‹ Grammaire Limousine: phonétique, parties du discoursChapitre 102 sur 119 · I. — Observations générales sur les divers temps · texte numérisé non relu

I. — Observations générales sur les divers temps

Infinitif. — LV finale des verbes en ar, ir et er (atone ou tonique), de l'ancienne langue, est toujours tombée pour ne reparaître qu'au futur et au conditionnel. — En bas-limousin, un t s'introduit parfois après l'a de quelques infinitifs [fa, esta, etc.) pour former liaison avec une voyelle subséquente : fat oco = faire ceci. Rappelons que, dans le même dialecte, l'e de er ne devient pas ei, comme chez nous, après la chute de l'r.- Isoler, voulé et non voulei.

Futur et conditionnel. — L'ancienne langue élidait 1'? àces deux temps dans plusieurs verbes en ir, particulièrement après r et t. Nous ne le faisons plus que dans les verbes mourî et venî. Mais nous continuons à élider Ve des verbes en ei {er), comme on fait en français Voi correspondant : sabQi — sôubrai, reçabei — reçôubrai^. L'e final des verbes en re disparaît aussi naturellement: beûre — beûrai. — En haut et bas-limousin, l'a des infinitifs de la première conjugaison, perdant l'accent au futur et au conditionnel, s'y affaiblit en o.* mm^a -minjorai. — Pourla même cause, les infinitifs paroxytons de la troisième conjugaison qui ont à la pénultième o ou azles affaiblissent respecti-

' Le simple chahi (anc. caher) a deux futurs, correspondant respectivemont à ses deux infinitifs : chnbirni a chalur, choubrai à chaber.

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vement en ou et et : mordre — mourdrô, plaire — pleirô. Ces deux derniers affaiblissements sont communs à tout le dialecte.

Lorsqu' après rélision de la voyelle, Vr se trouve précédée de / ou de n, on intercale un d, et / se vocalise ; si la diphthongue au résulte de cette vocalisation, elle s'affaiblit selon la règle en ùu : venir — venrai — vendrai ; valer fvaleij — valrai — voudrai. Voulei (voler) a donné à la fois voudrai, produit de la vocalisation de 17^ qui est usité en bas-limousin, et voudrai, forme nontronnaise, qui résulte de la chute de 17* après insertion du d.

Les verbes en nhei font aussi leur futur par l'insertion d'un d; mais Vn perd la mouillure: eitênJiei — eitendrai. Du reste, ces verbes ( on en a du moins la preuve pour plusieurs ) avaient dans l'ancienne langue un autre infinitif en ndre. A Tulle, où ngere a donné, non nhe, mais nje, l'e reste au futur iplanjcrai.

Les désinences du futur n'étant autre chose que les formes du présent de l'indicatif de avei, dépouillées aux deux premièrespersonnes du pluriel du radical ay, je renvoie à ce qui aété dit ci-dessus de ces dernières. Ilsuffira d'ajouter qu'à Nontron et en haut Limousin, on préfère am à em à la l""^ pers. du pluriel, et que Ye de la seconde pers. du même nombre s'est diphthonguée en ei^, aussi bien à Nontron qu'à Limoges, bien que cette seconde personne, au présent d'avei, soit, à Nontron, restée en e pur : avê =vous avez; mais chantarei = vous chanterez.

Indicatif présent. Sing. V^ pers. — Tous les verbes, dans l'ancienne langue, sauf un très-petit nombre, avaient deux formes à cette personne, l'une sans flexion, l'autre en i ou e.

' Un autre exemple de chute de la consonne radicale se remarque dans pourai, qui se dit souvent jiour poudrai.

'2 C'est du moins h prononciation la plus ordinaire; mais on jironoiico aussi quelquefois é rv'ouré = vous aurt-z. Du reste, la diphihongaison d<^ ïé à cette personne remonte assez haut : des textes de Limoges du XV' s offrent simultanément ets et ez. Y. Limousin Instar., p. 405 (année 14IG) : ijardcri'ii'i, adjuvarei/.s, eschivareys, à côté de sirez, faroz, gardarez. La même diphtiiongaison ne s'y remarque pas à la 2' pe^^. plur. des aulre> temps.

La forme sans flexion était la plus usitée, du moins dans l'âge d'or de la langue. Mais la seconde ne tarda pas à prévaloir et elle est seule aujourd'hui en usage, sauf dans sabei, où sai persiste dans quelques locutions à côté de sabe, et dans quelques autres verbes où, manquant déjà dans l'ancienne langue , elle n'a pas été introduite ; ce sont anâ (vau), fâ (fau), avei (ai), essei (sai). Des deux flexions i et e, la première est celle qu'on rencontre le plus souvent dans les anciens [textes ; elle est encore en usage sur quelques points extrêmes du territoire de notre dialecte, mais c'est la flexion e qui est de beaucoup la plus répandue. — 2" persoïine. Sa flexion étant en a dans la !■* conjugaison, elle l'y a toujours gardée; mais elle la perdait souvent dans l'ancienne langue aux autres conjugaisons (sauf l'inchoative) où cette flexion était en e : ainsi partes et partz, moves et mous, sabes etsabs. Les formes à voyelle flexionnelle senties seules qui aient persisté chez nous, et en général dans tous les dialectes ; nous ne disons donc plus que pârtei, dîsei, sdbei, pour tu pars, tu dis, tu sais. — 3* personne. Régulièrement cette personne n'avait pu garder sa voyelle flexionnelle qu'à la 1 "''' conjugaison où cette voyelle était a, et dans quelques verbes de la 2'^ (non inchoative) et de la 3* où, bien qu'elle fût e (î), une loi phonique particulière exigeait son maintien, par exemple après les groupes composés d'une muette et d'une liquide {ùr., etc.). Il en est encore ainsi dans notre dialecte; seulement, la voyelle d'appui que nous donnons dans ce dernier cas à la consonne ou aux consonnes finales du radical, au lieu d'être e comme dans l'ancienne langue, est o, d'après l'analogie delà l'" conjugaison. Ex.: ofrir — ôfro; cubrî — queûbro ; sufrî — seûfro; ôuvî — auvo ; culî—queûllio *.

