II. — P intérieur
A. — Il s'affaiblit en 6, selon la règle générale, entre deux voyelles ou entre une voyelle et une liquide. Ex.: tepida, têbio; — nepotem, nebou; — lupa, loubo ; — ripa, ribo; — cœpa, sâbo; — sepelire, sebelî; — super, subre; — separare, sebrâ (dans emeôm) ; — pauper, paubre. Cet affaiblissement du p intérieur en b eut lieu, comme on sait, en langue d'oc dès les premiers temps, et il doit être commun à tous les dialectes.
B, — Lorsqu'une consonne le précède, que cette consonne tombe ou demeure, p reste p. Ex. : exemplum, eisampk ; — templum, temple; — carpinum, chaupre;~*mesp(i)las, menêplâ; — stuppa^ eitoupo ; — cappa, câpo ; — trippen, trepâ. Preste aussi
* Prononcez à la française, et non pas tz, dz, comme il faut le faire, en bas limousin de même qu'à Nontron, dans les mots tels que chdbi, meijou, où. les articulations ch, j, sont communes ù tout le dialecte.
^ Franc, brugnon, ital. brugna, port, brunho.
3 Ital. brustolare, fr. brûler.
' Fr. boite.
PHONETIQUE 83
assez souvent sans s'affaiblir dans Tun ou Tautre des deux cas indiqués tout à l'heure ; mais c'est seulement dans les composés ou dans les mots d'origine savante, tels que répara, prépara, etc.
C. — Devant les consonnes et lorsqu'il suit immédiatement une voyelle, p se vocalise quelquefois en u, comme nous verrons que b le fait souvent, subissant ainsi du même coup un triple affaiblissement (ô—v — u). Ex.: maie aptus, malaude*; — pipilare, piular, piaula. Mais ordinairement il disparaît entièrement, à moins que la consonne suivante ne soit / ou r, auquel cas, comme on vient de le voir, la règle est qu'il se change en è.
D. — Changeant de famille dans le même degré et la même classe, p deviendrait ? ou c. Je ne connais pas d'exemple en limousin de la première de ces mutations, fort rare d'ailleurs en toute langue '. La seconde a dû avoir lieu dans quelques mots où p précédait une liquide ou une dentale {l, r, t ou s), mais déjà probablement dans le latin même.
Dans tous les cas, ce c en lequel j'admets que p a dû se changer a subi aussitôt les mêmes mutations que le c originaire en pareille position, c'est-à-dire qu'il est devenu y, eh ou i selon les cas. Ce changement préalable de p en e me paraît seul pouvoir expliquer les formes suivantes : eitoulho = *stupula ', eicrieho = scripta, cheitivo = captiva, eaisso = capsa. Ajoutons coire = euprum, maintenu en bas-limousin (coim^e), mais dont on ne connaît plus à Nontron que la forme française.
' Dans la vieille langue, mcUaut. Cf. azaut{=adaptus) que nous n'avons plus.
' On la constate, en latin, dans studere = (rnevâsiv.
3 Cf. fr. écueil, il. scoglio de scopulum. — Rappelons ici que la mutation de p en c devant l est habituelle dans pjlusieurs dialectes italiens, le sicilion par exemple, où pi dovient constamment chi. Ex : chiù, chiuma, chiana = pm, piuma, piana.