‹ Grammaire Limousine: phonétique, parties du discoursChapitre 85 sur 119 · CHAPITRE PREMIER ORIGINE DES FORMES ET CLASSIFICATION DES CONJUGAISONS · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER ORIGINE DES FORMES ET CLASSIFICATION DES CONJUGAISONS

La conjugaison est, de toutes les parties de la grammaire, celle où les langues romanes se sont montrées le plus heureusement créatrices.

J'ai essayé, dans un autre ouvrage*, de faire ressortir l'originalité et la remarquable symétrie du plan de Fédifice nouveau construit par elles sur les ruines de la conjugaison latine. Comme je ne pourrais, sur ce point, que me répéter, je n'y reviendrai pas ici; je me dispenserai également d'exposer la théorie des temps en limousin, cette théorie étant dans ce dialecte, comme en général dans la langue d'oc, la même qu'en français ; et je me bornerai à énumérer rapidement, avant de passer à la classification des conjugaisons et à l'examen particulier de chacune d'elles, les formes du verbe limousin, avec indication de leur origine, en notant au fur et à mesure celles du verbe latin qui se sont perdues.

Indicatif présent. — Forme latine conservée : canto, chante.

Imparfait. — Forme latine conservée : cantabarn, chantâvo.

Futur. — Forme latine, périmée. Elle a été remplacée dès les premiers temps, dans toutes les langues romanes ( excepté le valaque et plusieurs dialectes roumonches ), par une combinaison de l'infinitif avec le présent de l'indicatif du verbe avoir : chantarai = cantare haheo '. Dans notre ancienne lan-

' Histoire et théorie de la conjugaison française.

* Ce nouveau futur se rencontre assez fréquemment, déjà tout formé,

gue, comme en catalan, en espagnol et en portugais, le ou les régimes, quand c'étaient des pronoms, s'introduisaient souvent entre les deux éléments de ce temps composé, Ex. : Ajudar l'en ai {ChB,rte de Montpellier, entre 1068 et 1079, dans la Revue des langues romanes, IV, 487); — mètre Vetz (Amanieu des Escas, dans Bartsch, Chrestomathie, 323, 16 ) ; — dir vos ai ( Rambaud d'Orange, dans Raynouard, Gramm., 222).

Parfait. — Forme latine conservée : cantavi, chantei. L'ancienne langue en avait gardé toutes les personnes. Aujourd'hui nous n'avons plus que la première du singulier, la troisième du même nombre et la troisième du pluriel. Les trois autres ( deuxième du singulier, première et deuxième du pluriel ) ont été remplacées par les personnes correspondantes, soit du plus-que-parfait latin de l'indicatif, soit peut-être (la question sera discutée plus loin ) du parfait latin du subjonctif, à moins qu'elles n'aient été tout simplement modifiées par le génie populaire. — Dans les dialectes plus orientaux et plus méridionaux (haut-auvergnat, gascon, languedocien, provençal ), la même substitution ou la même modification a eu lieu aussi à la première personne du singulier, en sorte qu'il n'y a dans ces dialectes que la troisième personne de chaque nombre qui reproduise exactement le parfait latin ' . Il est remarquable que le catalan, idiome dans lequel ce temps est également devenu hybride, l'a constitué non comme ses voisins, le gascon, le languedocien, le provençal, mais comme le limousin : ami, amares, amà, amarem, amareu, amaren.

Mais le parfait latin avait une signification trop peu précise pour sufiire aux besoins nouveaux des langues romanes ; aussi en créèrent-elles un second de toutes pièces, par l'adjonction

dans le latin vulgaire des bas siècles. M. Boucherie en a rappelé un bien curieux exemple [daras =dabis), en lui restituant sa vraie date (VII* ou VIII° siècle ), dans la Revue des langues romanes, V, 114, et il en avait précédemment relevé plusieurs autres ( par exemple ; cognuscere habis) dans la Vie de sainte E uphrosyne dont on lui doit la publication.