Dans les verbes où, selon la règle générale des deux dernières conjugaisons, la flexion de cette 3" personne est tombée, sa chute a entraîné, soit celle de la consonne précédente,

* En provençal moderne, on a conservé en pareil cas l'ancien e. Mais on l'a prêté à beaucoup de verbes (jui étaient autrefois et sont restés chez nous sans flexion : rende, courre, respouende, etc.

soit d'autres modifications du radical. Si la flexion est précédée de deux consonnes, la dernière seule tombe, à moins que la première ne soit une s, auquel cas celle-ci, que l'ancienne langue avait conservée, tombe aussi : rendre — ren ; roumpre — roum; junhei — jun;planhei — plan* ; mordre — mor ; parti — par ; mais flw^-^ (loris = florescit. Si une seule consonne précède la flexion, elle tombe également, excepté r, qui reste en état, et l, v et c, qui se vocalisent, le dernier seulement après a. 1° Chute pure et simple : poudei — po ; batre — ha ; sabei — sa fsoj ; segre — se; tenei — te ; vent — ve ; cousei — cou. Dans Tancienne langue, en pareil cas, la consonne radicale, excepté n, tombait rarement et au contraire elle se renforçait: poder —pot; segre — sec. Par exception la chute de c? a été compensée par la diphthongaison de Va et de IV précédent dans vai = vadit, creii = crédit, veïi ■= videt. 2° Vocalisation : l devient u après a, e, o, et une diphthongue en résulte : valet — vau ; boulei — vôu (*volit), dôure-dôu (dolet). Après u il tombe ou se change en r : bulî-bû et bur. Pareillement v devient m et forme diphthongue après e, i, o : deûre {devei) — deù, beitre {bever) — beû ; viure {vivere) — viu, d'où vieu et par réduction veû ou vî; mover-môu. Par exception il est tombé après a dans a (o) de avei. Enfin c devient i après a dans fai = facit, jai = jacet, plai = placet, dont la seconde forme platz (plas) reste aussi encore usitée (/î/d) . — Pluriel, i''^ personne. Aujourd'hui en em dans tous les verbes, sans exception. Sur la substitution de cette flexion à Vam étymologique de l'anciene langue, dans la 1'" conjugaison, voir ci-dessus, page 234. — 2® personne. Ici la P" conjugaison reste distincte des deux autres, ayant gardé sa flexion propre, â-=.as (atz). L'etz des verbes en ir et en cr a gardé à Nontron, selon la règle, son e sans le diphthonguer, ce qui y empêche toute confusion avec la 2*^ pers. du singulier, où au contraire la diphthongaison s'est normale-

* Dans l'ancienne langue, les deux consonnes persistaient ensemble, c'est-à-dire que l'n restait mouillée à celte personne comme aux autres; mais on a vu dans la. Phonétique que notre dialecte n'admet pas Vn mouillée en finale.

ment produite : vendei^=s- vendes, mais vendes vendetz. A Limoges, au contraire^ comme je l'ai déjà observé, la diphthongaison se produit aujourd'hui au pluriel comme au singulier. — 3" personne. Le latin avait, pour cette 3" pers., trois désinences différentes : ant (amant), enf [monent), unt (legunt), qui devinrent respectivement en langue d'oc an, en et on ou o.La première resta toujours propre à la 1" conjugaison dans les dialectes (le languedocien, par exemple) qui la conservèrent ; mais les deux autres furent prêtées indistinctement aux verbes de toutes les conjugaisons. Le Donat provençal les mentionne comme également légitimes; mais on voit par les textes que la flexion o parait avoir été préférée dans l'âge classique de la langue. C'est encore celle du bas Limousin (ow); mais le haut Limousin et le Périgord limousin ne connaissent que en, employée déjà exclusivement dans le poëmë de Boëce et d'autres textes presque aussi anciens dont l'origine limousine paraît certaine.

Imparfait de I'indicatif. — Le 6 de la flexion latine^ toujours maintenu sous forme de v à la V^ conjugaison, disparut, dès le principe, dans les deux suivantes*.Delàla forme nouvelle ia =. éam ou iéam, Ye ayant subi la mutation en i ordinaire en pareil cas. Cette désinence, ici et, par conséquent, au conditionnel de tous les verbes, était dissyllabique à toutes les personnes et s'accentuait ainsi: ia, ias, ta, iâm, iâtz. ian. Mais aujourd'hui, grâce à la synérèse qui s'est toujours produite en pareil cas, elle est partout monosyllabique et l'accent ne repose plus nulle part surl'e qui, de voyelle, est devenu consonne [yf. Cette

* Quelques variétés du gascon ont conservé le h dans ces conjugaisons; mais ce dialecte était considéré par les troubadours et les écrivains de l'âge classique comme une langue étrangôro, et non sans raison, car il ne différait guère moins du limousin que le français ou l'espagnol. Voir là-dessus un passage très-explicite des Leys, If, 388, et se rappeler le descort de Rairabautde Vaqueiras aras quan vei verdcjar.

2 Cela est si vrai que, lorsque la consonne précédente est n ou i, on peut écrire, et plusieurs, Foucaud entre autre?, écrivent souvent yna {nha) el

synérèse est ancienne dans la langue. Les œuvres en vers du XIV* siècle en offrent de nombreux exemples ; on en trouve même au XIII", et il y en a déjà deux ou trois dans Boëce, T. 66 : volia tradar (4 syllabes),v. 70 : quel solient a/Mc?ar(6 syllabes), v, 188; anz avia plus de mil (6 syllabes). Cf. v. 193 : no comprari'om (4 syllabes). — Pour la 3° pers. du pluriel, l'ancienne langue avait, dans toutes les conjugaisons, trois formes, l'une en aw, la seconde en en, la troisième en on (o). La première, seule étymologique, est seule restée à Nontron et à Limoges ; la 3" est seule usitée à Tulle; la seconde, qui est celle des monuments les plus anciens de la langue, mais qui fut peu usitée dans l'âge classique, existe encore dans plusieurs cantons du Périgord.

Subjonctif présent. — J'ai peu de chose à ajouter aux observations déjà présentées ci-dessus, pages 235, 244 et 262. Dans l'ancienne langue, les 1", 2*, et 3^ pers. du singulier, ayant leur voyelle flexionnelle en e dans la 1" conjugaison, la perdaient en général, selon la règle. Elles la gardent toujours aujourd'hui*. — Contrairement à ce qui a lieu au présent de l'indicatif, on diphthongue presque toujours, à Nontron, Ye de la 2" pers. du pluriel, ce qui la rend identique, sauf l'accent, à la 2« du singulier : que vou chantei= que vos chantetz. — La 3' pers. du pluriel avait, dans l'ancienne langue, reçu, comme à tous les autres temps, outre les flexions an et en, la flexion nu (o); cette dernière reste seule usitée à Tulle [ou).

