‹ Grammaire historique de la langue française (volume 4)Chapitre 43 sur 125 · SUFFIXES LATINS DE FORMATION SAVANTE · texte numérisé non relu

SUFFIXES LATINS DE FORMATION SAVANTE

298. Sur les suffixes de formation savante, il faut remarquer:

1^ Ordinairement le suffixe est accommodé à la française : -ation, -aire, -isie; dans quelques cas très rares le suffixe passe tel quel en français: -ana.

2^ Les suffixes savants s'attachent non seulement aux mots français (action — actionnaire) mais aussi à des thèmes latins. Il arrive ainsi très souvent qu'à côté d'un mot français de formation populaire on trouve un dérivé de formation savante. Cette particularité est digne d'intérêt. Comme il existe un certain nombre de substantifs de forme populaire, dont il est impossible de tirer des dérivés, on est obligé, pour créer un adjectif correspondant, de recourir au latin. En voici quelques exemples: Aisselle — axillaire, ancêtre — ancestral, dimanche — dominical^ dos — dorsal, enfer — infernal, évêque — épiscopal, genre — générique, goût — gustuel, île — insulaire, moelle — médullaire, moine — monacal, nez — nasal, oreille — auriculaire, palais — palatal, pou — pédiculaire, pluie — pluvial, pluvieux, voyelle — vocalique.

3^ Les suffixes savants, qui remontent moins haut dans la langue que les suffixes populaires, finissent parfois par les remplacer; ainsi -ation est sur le point de supplanter -aison (§ 168), et -ence est bien plus productif que -ance (§ 172). Comp. aussi le rapport entre -al et -et (§ 303), entre -at et -é (§ 190), entre -ose et -eux (§ 232); et notez la très grande extension qu'a prise -ique (§ 325).

299. AIRE, doublet savant de -ier (§ 248) et de -er (§ 212), reproduit -arius et -aris. Il se trouve dans des mots empruntés: contra ri us > contraire, adversarius > adversaire (la forme populaire aversier a disparu), primarius } primaire (forme pop. premier) vulgaris > vulgaire etc. et dans de nombreuses formations nouvelles. Il s'ajoute non seulement aux radicaux latins: alvéolaire, annuaire, folliaire, lapidaire, patibulaire, mais aussi et surtout aux radicaux français: actionnaire, commissionnaire, égalitaire, humanitaire, mousquetaire, millionnaire, milliardaire, pensionnaire.

300. AL remonte au latin -alis (-aie) dont la forme populaire est -el (§ 205), Des mots d'emprunt en -al se trouvent dès le XP siècle : enfernal, essential, estival, final, historial, impérial, oriental, pastoral, personal, etc. ; on a continué à en introduire jusqu'à nos jours : brutal, capital, causal, central, conjugal, diurnal, dorsal, fatal, frugal, génital, matutinal, rural, sépulcral, temporal, théâtral, triomphal, verbal, vital, etc., etc.

Remarque. Rappelons que dans le Sud-Ouest et moins régulièrement dans l'Ouest et en anglo-normand, -al représente le développement populaire de -alem. Dans les domaines cités hospitalem devient ostal; dans le reste de la France du Nord ostel.

301. Sur le modèle de ces mots, on s'est servi de -al comme suffixe, dès le moyen âge. On l'ajoutait et à des mots français et à des thèmes latins.

P Dérivés de mots français : amial, banal, besognai, costal, fenestral, grevai, hivernal, lunal, poignal, prestral, etc. Colossal, colonial, instrumental, musical, papal, phénoménal, sentimental, etc.

2^ Dérivés de thèmes latins: Vfr. angelical, apostolat, autumnal, evangelical, médicinal, simonial, etc. Buccal, caudal, cérébral, doctoral, électoral, floréal, germinal, guttural, infinitésimal, lacrymal, latitudinal, lingual, longitudinal, ombilical, stomacal, vaginal, vertébral, etc.

3^ Dans quelques cas on trouve des doublets: loyal — légal, chenal — canal.

4** Le suffixe -al est toujours vivant; voici quelques dérivés récents : architectural, auroral, caricatural (Bourget, Voyageuses,

p. 60), fantômal (Zola, Lourdes, p. 218), gouvernemental, obéliscal, pyramidal, spectral. Flaubert a employé aromal, sidéral^ tombal

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