 (p. 57, 1. 11 d'en bas): sicèle; lire: siècle.
§ 91,2 (p. 60, 1. 1 d'en bas): *roi; lire: roi.
§ 96 (p. 61, 1. 10 d'en bas): rayer: (-andt).
§ 108 (p. 66, 1. 6 d'en bas): comme; lire: comme.
§ 131 (p. 76). Nous avons oublié d'ajouter que le français possède un seul suffixe inaccentué, Ve féminin ; nous donnerons ci-dessous quelques exemples de l'emploi de cette voyelle dans la dérivation (§ 189 bis).
§ 133, 2 (p. 77). — Grange remonte peut-être plutôt à l'adjectif granea (sous-entendu: casa ou domus). De même,
l'origine de maille est à chercher dans la forme féminine d'un adjectif metalleus (comp. argenteus, aureus).
§ 133,3, Rem. 1 (p. 77 1. 1 d'en bas): § 704, Rem.; lire: § 705, Rem.
§ 157, 3 (p. 89). — Devinaille, désigné comme vieilli par Littré et non admis dans le Dictionnaire Général, n'est pourtant pas mort dans la langue moderne; il s'emploie toujours, mais avec le sens de devinette. De même épousaille est encore vivant, mais seulement au pluriel.
§ 189, bis (p. 100). E féminin. Notre paragraphe sur le rôle que joue cette voyelle dans la dérivation a été omis par inadvertance. Dans le volume précédent nous avons montré comment un e féminin final est devenu le signe presque conventionnel du féminin (II, § 393). Nous ajouterons ici que cet e ne sert pas seulement à créer une nouvelle forme grammaticale (un chien, une chienne), mais qu'il s'emploie aussi dans la dérivation propre pour former des mots nouveaux; il s'ajoute surtout à des noms propres, à des noms de personnes ou à des noms de lieux, pour désigner une chose qui d'une manière quelconque tire son origine dudit nom:
Berline, dér. de Berlin, ville où cette sorte de voiture a été fabriquée pour la première fois.
Guillotine, dér. de Guillotin (1738 — 1814), nom d'un médecin français qui proposa à la Constituante l'emploi »d'un simple mécanisme à décoller*, dont il était en partie l'inventeur.
Mansarde, tiré du nom propre Mansard, célèbre architecte français (1598 — 1666), inventeur des combles brisés.
Montgolfière, dér. de Montgolfier, nom de deux frères, inventeurs des aérostats (1782).
Paulette. Nom d'un impôt que le roi faisait lever sur les charges de finance et de magistrature, tiré de Paulet, nom d'un secrétaire d'Henri IV, qui a donné l'avis de cet impôt, et en a été le premier fermier. Le même droit s'est aussi appelé palote, mot tiré de Pâlot qui prit la ferme de la Paulette après Paulet.
Praline, dér. du nom du maréchal du Plessis-Praslin (1598 — 1675), dont le cuisinier inventa ce bonbon.
§ 194, s (p. 103). — Ajoutez aux exemples cités regardeaux (regardelles), terme provincial dont se servent quelques auteurs modernes. Exemple: Ces largesses de latin étaient d'ailleurs compensées par la chicheté de la table où l'on se nourrissait de »regardeaux« (Emile Magne, Scarron et son milieu. Paris, 1905. P. 13). On trouve dans Daudet la locution se nourrir de regardelles.
§ 218 (p. 111). — M. V. Thomsen envisage le développement de -itia d'une autre manière que celle indiquée dans notre texte. Il regarde -ece comme le seul résultat normal et fait remonter -ise à des dérivés en -itia de mots dont le thème finit par ï ou par ï suivi d'une voyelle.
§ 248 (p. 123). — L'explication de MM. Vising et Thomas se heurte, comme l'observe M. V. Thomsen, à des difficultés insurmontables. Le changement de -arium en -erium, commun à presque tous les domaines romans (le roumain seul fait exception), doit remonter assez haut; en tout cas il semble être plus ancien que VUmlaut qui change le germ. -a ri en -eri.
§ 261 (p. 130). — Nous avons oublié de dire que le suffixe -in jouissait d'une grande faveur auprès des poètes de la Pléiade; voir F. Brunot, Histoire de la langue française, II, 192.
§ 282 (p. 130, 1. 2 d'en bas): origine; lire: Vorigine.
§ 370 (p. 174). — Il faut ajouter fantasque. Le premier exemple de ce mot est dans Montaigne ; comme cet auteur était très imbu d'italien, on pourrait peut-être expliquer fantasque comme une abréviation de fantastique^ transformée sous l'influence du suffixe asco.
§ 385 (p. 181, 1. 7): Marguerite; lire: Margueritte.
§ 387 (p. 181). — Le suffixe -elot se trouve encore dans les noms propres Berthelot, Richelot. Rappelons aussi bibelot, dont l'origine est obscure, vfr. dorelot (ou dorenlot), qui avait plusieurs significations (comp. § 28, Rem.), mercelot, ancienne variante de mercerot.
§ 416 bis (p. 190). - OPHOBE, OPHOBIE: ces suffixes d'origine grecque s'emploient dans les créations modernes prêtrophobe, prêtrophobie.
§ 440 (p. 199). — M. E. Philipot me signale une autre formation nouvelle assez employée par les écrivains contemporains:- bêtifier, faire la bête, et, plus particulièrement, parler un langage »bébête« avec les enfants sous prétexte de se mettre à leur niveau.