Dans des dialectes voisins, haute Auvergne, haut Quercy, Velay, on a laissé tomber en désuétude la V^ et la 2" personne du pluriel, et l'on se sert en place des personnes correspondantes de l'imparfait du même mode. C'est juste l'inverse de ce qui a lieu souvent en français dans le langage familier.

Hia (Iha) pour nia et lia. En voici un exemple du XI V« s. : ralka r=^ valia ^^valehaL (Coutumes de Limoges, dans Lim. hist., p. 626;.

' En bas-limousin, une trace de l'ancien usage est restée dans la locution Diau vous aju! et non vous ajude = Deus vos *adjutei.

PARTI !:S DU DISCOURS 27f)

Impératif. — Dans toutes les conjugaisons, la 2" personne du singulier est semblable à la 3" du présent de l'indicatif; la 2^ du pluriel à la personne correspondante de ce même temps: chanto — chanta. ; par — parte; te — tenê; ven — vende; cr eu — crezê; fai — fazè. Exceptez les verbes veire, qui fait vei — vê (anc. veez) et avei, essei, sabei et dire, qui tirent ces deux personnes du subjonctif présent : ayo — ayâ; sio —siâ ; sâcho — sachâ; dijo — rf^)a^ — Quant à la 1'® pers. du plur., c'est, dans tous les verbes, à ce dernier temps qu'elle est empruntée.

Remarque.— Lorsque le verbe est accompagné de la négation, au lieu d'employer l'impératif, c'est, comme dans l'ancienne langue, du subjonctif que l'on se sert ; seulement, à Nontron, on emploie exclusivement pour le pluriel la forme en et («?), réservant pour le singulier la forme en à, qui, dans les autres emplois du subjonctif, y est, comme on l'a vu, inusitée ou peu usitée aujourd'hui. Ex. : ne bevâ pd, ne min/à pâ, ne partû pâ; et au pluriel : ne hevei pâ, ne minjei pd, ne partei pu. — Quelques-uns emploient aussi , du moins dans certains verbes, l'impératif avec la négation, à l'exemple du français ; mais cela est rare et contraire au génie de la langue.

Participe présent. — La flexion an, qui en français fut, comme on sait, attribuée dès le principe aux verbes de toutes les conjugaisons, est restée en limousin, comme elle l'était dans la langue classique, et conformément à son origine, particulière à la première. Dans le provençal moderne et dans le languedocien, on a souvent, comme en français, confondu à ce temps la première conjugaison avec les deux autres, mais c'est alors la flexion de ces dernières [en] qui a prévalu*.

* Remarquez que ces formes diffèrent de celles qui sont aujourd'hui usitées, ou exclusivement, ou le plus ordinairement, au subjonctif présent lui-même. Cela vient de ce qu'allasse sont moins éloignées que ces dernières des formes primitives.

-Signalons aussi, en passant, dans le dialecte languedocien, d'autres participes présents, irrégulièrement formés sur le radical du prétérit ; counouqum= counaissan' (Alais); vouqaen «— voulant (Montpellier),

Dans l'ancienne langue, selonla règle générab des adjectifs communis generis, le participe présent ne prenait pas la flexion féminine ; il reste dans la langue actuelle quelques traces de cet usage : lajazen .■= la gisante, c'est-à-dire l'accouchée *; unn hadan = une criarde ; 'nâ talhan = des ciseaux. Par suite probablement d'une fausse assimilation, on fait aussi quelquefois, malgré son origine, l'adjectif counten (eontentus-ta) des deux genres [fei bien counten = elle est bien contente), comme si c'était un participe présent.

En dépouillant le dictionnaire de Béronie, j^ai relevé quelques participes présents irrégulièrement formés sur l'infinitif: fan, de far; diren, de dire ; beuren, de béwe ; creiren, de creire; veiren, de veire'^. Je ne sais si ces participes sont usités ailleurs qu'en bas Limousin, mais la variété nontronnaise n'en connaît pas de pareils ; les formes classiques fasen, disen, beven, oresen, vesen^ y ont seules cours. Il en est de même en haut Limousin ; là pourtant on dit aussi fan.

Prétérit, l. — Dans notre prétérit, tel qu'il est aujourd'hui constitué, trois personnes seulement sont conformes à celles de l'ancienne langue. Ce sont la 1" du singulier et la 3» des deux nombres : dans la 1" et la 3= conjugaisons, ei, é (anc. et ou ec], êren; dans la 2®, î, i (anc. it ou ic), iren. A Tulle, ici comme dans tous les autres temps, la 3* pers. du pluriel est en ou (anc. on ou o), non en en. — La flexion ei des P* et 3®conjug. se réduit souvent à î, ce qui la rend identique à celle de la 2^. — Les variétés de notre dialecte, qui, comme celle de Nontron, n'admettent pas l'allongement en igu aux verbes en ir, sont aussi les seules qui aient la série

etc. Même faute àMontauban : venguen, prenguen==' venant, prenant. Ce sont là de véritables barbarismes, que ceux qui écrivent dans les dialectes oii ils ont cours devraient éviter.

' Jazen ne s'omploie plus que dans ce sens. Lajazen avait autrefois son pendant dans la levan, qui ne se dit plus, et dont on trouvera plusieui? exemples dans un curieux document de 1436, inséré dans le Limousin historiqup, pag. 410 et suivantes.

- Les formes régulières beven, cresen, etc., persistent d'ailleurs à côté.

des flexions en i, disant, par exemple, senti, où Limoges et Tulle disent sentigué.

On remarque assez fréquemment, en ancien français, l'élision de Yr flexionnelle des prétérits forts, particulièrement après s. Ex. : misent, pour misrent (miserunt). L'italien a eu et conserve encore de semblables formes : misono, feciono, etc. On en trouve aussi dans notre vieille langue, non-seulement après s, mais encore après d'autres consonnes, surtout g^. Ex. : aucizo, saubo, vengon. Ces formes paraissent n'avoir été particulières à aucune province. Je ne sais s'il en subsiste encore quelques-unes dans d'autres dialectes ; mais le limousin n'en a pas et ne peut en avoir, n'ayant pas, comme on l'a vu, conservé de parfaits forts.

