‹ Grammaire historique de la langue française. PréfChapitre 67 sur 168 · PARTIE III · texte numérisé non relu

PARTIE III

PROSODIB.

La prosodie est cette partie de la grammaire qui traite des modifications apportées aux voyelles par la quantité et par l'accent Les voyelles peuvent être modifiées de trois manières : l* Dans leurna/ure. (^peut devenir 0 par exemple). L'étude de ces modification? constitue la permutation des voyelles exposées page 91. — 2* Dans leur longueur. Elles peuvent être brèves comme dans patte^ ou longues comme dans pdtre; c'est l'étude de la quantité. Il y a peu de chose à dire de la quantité , sinon qu'elle est très- vague en français : elle n'est sûre que dans les mots tels que mûr (vieux français meûrf matûrus), qui résultent d'une contraction, ou dans ceux comme pdtre (vieux français pa5/r6), où Vs a été supprimée; dans tous les mots de ce genre, la longueur de la voyelle est certaine. — 3* Dans leur élévation. Elles peuvent être toniques (comme a dans célibat) ou atones (comme a dans pardon). C'est l'étude de l'accent. Il y a quatre sortes d'accents qu'il ne faut pas confondre, et que l'on confond souvent : l'accent tonique^ l'accent grammatical^ l'accent oratoire, l'accent provincial.

140 PHONETIQUE.

S i* Accent toniqati

On nomme accent tonique (disions-nous dans Vintroduction de ce livre,», ou simplement accent^ l'élévation de la voix qui dans un mot se fait sur une des sylhbes : ainsi dans raison , l'accent tonique est sur la dernière syllabe, et dans raisonnable il est sur l'avantdemière. On appelle donc syllabe accentuée ou tonique celle sur laquelle on appuie plus fortement que sur les autres. Cette élévation de la voix s'appelait en grec tôvo; ou TrpoacoSia que les Latins ont traduit par accentus. L'accent ionique donne au mot sa physionomie propre et son caractère particulier, aussi l'a-t-on justement nommé « l'âme du mot. » En frai. vais, l'accent tonique n'occupe jamais que deux places : la dernière quand la terminaison est masculine {chanteur, aimer, finir j seigneur), l'avant-demière quand la terminaison est féminine {sauvage, verre, porche). En latin, l'accent tonique n'occupe aussi que deux places; il est sur la pénultième quand elle est longue {cantàrem, amàre, finire, seniàrem), et quand elle est brève sur l'antépénultième (sylvdtïcus, pôrlïcus). En comparant entre eux les exemples latins et français que nous venons de citer, le lecteur remarquera aussitôt que l'accent latin persiste en français, c'est-à-dire que la syllabe qui était accentuée en latin, est aussi Ik syllabe accentuée en français (canf()rem=. chanteur, û7nâre = aimer, fmire=. 6nir, 5e/adrem = seigneur). Ce fait de la persistance de l'accent latin est 'l'une importance considérable, ef

PROSODIE. Ml

c'est, on peut le dire, la clef de la formation de la langue française; j'en ai expliqué l'utilité dans l'Introduction de ce livre, à laquelle je demande la permission de renvoyer le lecteur.

S I. Accent gramnutioal.

, La grammaire française a trois espèces d'accents : l'accent aigu^ l'accent grave, l'accent circonflexe. Pris dans ce sens, l'accent est un signe grammatical qui sert dans l'ortho^'raphe à trois usages diHérents :

!• Tantôt l'accent dénote la prononciation de certaines voyelles, bontéy règle^ pôle; 2° tantôt il indique la suppression de certaines lettres, p^lre (pa^tor), dpre (a5per),ane (a^inus), qui étaient dans l'ancienne langue pastre, aspre^ asnc; tantôt enfin il est employé à distinguer Tun de l'autre deux mots qui s'écrivent de même bien qu'ayant des acceptions diflérentes : du et dû, — des et dès, — la et là, — tu et tû, — sur ei *ur, etc...'.

S t. Accent ontolre.

Tandis que l'accent tonique s'exerce sur les syllabes dans l'intérieur des mots, l'accent oratoire ou phraséologique s'exerce sur les mots dans l'intérieur des

I . Cf. LHuéfDict. hitt.^ y Accent. Ot accenU prammal«ciux qui senrenl de signe iiani I écriiure «ont ir^vdifTérentt dan» le grec e( dans le frant^is qui pouriani les a prn du |<rec. Les accenU aigu, pra*e, circ<>nflfxe, dans le grec, servenl unii|uemefii i nour la syllabe qui a I acceai tunique, et désignent des numicva de cnie inun

phrases. Uaccent oratoire rentre dans le domaine de a déclamation et n'a pu naturellement exercer aucune nfluence sur la transformation des mots latins enmoia rançais*. Nous n'aurons donc noint à nous en occupai ici,

S 4. AMcnt provincial.

OQ désigne sous ce nom l'intonation propre à chaque province, et différente de Tintonalion du bon parler de Paris, prise pour règle. C'est dans ce sens qu'on dit que pour bien parler il ne faut pas avoir d'accent. L'étude de ces inflexions, particulières aux habitants de certaines provinces, ne rentre point dansnotre sujet, et nous devons la laisser de côté.

^ Disons seulement que la prononciation provinciale se borne à donner à un mot deux accents, et à restreindre la valeur de l'accent principal, en lui adjoignant un demi-petit accent.

nation. Dans iiolre langue, au contraire, les accents aigu, grave, cir conflexe n'ont a icun rapport avec l'accent tonique et étymologiqu» t ne sont que -ies signes purement orthograpinq««s« I. Vo}«i 6 I tria. Accent /o/tA. p. a.

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