§ 444, Rem. (p. 201). — Il aurait été plus correct de diviser les verbes danois cités en deux groupes. Dans la langue parlée il n'y a aucune différence entre -isere et -icere; mais c'est seulement la première terminaison qui correspond étymologiquement au français -iser. La terminaison -icere reproduit l'ail, -izieren.
§ 455,4 (p. 207). — Ultra s'emploie aussi comme adjectif: le parti ultra; comme substantif il est déclinable: tous les régimes ont leurs ultras.
§ 486, Rem. (p. 222). — M. E. Philipot fait l'observation suivante sur réfréner: »Oui, le Dictionnaire Général affirme que refréner a triomphé, mais je n'en suis pas sûr du tout. J'ai toujours prononcé et entendu réfréner. Je crois que la tendance actuelle est de prononcer le préfixe ré- plutôt que re-. Le préfixe prend ainsi plus de corps. Ainsi la prononciation rechigner est très employée à côté de rechigner, forme officielle. «
§ 514 (p. 234). — Nous aurions dû tenir compte aussi des quelques composés où le préfixe in- n'a pas une signification négative telle que incérir (mêler de cire), incruster (couvrir d'incrustations), infléchir, insavaté (qui porte des savates).
§ 537, 3 (p. 244). — Sur l'origine des terminaisons -mane et -manie et sur leur emploi dans la langue moderne nous renvoyons aux observations judicieuses de Murray (A new English Dictionary, VI, 120).
§ 540 (p. 247). — En parlant d'adjectifs de formation postverbale, nous aurions dû citer fin, dont nous avons expliqué l'origine et l'emploi au t. II, § 478,3.
§ 552,8 (p. 256). — De la dernière liste il faut rayer veille, dont on trouve aussi le sens abstrait.
§ 558, 4 (p. 263). — Rappelons aussi le composé tautologique projet de bill très employé par les journalistes de nos jours.
§ 560 (p. 363, 1. 7 d'en bas): domenica; lire: dominica.
§ 568, 1 (p. 268). — Aux exemples cités il faudrait ajouter quelques noms de lieu tels que Abbeville et Charleville, dont nous avons parlé dans l'Introduction (I, § 7, 13).
§ 583,2 (p. 281). — Pour e contrario, qui appartient au latin postérieur, on trouve ex contrario chez Cicéron.
§ 585 (p. 281). — Pour l'explication des doublets ore et or nous renvoyons à une belle étude de M. Jules Cornu intitulée Phonétique française (publiée dans les » Mélanges Chabaneau«, Romanische Forschungen, vol. XXIII), et à l'intéressant compte rendu qu'en a fait M. A. Wallenskiôld (Neuphilologische Mitteilungen, 1908).
§ 592 (p. 286). — Nous aurions dû préciser davantage le développement de an te et de post. Ces deux formes classiques ont disparu devant antea, antia et poste a, postia (it. poscia). Après le changement des groupes consonnantiques -ntj-, -stj-, les deux mots ont été munis d'une terminaison comparative -is, -js, prise peut-être au mot m agis [majs]; c'est probablement cette même terminaison qui se retrouve dans loinz.
§ 592 (p. 287, 1. 8 d'en bas): altretent; lire: altretant.
§ 659 (p. 327). — A propos des exemples cités de devant employé comme adjectif, M. E. Philipot me rappelle un vers d'»Amphitryon« de Molière: Du pas devant sur moi tu prendras Tavantage; Je serai le cadet et tu seras l'aîné (III, se. 6). Il cite aussi un passage curieux d*Amyot: .... à raison de plusieurs excellentes qualités ensemble, qui estoient en luy (Périclès, chap. VIII). Ici l'adverbe ensemble se présente avec la valeur d'un adjectif; il se traduirait fort bien par: réunies.
§ 660 (p. 328). — Quasi a suivi le développement de presque et s'emploie souvent dans la langue moderne comme adjectif: La quasi-unanimité. La quasi-certitude.
§ 677 (p. 343). — M. E. Philipot observe qu'il a toujours entendu dire un garden-party. J'ai souvent trouvé une gardenparty dans les journaux; il se peut ainsi que, pour ce mot, il y ait désaccord entre la langue parlée et la langue écrite.
§ 699(p. 358). — Amour. Selon Vaugelas {Remarques, II, p. 107) ce mot est le plus souvent indifféremment du masculin et du féminin; il penche pourtant pour le féminin » selon l'inclination de nostre langue, qui se porte d'ordinaire au féminin plustost qu'à l'autre genre. « Ménage au contraire préfère le masculin. Dans les éditions postérieures, Corneille a corrigé plusieurs vers où il avait d'abord fait amour féminin (voir par ex. Le Cid, vers 1742).
§ 706 (p. 364). — Il faut ajouter argent aux exemples cités de mots devenus féminins à cause de leur commencement vocalique. M. M. Roques écrit: »Le mot argent n'est pas féminin seulement pour le peuple de Paris, mais pour la plupart des patois français, et il en est de même pour aciers (Journal des Débats, 5 février 1903).
§ 726 (p. 384). — Ajoutons légume. Ce mot est généralement masculin conformément à l'étymologie (lat. legumen); il est féminin dans: une grosse légume, les grosses légumes, que tout le monde emploie ironiquement pour désigner les gros personnages, les autorités. Signalons aussi qu'un illustre collègue français vient de nous écrire: »Ce succès est de bonne augure pour la diffusion de nos études communes*.