II. — La 2^ personne du singulier, la l^" et la 2^ du pluriel, sont aujourd'hui, à Nontron, pour la l'^ conjugaison et la 3% êrei, êrem, êrei; pour la seconde, irei, irem, irei. A Tulle et dans plusieurs cantons du Périgord, la finale est en a : era, eram, era. Les formes classiques en es, em; is, im, ne sont pas encore tombées partout en désuétude; ainsi dans quelques contrées de la Corrèze, du côté de l'est, la 1" et la2e personne du pluriel sont en em, es; im, is, selon les conjugaisons ; mais la seconde du singulier est en ères, iris. A Tulle même, au commencement de ce siècle, si l'on doit s'en rapporter àBéronie, les formes classiques auraient été encore les seules usitées, ou du moins les préférées. En effet, on ne trouve pas dans le dictionnaire de cet auteur un seul exemple des formes actuelles, et il y en a au contraire de très-nombreux des formes anciennes tels que onen = nous allâmes, meten = nous mîmes, ôuvin == nous ouïmes, pregués=. vous prîtes, etc. .Je n'y ai pas rencontré d'exemple de 2° pers. du sing.

J'ai déjà dit que Gérard de Rossillon offre en grand nombre de ces formes de prétérit en era, ira, et qu'il n'est guère permis de leur attribuer, dans ce poëme, une autre origine que le plus-que-parfait latin. Il est remarquable que c'est toujours à la 3* personne du singulier qu'elles sont employées, et que précisément cette 3* personne est une de celles qui ne les

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admettent pas aujourd'hui et la seule dans tous les dialectes de laquelle cela soit certain. C'est là un motif de plus de douter que le plus-que-parfait latin ait aussi donné naissance aux personnes en r, dont nous nous occupons ici.

En dehors de Gérard de Rossillon, les plus vieux textes n'offrent que très-peu d'exemples de ces formes en r. Au XV* s. on trouve dans les Joi/as del gay mber, forée et foretz, donné déjà par les Leys d'amors (II, 380) comme égal à fos (fuistis), et dans le Ludus sancti Jacobi (v. 158 et 165), declararam et declayraren, signifiant tous les deux nous déclarâmes ou nous avons déclaré.

Les textes limousins des XIV», XV^ et XVI» siècles, que j'ai déjà souvent cités, n'offrent jamais pour le prétérit que les formes classiques. Les formes actuelles en r ne commencent à apparaître qu'au XVII' siècle : vouguerey = voulûtes; fugrey (pour fuguereyj = fûtes, dans Sainte Valérie; — nous nous embarqueren, nous ariberen, dans les Lettres de Béchameil (Foucaud, édit. Ruben, pag. v).

Dans plusieurs cantons de la Haute-Vienne, de la Charente et de la Dordogne, entre autres ceux de Rochechouart, St- Mathieu, Confolens, Montbron, Montembœuf, Bussière, Vr, non-seulement des formes qui nous occupent, mais encore de la 3° personne du pluriel, est remplacé par un t. On dit, par exemple : tu beguetei, nou beguetem, vou beguetei, î tjegueten = tu bus, nous bûmes, vous bûtes, ils bm^ent.llenestde même dans la basse Auvergne, et cela au moins depuis le XVIP siècle, comme on le voit dans des noëls de cette époque, où de semblables formes se rencontrent, par exemple : fuguetei, diguetei, coumencetoun {Album auvergnat, p. 144).

Outre ces formes en et (= er), j'en ai trouvé qui ne sont pas moins remarquables dans d'autres noëls du même pays, d'une date un peu antérieure (fin du XVP siècle et commencement du XVIP). Celles-ci sont en em... et toutes appartiennent à la l" personne du pluriel; je ne saurais dire, par conséquent, si la 2^ personne des deux nombres et la 3^ personne du pluriel admettaient aussi cette substitution de w à r ;

PARTIES DU DISCOURS «7t

entremen = entrâmes; anemen = allâmes ; dounemen = donnâmes; b'oubemen = trouvâmes, aguemen = eûmes; contemen = contâmes; pr€gemen = priâmes (Pezant,dans Album auvergnat, p. 76, 81, 82, 83).

Enfin, pour relever ici toutes les formes du prétérit que j'ai observées dans la langue d'oc, je mentionnerai celles où g dur remplace notre r et sur lesquelles M. de Tourtoulon a appelé Tattention dans le tome l""" de la Revue des langues romanes, p. 11 et 232. Ex. : Aimèguem — nous aimâmes ; venguèguem= nous vînmes. Ces formes appartiennent au dialecte toulousain, bien qu'elles soient aujourd'hui inusitées à Toulouse même. Leur existence est attestée au XIV® siècle, nonseulement par la traduction de VAlhucasis, où M. de Tourtoulon {loc. cit.) les a signalées*, mais encore de la manière la plus explicite par les Leys d'amors, qui, du reste, les condamnent, dans le passage suivant (II, 384-386) et dans quelques autres : a E devetz saber que en aquestas personassingulars e plurals se pecca hom soen, quar dizo alqu mangegui, compregui, beguegid, anegui, jlgui, dissigui; tu feguist, dissiguist; cel disshec, beguec; nos disshiguem, begueguem, aneguem ; vos disshiguetz, aneguetz, begueguetz , il dissiguero ; et enayssi de trops autres. Quar hom deu dir yeu mangiey, compriey, begui, aniey, fi (et alqu dizo fezi), disshi; tu fist, disshist; cel dish, bec, maujcc ; nos disshem, fem, anem ; vos dissetz, anetz, beguetz, manjetz ; aycil manjero, disshero, et en ayssi de lors semblans. » Les Leys, ni dans le passage que je viens de transcrire, ni dans aucun autre, n'offrent d'exemples de la substitution du g à Yr à la 3'' pers. du pluriel. Il y a seulement, dans disshiguero, intercalation de igu entre le radical et la flexion. Mais cette substitution, si elle n'avait pas encore eu lieu à l'époque où cet ouvrage fut rédigé, ne dut pas tarder beaucoup à s'accomplir. La version en prose de la Croisade albigeoise

* Ces formes se rencontrent aussi dans les Joyas dei yay saber, dans le poëme de G. Aaelier sur la Guerre de Navarre et dans la version en prose de la Croisade albigeoise .

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en présente un très-grand nombre d'exemples {secorreguen, defendeguen, etc., etc.).