* Peut-être seulement la troisième du singulier, car la troisième du pluriel peut venir aussi bien du plus-que-parfait que du parfait latin.

au participe passé du verbe du présent de l'indicatif de hahera ou d'esse* {ai chantât, soi venguz). Nous réserverons pour ce dernier, qu'on appelle ordinairement passé défini, le nom de parfait, et nous appellerons prétérit celui qui est dérivé (au moins partiellement dans la forme actuelle ) du parfait latin.

Plus-que-parfait. — La forme latine fut conservée : chantera = cantaram pour cantaveram . Mais elle passa de l'indicatif au subjonctif. Elle fait, en effet, double emploi, dans l'ancienne langue, avec la forme tirée du plus-que-parfait de ce dernier mode [cantassem). Ce double emploi se montre limité, dans les œuvres littéraires de l'époque classique, à la signification de notre conditionnel ; mais il est probable que, dans l'usage populaire, au moins de quelques dialectes, la similitude de signification était entière, comme nous voyons qu'elle l'était et qu'elle l'est restée en espagnol et en portugais; toujours est-il que, dans quelques parties du Limousin où cette forme a persisté, elle sert aujourd'hui à peu près exclusivement au même usage qu'en français l'imparfait du subjonctif: Voudrio que tu chantera, =je voudrais que tu chantasses"^.

Lorsqu'on étudie le latin barbare des temps mérovingiens, on y remarque la plus grande confusion dans l'emploi des modes. Ainsi les formes en ebam, eram, y servent à la fois, souvent, pour l'indicatif et le subjonctif^. Cette confusion

* Sur la genèse de cette forme, et en général des formes composées des verbes, et sur ce que les auxiliaires y apportent de signification, voir Histoire et théorie de la conjugaison française, chap. II, III et IV.

^ On pourrait croire, à première vue, que canfera vient, non de cantaveram, mais de canlarem, qui y convient certes mieux pour le sens; mais à cela deux raisons s'opposent : la première, que les formes correspondantes en portugais et en espagnol ont, comme on va le voir, outre le sens du conditionnel, celui du plus-que-parfait de l'indicatif; la seconde, et celle-ci est déoisive, que, dans les verbes où le radical du présent difi'ère de celui du parfait, c'est à ce dernier que notre forme se rattache. Ex. : fora, degra, agra, elc.

3 On peut voir dans la Vie de sainte Euphrosyne, publiée par M. Boucherie, p. 57, trois exemples où l'imparfait de Tiudicatif a la signification de notre conditionnel présent, c'est-à-dire est employée pour l'imparfait

persista plus ou moins longtemps dans les diverses langues romanes; dans quelques-unes, elle dure encore. Au début, fueram par exemple (sous ses diverses formes) dut, dans toute la latinité, signifier à la fois j'avais été, je serais (o\x j' aurais: été), je fusse {on j'eusse été). Mais, de bonne heure, il perdit en italien et en langue d'oc la première de ces significations * ; en français *, il la perdit plus promptement encore, et on ne trouve dans les textes aucune trace des deux autres. En portugais et en espagnol, il les a au cont'r-aire toutes conservées jusqu'à nos jours; seulement, tandis que toutes les trois sont restées en portugais également usuelles, la première n'est plus aujourd'hui en espagnol qu'un archaïsme.

Comme on avait formé avec le participe et le présent de l'auxiliaire un nouveau parfait, on forma de même un nouveau plus-que-parfait avec le participe du verbe et l'imparfait de l'auxiliaire : avia chantât, era tenguz. En espagnol et en portugais, cette forme composée fut usitée concurremment avec la forme simple tirée du latin ; en italien, en français et en langue d'oc, elle s'y substitua complètement.

Futur antérieur. — Forme latine périmée ; remplacée par une forme composée avec le participe passé et le futur (roman, bien entendu) de l'auxiliaire : a,wai chantât; serai venguz.

du subjonctif. — On cite même un vers do Virgile {Enéide. IV, 603) où fuerat a déjà le sens de l'it. fora [serait) :

Verum anceps pugnce fuerat fortuna.

