A. ÉLIMINATION D'UN PRÉFIXE
534. Nous avons déjà examiné plusieurs cas où le commencement d'un mot a été éliminé à cause d'analogies diverses; la chute d'un a peut ainsi être occasionné par une confusion avec l'article: vfr. Vasprele} la prêle (voir I, § 261); rappelons aussi la décomposition populaire de losange en losange, d'où un osange (I, § 339, Rem.) et celle du vfr. labaustre en la baustre, d'où une baustre (I, § 521). Par pe procédé on crée à un mot une forme nouvelle; nous allons maintenant examiner la soustraction d'une syllabe initiale employée comme procédé de dérivation pour créer des mots nouveaux.
535. DÉ. A l'aide de ce préfixe on forme un grand nombre de mots qui offrent le sens opposé du primitif: botter — débotter, boucher — déboucher, chausser — déchausser, couvrir — découvrir, etc., etc. (cf. § 469). Par contre-coup on crée parfois un primitif nouveau en éliminant dé- d'un mot commençant par cette syllabe. Exemples :
Chaux, tiré de déchaux par Leconte de Liste: Moines blancs, gris ou bruns, barbus ou ras. Chaux ou déchaux (Poèmes tragiques, p. 51). Comnie on avait chaussé h côté de déchaussé
on a eu chaux à côté de déchaux. L'ancienne langue connaissait, outre deschaus, aussi sorchaus (Beroul, Tristan, v. 3731 ss.). Fouiller, qui s'emploie dans plusieurs patois au sens de revêtir (cf. A. Thomas, Nouveaux essais, p. 320), est un dérivé récent de dépouiller « despoliare). On trouve dans la vieille langue empouiller (ensemencer) et empouille, qui appartiennent peut-être au même radical.