D'où proviennent les formes toulousaines en g et les formes limousines et auvergnates en t, plus haut mentionnées ? J'ai expliqué ces dernières, dans la Phonétique, par une mutation de r en t. Les premières proviennent-elles pareillement d'une mutation de r en g? Cela n'a rien d'impossible, puisqu'on a d'ailleurs la preuve certaine que, dans quelques variétés du dialecte languedocien*, ces deux consonnes permutent ensemble. Mais le rapprochement et la comparaison de toutes ces formes suggère pour les unes et pour les autres une explication différente de celles que j'ai déjà proposées. C'est que ni les formes en r ne proviennent du plus-que-parfait de l'indicatif ou du parfait du subjonctif, ni les formes en ^ et en ^ ne proviennent des premières par mutation de l'r; mais que les unes et les autres sont des créations diverses et indépendantes de l'instinct populaire, cherchant à la fois à régulariser un temps dont la constitution lui paraissait anomal '^ et à en distinguer toutes les personnes des personnes correspondantes des autres temps avec lesquelles elles pouvaientse confondre ^? Il suffisait, pour obtenir ce résultat, d'introduire la syllabe que l'on jugeait caractéristique de la flexion du prétérit, parce qu'elle se trouvait dans l'une des personnes le plus fréquemment employées, entre le radical et la flexion des autres personnes. Cette syllabe fut presque partout l'er (oui'»-) tonique, qui forme la partie essentielle de la 3" pers. du pluriel. Ainsi, dans cette hypothèse, de vend ei ou vend i, vend est, vend em, vend etz, on fit, sur le modèle de vend eren ou vend eron, vend evi, vend ères, vend erem, vend ères. J'ai déjà dit que le 1" pers. du singulier n'a pas reçu cet allongement en limousin et que

* Voyez Revue des langues romanes, IV. 5Q6, souyuel = sourel.

• C'est ce même instinct populaire de régularité qui a fait affaiblir, depuis l'âge classique, c'est-à-dire depuis que la tradition ne fait plus obstacle à l'analogie, tous les anciens parfaits forts.

3 Ainsi amem, ametz étaient à la fois du prétérit et du subjonctif présent; vendem, vendetz, du prétérit et de l'indicatif présent.

la S"* ne Fa reçu nulle part; ce qui s'explique par ce fait que ni Tune ni l'autre ne pouvaient se confondre avec les personnes correspondantes d'aucun autre temps.

Au lieu de Ter de la 3' pers. plur., généralement adopté, ce fut, dans quelques variétés, la flexion de la S" pers, du singulier que l'on emprunta pour allonger les autres. Cette flexion était ec à Toulouse où le t étymologique permutait toujours, comme on le voit dans les Leys d'amoi^s, avec la gutturale dure correspondante, qui, à son tour, si elle cessait d'être finale, s'affaiblissait normalement e'o. g. De là, pour cantar, par exemple, et d'après cant ec les formes nouvelles cantegu^■, cant egues, cant egnem, cant egnets, et la 3"» personne du pluriel, cant egneron ou cant egiion ; la l" forme résultant de l'insertion pure et simple de egu (c'est la seule que mentionnent les Leys), la seconde de la substitution dee^M àer.

Dans les parties du Limousin et de l'Auvergne où j'ai signalé l'existence des flexions en et, ce fut aussi, dans l'hypothèse dont je poursuis ici l'exposition, la 3^ pers. du singulier qui servit de modèle ; ainsi sur dans et, on refit danseii (?), dans êtes, dans eiem, dans êtes, dans eten, par substitution, à cette dernière personne, du ^ à l'r.

Les formes auvergnates de l'* pers. du pluriel en emen = em que j'ai relevées plus haut ont sans doute une origine pareille à celle que je suppose ici pour les formes en er.., egu.. et et. .-y je veux dire qu'elles doivent être de création populaire et résulter aussi du désir d'introduire une distinction sensible, à toutes les personnes, entre le prétérit et les autres temps. Le moyen employé fut ici le redoublement de la flexion à la 1'^ personne du pluriel et peut-être (j'ai déjà dit que les preuves me manquent) l'introduction de cette flexion comme suffixe entre celle des autres personnes et le radical.

En résumé, pour les formes de notre prétérit qui difi'èrent des formes correspondantes delà langue classique, il y a trois explications possibles: ces formes proviennent soit du plus-queparfait latin de l'indicatif, soit du parfait latin du subjonctif, sauf mutation de /' en ^ ou en^ en certains lieux ; ou bien elles

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sont le résultant d'une opération purement mécanique, consistant à introduire devant la flexion de toutes ( moins une ou deux, selon les lieux ) la syllabe caractéristique ( er, et ou ec) de l'une d'elles. Laquelle de ces explications est la vraie ? Peut-être n'est-ce aucune d'elles exclusivement et faut-il préférer, selon les cas, l'une ou l'autre. Ainsi à Tulle, comme en Provence, où les désinences sont en a ( chonteram, chontera), la première explication peut paraître la plus vraisemblable ; à Nontron, où ces désinences sont en e {chantêrem, chantêrei) et où, comme on l'a vu, d'autres motifs s'ajoutent à celui-ci pour faire écarter le plus-que-parfait de l'indicatif, on peut hésiter entre les deux dernières ; enfin, dans les contrées qui ont ^ou </ au lieu de r, chantetem (Auvergne et Limousin), canteguem (Languedoc), c'est la troisième qui semble décidément la plus plausible *.

l®"" IMPARFAIT DU SUBJONCTIF. — Nous u'avouspour cctemps, non plus que l'ancienne langue, que deux séries de flexions : l'une en e pénultième pour la V" conjug. et la 3°^^ ; l'autre, en i, pour la seconde. Il en fut ainsi dès le principe ; cependant le Donat provençal (pag. 16) indique pour la 1" conjugaison, aux trois personnes du pluriel, des formes en a (cantes, cantesses, cantes, cantassem, cantassetz, cantassen ou cantasson, et de même âmes... amassem...^), et il s'en rencontre en effet quelquefois de pareilles dans les anciens textes, par ex. dans Gérard de Bossillon, dans Jaufre et dans le fragment de traduction de l'Ev. de saint Jean plusieurs fois cité.

* J'ignorais, quand j'écrivais ceci, que M. Diez (V. sa Grammaire, trad. franc., II, 304 ) avait déjà proposé cette dernière explication. C'est la seule qu'il adopte, tant pour les formes en r que pour les formes en g. L'autorité d'un tel maître me déterminerait facilement à la préférer moi-même dans tous les cas, si la voyelle flexionnelle était partout e; mais il me reste des doutes relativement aux formes en ra.

