Formations analogiques
P AT n'est pas étymologique dans reliquat, qui est pour reliqua (lat. reliqua); encore en 1694, l'Académie écrit le mot sans t, tout en ajoutant que »quelques-uns escrivent reliquat*.
2® AT a été remplacé par -as dans cadenas < cadenat (prov. cadenat), cervelas (^ cervelat (it. cervellato); par -âtre, dans mulâtre (§ 186) < mulat (esp. mulato); par -ard (-art) dans brocard < brocat (it. broccato), escarbillard (^ escarbillat (gasc. escarrabilhat), surard < surat (dérivé de sureau, § 78); on hésite entre louvat et louvard. Au XVI P siècle, on disait rosar, violar, soldar, pour rosat, violât, soldat.
310. ATEUR, dont la forme populaire est -ëor, -eur (§ 230), reproduit le latin -atorem: On le trouve dans les mots d'emprunt: administrateur, admirateur, adorateur, collaborateur, consolateur, explorateur, etc. Les créations françaises, qui apparaissent surtout dans la langue moderne, sont nombreuses; elles sont toutes tirées de verbes. Exemples: accélérateur, acclamateur, annonciateur, colonisateur, épurateur, extirpateur, fûateur, régulateur, vulgarisateur, etc.
311. ATION reproduit le latin -ationem. On le trouve dans beaucoup de mots d'emprunt : abdication, aberration, adoration, adulation, circulation, considération, flagellation. C'est sur le modèle de ces mots d'emprunt qu'on a tiré de thèmes verbaux des dérivés nouveaux marquant l'action: association, autorisation, bifurcation, canonisation, centralisation, cautérisation, démoralisation, localisation, unification, vaccination, etc. Notre suffixe peut aussi s'ajouter à des thèmes latins: aviation, claustration, majoration. L'emploi toujours croissant de -ation a fini par tuer -aison (§ 168). Notons aussi que les anciennes formes dérivaison, sevraison ont été remplacées par dérivation, séparation.
312. ATIQUE remonte à -aticus; il a été tiré de mots tels que aromatique, diplomatique, dogmatique, énigmatique, flegmatique, etc. Il a peu servi à créer des mots nouveaux; citons emblématique (tiré de emblème probablement sur le modèle de problématique).
313. ATOIRE. Ce suffixe, qui reproduit le latin -atorius, a été tiré de mots d'emprunt tels que adjutatoire, ambulatoire^ conservatoire, consolatoire, etc. Voici quelques formations françaises: accusatoire^ dînatoire, soiipatoire (Brillât-Savarin).
314. ATURE remonte au latin -atura, dont la forme populaire est -ëure, -are (§ 296). On le trouve dans des mots d'emprunt latins comme armature, dictature, littérature, nomenclature, quadrature, température, etc. et dans quelques mots d'origine italienne: caricature, miniature, etc. Quant aux créations nouvelles, elles sont peu nombreuses. Comme -ure, -ature s'attache et aux verbes (français ou latins): fdature, judicature, maculature, signature, et aux noms (français ou latins): arcature, climature, musculature (de musculus), ossature, sacrificature, tablature (de tabula; cf. Fit. tavolatura). Ces exemples montrent que -ature sert ordinairement à désigner l'ensemble des caractères qu'exprime le radical.
Doublets. Le mot populaire armure existe à côté du mot savant armature. La vieille forme populaire temprëure a disparu devant température.
315. ÉEN est une forme collatérale de -zen (§ 246). Il s'emploie surtout pour traduire les mots latins en -sens (-eus): Chaldéen (Chaldseus), Européen (Europaeus), Héracléen (Heracleus), Néméen (Nemaeus), Phocéen (Phocseus), céruléen (cseruleus), éburnéen (eburneus), hyménéen (hymen sens), marmoréen (marmoreus).
Remarque. A côté de -éen on trouve aussi, bien que rarement, 'éan. R. Garnier dit ainsi les voix hyménéanes {Cornélie, v. 256).
316. Le suffixe -éen se trouve aussi dans un petit nombre de dérivés français; il s'attache surtout aux mots terminés par -é, -ée, -ey, -ay, -i, -y:
1^ Dérivés de noms communs: alizéen (de alizé), fuséen, lycéen.
2^ Dérivés de noms de lieux : condéen. Quadeloupéen, nancéen (de Nancy), nouméen (de Nouméa), panaméen, pyrénéen, quimperléen (de Quimperlé), sabéen (de Saba), tarbéen (de Tarbes), vendéen, vitréen (de Vitré).
S^ Dérivés de noms de personnes : Goethe— goethéen (RPhFP, XVII, 149).
317. ENCE, doublet de -ance (§ 172), reproduit le latin -etitia: absence (ab senti a), abstinence (abstinentia), confidence (c o n f i d e n t i a), éloquence (e 1 o q u e n t i a), évidence (e v identia), intelligence (intelligen tia), etc. C'est sur le modèle des mots d'emprunt en -ence, dont on trouve des exemples dès les plus anciens textes, qu'on a créé des mots nouveaux en -ence tirés d'adjectifs en -ent: adhérence, exigence, intermittence, insurgence, permanence, résidence.
Cas isolé. Jouvence, qui remonte au moins au XVP siècle, paraît être une altération du vfr. jouvente (de *ju venta pour juventus); le changement est probablement dû à l'influence du suffixe -ence et du diminutif jouvencel.
318. lAT, forme collatérale de -at (§ 307), s'emploie pour former des dérivés de mots latins en -ius: noviciat (de nov ici us), vicariat (de vi cari us). C'est donc la forme ordinaire des dérivés de mots en -aire: antiquariat, commissariat, honorariat, prolétariat, salariat, secrétariat, volontariat. Il s'emploie par analogie dans margraviat.
319. IBLE est emprunté du latin -ibilis. Il se trouve dès le moyen âge dans les mots d'emprunt: contemptibilis ) contemptible, conversibilis ) conversible (Furetière), convertibilis ) convertible, corruptibili s > corruptible, credibilis > crédible, divisibilis > divisible, flexibilis > flexible, horribilis > horrible, intelligibilis > intelligible, risibilis > risible, etc. Le latin ecclésiastique et scolastique a fourni plusieurs formations nouvelles: comprehensibilis ) compréhensible, concupiscibilis ) concupiscible, disponibilis ) disponible, imperceptibilis > imperceptible, etc.
320. Sur le modèle des mots cités on a créé un petit nombre de dérivés nouveaux. Ils sont tirés soit de verbes latins, soit de verbes français, très rarement de noms français.
P Radicaux de verbes latins: accessible, admissible, amovible, comestible, compatible, compressible, éligible, fusible, indicible, etc.
Ce mode de formation est encore vivant, comme le montrent les mots nouveaux conceptible, explosible, impressible, etc.
2° Radicaux de verbes français: corrigible, exigible, lisible, loisible, nuisible, etc. Dérivé nouveau: répétible (Littré, Suppl.).
3^ Dérivés de noms français: paisible, pénible.
Dans quelques cas il y a eu concurrence entre -ible et -able. Avant de dire nuisible on a dit nuisable; Cotgrave (1611) donne lisable à côté de lisible; la langue moderne admet faisable et faisible; on a eu autrefois pénable à côté de pénible.