' Plus loin, p. 26, le Donai dit expressément que la série des flexions de ce temps, à la V" conjug. comme à la 3% est es, esses, es, essem, essetz, essen ou esson. 11 n'est plus question de assem, assetz. — Les Leys ne mentionnent pas ces formes.

En latin, la voyelle finale était e à toutes les personnes et à toutes les conjugaisons. Lalangue d'oc conserva cette voyelle, mais souvent aussi elle la remplaça par a; de là une double série de désinences s et ssa^ sses et ssas, s et ssa, ssem et ssam, sseiz et ssatz, ssen et ssan. A la 3" pers. du pluriel il y avait, ici comme dans tous les autres temps, une autre forme enow (oj, qui est restée à Tulle [ou).

On a vu par les paradigmes que la 2® série de ces désinences a été, en limousin, préférée à la l'^. Il faut excepter la 3^ personne du singulier, où les désinences de la V^ série, conservées avec celles de la seconde, sont plus usitées que celles-ci * . ANontron Y s finale de ces personnes est tombée sans compensation ; à Limoges, sa chute a presque toujours été accompagnée de la diphthongaison de Ve.

Les plus anciens exemples que je trouve des formes en ssa sont dans le fragment de la traduction de l'Évangile de saint Jean, texte que je crois d'origine limousine, et qui n'en offre en s f= ssem ou ssetj qu'à la l""" et à la 3" personne du singulier. — Les textes de Limoges (XIV^-XVP siècle) n'ont, sauf un très-petit nombre d'exceptions, que des formes en a.

Dans l'ancienne langue, l'e pénultième atone de la 1'^* et de la 2" personne du pluriel s'élidait quelquefois après les gutturales. De là les formes telles que acsem, acses = aguessem, aguessez, qui sont fréquentes dans quelques textes.

2« IMPARFAIT DU SUBJONCTIF. — On a VU plus haut l'origine de cette 2" forme {plus-que-parfait latin de l'indicatif). Dans la langue classique, elle n'était employée qu'avec la signification du conditionnel présent ou passé. Aujourd'hui, dans les variétés de notre dialecte où elle reste usitée, son emploi ne diffère en rien de celui de la première forme et elle ne prend plus, comme celle-ci, la signification du conditionnel que dans

^ Elles le sont exclusivement, à Nontron, dans la 2'= conjugaison (iet non isso), à la 1" et à la 3' personne du singulier, ce qui est conforme à la langue classique, les verbes en ir paraissant n'y avoir jamais reçu à ces deux personnes la flexion o [sPMtis et non sentissa).

les verbes auxiliaires employés comme tels, c'est-à-dire dans les temps composés : vou nen guerâ ri = vous en eussiez ri.

Je ne saurais dire si cette 2" forme de l'imparfait du subjonctif subsiste dans d'autres dialectes de la langue d'oc; je ne l'ai remarquée dans aucun des ouvrages composés en languedocien, provençal, gascon, etc., que j'ai pu lire. Même en limousin, son domaine paraît assez limité. On ne la rencontre jamais ni dans Béronie, ni dans les poètes du haut Limousin, Foucaud, Richard et autres. Je n'ai pu constater son existence que dans quelques communes des cantons de Nontron, St-Pardoux-la-Rivière, Bussière, Montbron, Montembœuf et des cantons voisins de la Haute-Vienne. A Nontron même, on ne s'en sert pas.

La 1" et la 3* personne du singulier sont tombées en désuétude; c'est pourquoi je les ai placées entre parenthèses dans les paradigmes précédents. On les remplace par les personnes correspondantes du l*"" imparfait, en ê = es. Ex. : venguê, venguérâ, venguê, vengueram, venguerâ, venguéran. Voilà comme, à Javerlhac par exemple, commune très-voisine de Nontron, on conjugue aujourd'hui l'imparfait du subjonctif de venî.

Participe passé. — On a vu que chaque conjugaison a, ici comme à l'infinitif, une désinence différente : a — ado la première, i — ido la seconde, u — udo la troisième. Cette dernière est gu — gudo dans les verbes qui prennent g au prétérit : ipngué — tengu.

L'origine des flexions a et / est évidente. C'est àtum et itum des conjugaisons latines correspondantes. Celle de la flexion u doit être cherchée, non dans le latin classique, qui, pour les 2"* et 3* conjugaisons, fondues dans notre 3* , n'a que ïtum et tum, mais dans le latin vulgaire. Il est probable que Vu radical, qui, dans quelques participes de ces conjugaisons, tels que minûtum, précède la désinence, fut considéré comme flexionnel et qu'on le prêta à la plupart de ceux qui n'avaient que tum ou ^tum.

Bien que nous n'ayons plus de prétérits forts, nous avons

PARTIES DIT DISCOURS g'if.

conservé un certain nombre de participes passés de cette catégorie. Je les ai signalés chacun en son lieu. Plusieurs, comme on l'a vu, font double emploi avec des participes faibles usités concurremment et auxquels ils sont, selon les localités, ou préférés ou sacrifiés.

II. — Modifications euphoniques de la dernière voyelle ou diphthongue radicale

On a vu, dans la Phonétique (chap. II et III), les lois qui règlent le maintien ou le changement d'état des voyelles et des diphthongues, et la différence de traitement qui résulte pour elles de la place de l'accent tonique. Comme cet accent, dans la conjugaison, est mobile et repose tantôt sur la flexion {cant-dmus), tantôt sur la voyelle ou diphthongue radicale {cunt-o)^ il s'ensuit fréquemment que cette dernière n'est pas la même aux formes à flexion atone qu'aux formes à flexion tonique. Je vais énumérer toutes les variations qui proviennent de cette cause, en suivant l'ordre alphabétique des voyelles et on notant au fur et à mesure celles que les textes nous permettent de constater dans l'ancienne langue. La voyelle ou diphthongue figurant en tête de chaque article est celle de l'infinitif, et, plus généralement, des formes à flexion tonique *; mais il est essentiel de remarquer que la voyelle primitive s'est souvent mieux conservée ou a subi des modifications moins profondes dans les formes à flexion atone. Régulièrement, ces dernières sont les trois personnes du singulier et la 3* personne du pluriel de l'indicatif présent, de l'impératif et du subjonctif présent *. Mais il y a fréquemment, comme on

* C'est toujours sur la prononciation nontronnaise que je me base, sauf à noter les différences que présentent les autres sous-dialectes.

• Il faut excepter les verbes en i inchoatifs, dont toutes les formes, sans exception, sont accentuées sur la flexion ou, ce qui revient au même, sur le suffixe iss qui la précède. — Dans la plupart des verbes de la 3' conjugaison, la flexion de l'infuiitif est atone; mais la voyelle radicale y reste

le verra plus loin, des infractions à la règle, la 2" personne du singulier étant sujette à avancer l'accent; la l'" et la 2^ du pluriel, au contraire, à le reculer.

L'accent n'est pas la seule cause des modifications que nous étudions ici, mais il en est la principale, et, pour abréger, je ferai dans ce qui va suivre abstraction de l'autre. Cette autre cause, on l'a vu aussi dans la Phonétique, c'est la présence d'un a long (ajoutons ou d'un a nasal), même atone, à la finale. Sous l'influence de cet a^ la voyelle ou la diphthongue tonique subit les mêmes affaiblissements que si elle perdait l'accent. Ex. : î porte — tu pourtâ; î aiguë — tueigâ; î lauve — tu lôuvà; î jeugue — tu jugà; quH pourtan, eigan, lôuvan, jugan. Ainsi tout ce qui est dit ci-après des formes à flexion tonique, dans le limousin moderne, doit être entendu également des formes à flexion atone en à ou aw.

Nasale ou en position, cette voyelle ne subit de modification d'aucune sorte : parti — parte; chanta, chante. Si elle est brève, elle s'allonge : jâpâ — jâpe.

En haut-limousin, la diff'érence entre les formes à flexion atone et les autres est plus grande, parce que l'a bref s'y est affaibli en o .* jopâ — jâpe; plus grande encore en bas-limousin, parce que là l'aff'aiblissement atteint aussi Va nasal et l'a en position : chontâ — chante : parti — parte.

L'ancienne langue diphthonguaiten ieYe tonique bref ou en position; mais cela n'était ni général ni constant. Ex. : ferir

ordinairement la môme qu'aux formes à flexion tonique, et, lorsqu'elle en diffère, la différence est due presque toujours à une autre cause que l'accent. Plusieurs verbes de cette 3* conjugaison modifient, comme on l'a déjà vu, au prétérit le radical du présent (ex : sahei — s6uhé'^\ mais cela tient aussi à une autre cause que l'accent, puisque cette modification radicale y affecte également, dans l'ancienne langue, et les formes faiblos et les formes fortes {saupetz et saup).

— fier ; servir — sierve ; segre — siec; pregar — priée ; vestir — mest. Servi est le seul verbe qui admette encore aujourd'hui cette diphthongaison dans notre dialecte, et cette dernière trace de Fancien usage tend à disparaître *. Dans tous les autres verbes de cette catégorie, que Te y soit originaire ou qu'il provienne d'un i latin, cette voyelle se borne à s'allonger sous Taccent, si elle est brève : credâ — credo; leva — lèvo; prêjâ

— prèjo ; plëja — plêjo ; pëlâ — pêlu. Quelquefois elle reste brève, à Nontron du moins, même sous l'accent, ce qui a lieu principalement quand elle provient d'/latin : sëchâ — sécho ; fëmâ — femo ; gëmâ — gémo ; vélhâ — vélho.

La règle générale est que Vi reste le même sous l'accent qu'à côté : ninà — nîno (bercer) ; fîblâ — fiblo ; eicMvâ — eickivo. Mais il se diplitliongue en iê dans aribâ {ariêbe, etc.), et se change simplement en ê dans ôublidâ {ôublêde, etc.)

OU

Les verbes qui ont ou aux formes faibles, comme pourtâ, tound, poussa, conservent cette voyelle ou la changent en o aux formes fortes, selon la source d'où elle provient.

a. — Ou reste ou :

1° Dans les verbes où il provient de u latin, parce que, comme on l'a vu dans la Phonétique, Yu tonique et Yu prétonique ont été traités de la même manière. Ex. : sadoulâ — sadoule; eicoutâ — eicoûte; poussa — pousse; jouta ~ joute; poudâ — poude ; counhâ — counhe. Il faut excepter quelques verbes dans lesquels You de cette origine a été faussement as-

* Il faudrait à la rigueur ajouter gietâ (anc. getar =. gitar ■=zjac>are); mais, dans ce verbe, la diphthongaison, qui dans la langue classique n'affectait, selon la règle, que les formes fortes, a été depuis propagée à toutes, en sorte qu'il a partout aujourd'hui, sauf la différence de quantité, le même radical.

ZSS DEUXIEME PARTIE

similé à celui qui provient de ô ou de o en position. Ce sont : l'outâ — rôte (ructare); douta — dote [dubitare) ; froujâ — frôje {* fructicaré); soubrâ — sobre [superare); troubâ — trôbe [turbare); janoulha — janôlhe (* genuculare), et peut-être deux ou trois autres;

2° Dans les verbes oii il provient de o latin, parce (^ue Vo long est devenu ou sous l'accent comme avant l'accent (Voir Phonétique, p. 34 et 35] : coula — coule ; laboura — laboure ; courounâ — couroune. Il en devrait être ainsi, d'après la règle, dans tous les verbes où Y ou a cette source. Mais plusieurs ont été traités, par analogie, comme ceux dans lesquels ïou provient de ô. Tels sont dounâ — dône ; counsoulâ — counsôle ; arousâ — arôse ;

3o Dans tous les verbes où il provient d'o en position devant m ou n, c'est-à-dire d'o nasal, cet o étant toujours devenu ou, aussi bien sous l'accent que devant (V. Phonétique , p. 33), Ex. : countâ — counte; doundâ — dounde ; mountâ — mounte; ioundem — toundre, tounde; noummâ — noumme; reipoundem

— reipoundre, reipounde ;

4" Dans les verbes en ound{onar = fr. onner)^ formés avec des thèmes de substantifs, qu'ils nous viennent de l'ancienne langue ou que nous les ayons empruntés au français. Ex. : boutonna — boutonne; empoueisounà—empoueisoune; maçound — rnaçoune; et de même canounâ, fripounâ, citapound, feiçounâ (façonner), etc. Tounâ. du latin tônare, et son composé eitounâ^ ont été, par fausse analogie, traités de même : ca touno et non ca tôno,

b. — Ou devient o:

1° Régulièrement {Y . Phonétique, loc. cit.) dans les verbes où il provient de ô ou de o en position, sauf, pour ce dernier cas, devant m ou n. Ex. : prouva — prôvo; demourâ — demôro; lou]â

— lôjo; coupa — côpo; apouyâ — apôyo; poudei — pôde; doulio — dou (= dol); aprouchn — aprôche ; mourî — môre; voulâ — vôlo; sounâ — sono; tourna — torno; troussa — trôsso; foursâ — forso. pourtâ — porto; mourdu — mordre, morde; moûtrâ (mostrarj môtre; coûta {costarj, côto*. On a vu ci-dessus une exception

' Mostrar et costar sont pour monstrare et constare; mais, In étant

dans tounâ — touno. En voici deux autres : l'oulâ — roûlo (rotulare); souda — soûdo (solidare);

2° Exceptionnellement, dans quelques verbes où il provient de w ou 0 latin. Pour les exemples, voir ci-dessus g, 1° et 2°;

3° Dans quelques verbes où You provient d'une autre source que Vo ou Vu latin, soit qu'ils nous viennent de l'ancienne langue, soit que nous les ayons empruntés au français. Ex.: envouyâ (fr. envoyer) — envoyé; noudâ [natare) — nôde; fourjâ {fabricare, fr. forger) — forjo; acrouchâ — acrôcho; hourdâ — borda; remcoulâ pr. reviscolar^) — revîcôle; moucâ — môco.

Remarque. — L'ancienne langue diphthonguait quelquefois dans ces verbes Vo bref ou en position en uo ou ue : trohar — truep, truop; provar — prueva; mover — mueva, muova; doter — duelh, duolh; voler — vuelh, vuolh; poder — puosc, puesc; ploure — plueva. Il ne nous reste de traces de ces formes à diphthongue qu'au subjonctif présent de ces trois derniers verbes, où l'ancien ue s'est réduit à e comme dans le, fe, ne, pour luec, fuec,nu€ch, etc. :

Voulei — vole — vèlhe ( = vuelha ) Pnudei — pôde - pèche ( :=: puesca ) Plôure — plôu — plêve ( = plueva )

En généra-l, u reste u; mais assez fréquemment il devient eu (voyelle, comme en français dans jeune). C'est ce qui lui arrive presque toujours quand il provient d'une autre source que I'm latin. Exemples de son maintien : dura — duro; purjâ — purjo; bulî — bur; cura — cu7^o; fuma. — fumo; jura — juro; bufo, — bufo; refusa — refûso; pudi — pu; fugî — fû; brûla — brûlo. Ajoutons pwrd — puro, où m = o (^yo/omrej. — Exemples de son

tombée dans ces deux verbes, leur o a été naturellement traité comme \'o en position ordinaire, et non comme Vo nasal. * Ce verbe existe en Sainlonge sous la forme rebicler.

changement en eu : remuda — 7'emeudo (le simple mudâ garde Vu partout); eissujâ — eisseujo; pluma — pleumo (on dit aussi plumo); recula — requeulo; aluma — aleumo; sufrî — seufro . Dans les suivants, u provient de o, de «ou de a : durmî — deur; surtî — seur^;dubrî — deûbro; cubrî — queubro; tucâ — teûquo*; juga — jeûgo ; truca — treûquo; chucâ — cheuquo; empluyâ — empleûyo ; sucra — seûcro (on dit aussi et mieux sucro).

Remarque. — En bas-limousin, c'est en wènon en eu que se change Tm radical : justa — juesto ; ojuda {*adjutarej — ojuèdo; oluda — oluèdo. Ceux de ces verbes où Vu provient de o latin avaient aussi, dans l'ancienne langue, de ces formes en ue. Il n'en reste à Nontron que duer, employé concurremment avec deur fdormitj .Ma,is k Limoges, toutes les formes fortes de l'indicatif, de l'impératif et du subjonctif de durmi, sont en e= ue : derme, der, etc., et de même celles de murî (chez nous mourî) : mère, mer, etc.

El

Les verbes qui ont ci à l'infinitif, ou plus généralement aux formes faibles de la 1" série, ont ai aux formes fortes, et réciproquement. (V. Phonétique, chap. III, 3™° section.) Quand, des deux diphthongues, ai n'est pas la primitive, et provient de e ou de es. Ex. : eigâ (œquare) — aigo ; preitâ (prœstare) — praito; eitâ (estar) — aite; meila — mailo; peichâ — paicho; reibâ (tv. rêver) — raibo ; leissâ (laissar) — laissa ; beissâ (baissar) — baissa; heilâ (bailar) — bailo, à Tulle ; teinâ (tainar) — taino ; . eimâ faimar ^J — aima.

Lorsque ei est engagé dans la triphthongue ouei, il reste tel, à Nontron, à toutes les formes : coueifâ — coueifo; boueissâ -^

' On dit aussi sourti-sor.

^ On dit aussi toucâ-téco.

3 Getto forme aimar remonte au moins au XIV" siècle, comme on le voit par les Leijs d'amors (II, 366), qui, du reste, ne la mentionnent que pour la blâmer. Le bas-limousin a conservé la forme classique en a{o) pur ; orna. ame.

boueisso; boueidâ — boueido; coueijâ — coueijo. Mais à Limoges le renforcement en ai a lieu dans ce cas comme dans les autres : coueifà — couaifo.

OU

Comme ai à ei, à 6u des formes faibles correspond au dans ^es formes fortes ; c'est presque toujours cette dernière diphthongue qui est la primitive : pôusà (pausarj — panse; douta (dehaustare) — daute; lôuvâ flaudarej — lauvo^; trôucâ (traucar) — trauco; sôutâ (saltar) — saute; chôuchâ (calcar) — chauche; ôuv( fauvirj — aiwe; piaula (piular) — piaulo; chôulliâ (sulhar) — chaulhe.

Remarque. — L'affaiblissement de ai en eieiàe au en ou, quand ces diphthongues ne portent pas l'accent, doit remonter assez haut dans notre dialecte ; mais il ne commence à se marquer dans l'écriture que vers la fin du XIV^ siècle. Voici quelques exemples recueillis dans des textes de cette époque et du siècle suivant: Leysset'^, rejooMsar" (Notre-Dame desSept- Douleurs, dans la Romania I, 409), et pareillement, dans le même texte, empereiris, governeiris, pour emperairitz, governairitz; pleyra, beylat, abeissat, louvet, pouzar (Coutumes de lAmoges,passim) ; ouvit, beylada. (Relation du passage de Louis XI à Brives, 1465, dans Bulletin de la Société arcliéologique du Limousin, tome XIX) .

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