' On ne trouve guère cette forme en langue d'oc, avec la signification de l'indicatif, que dans Gérard de Rossillon, où elle est, du reste, employée aussi bien et plus souvent avec celle du conditionnel présent ou passé. V. par exemple, v. 301 et suiv., 3212, 3245, 3902 et suiv., 4589, 5771, 6005 (ôdit.Hofmann).

' On ne l'y remarque que dans les plus anciens monuments, la Cantilène de sainte Eulalie, la Passion et le Saint Léger deClermont-Ferrand, la Vie de saint Alexis. 11 n'y en a qu'un seul exemple dans ce dernier poëme. — Dans tous ces textes, comme dans Gérard de Rossillon, sa signification temporelle a été, sauf un ou deux cas, toujours avancée, c'est-àdire qu'elle exprime, non le plus- que-parfait, mais le prétérit ou l'imparfait.

Subjonctif présent . — Forme latine conservée: cantem, chante.

Imparfait. — Forme latine périmée. Toutes les langues romanes la remplacèrent par celle du plus-que-parfait {cantassem). Chantes, pour le sens, représente donc cantarem. Mais Toubli de Tancienne signification ne fut pas immédiat, et pendant longtemps chantes, par exemple, fut employé indifféremment au sens de cantarem ou de cantassem, et signifia par conséquent : f aimasse ou j'eusse aimé, j'aimerais ou j'aurais aimé. Cette indétermination temporelle fut commune à son suppléant {chantera)^ dérivé du plus-que-parfait latin de l'indicatif, qui signifia, lui aussi, tantôt je chanterais, tantôt j'aurais chanté.

Parfait. — Cette forme {cantarim pour cantaverim) survit encore, avec sa signification étymologique, en espagnol et en portugais. Elle survécut peut-être aussi en langue d'oc dans le parler rustique, et ce serait à elle dans ce cas, plutôt qu'au plus-que-parfait de rindicatif, qu'il faudrait rapporter les formes actuelles du prétérit de ce mode signalées plus haut : en Limousin, erei (ères), erem, erei (ères); en Languedoc, ère, ères, erem, eres^. Le passage d'un mode à l'autre ne peut faire difficulté, puisque nous avons vu tout à l'heure le plus-queparfait de l'indicatif devenir imparfait du subjonctif. Il y a, d'ailleurs, d'autres exemples de cette confusion des deux modes. Ainsi en valaque, les formes en as, que présente le parfait de l'indicatif, proviennent évidemment du plus-queparfait du subjonctif *. En Italie, le peuple de Florence et de

' Il y a, je l'ai déjà indique", une troisièime explication possible de ces formes, d'après laquelle elles seraient également indépendantes et du plus-que-parfait de l'indicatif, et du parfait du subjonctif. Cette troisième explication sera proposée et développée en son lieu. J'en fais pour le moment complètement abstraction, n'ayant ici qu'à examiner la question de savoir duquel des deux temps précités on devrait tirer les formes rlont il s'agit, s'il était prouvé qu'elles ne peuvent pas avoir une autre origine.

^ Ex.: Adunasem, adunasessi, adunase = j'avais réuni , etc. Au pluriel, au lieu d'emprunter purement et simplement les formes du subjonctif,

Rome dit cantassimo (cantavissemus) pour cantammo (cantavimus) *, et, dans plusieurs des patois gallo-italiques, la substitution a lieu encore à d'autres personnes*.

L'accentuation ne fait pas non plus difficulté, car, en limousin, comme en catalan, elle est conforme à celle du parfait latin du subjonctif : cantârimus, chantêrem, — cantâritis, chantêrei. Ceci serait même une preuve décisive en faveur de cantârimus contre cantardmus, si l'accentuation partout ailleurs était restée régulière. Mais cela n'est point; le catalan, par exemple, dit amdssem = amassémus, et souvent, en limousin, la première personne du pluriel a pris l'accentuation de la troisième. (Ex.: chàntem = cantdmus.) Aussi croisje ne devoir présenter que comme purement défensif l'argument tiré de la place de l'accent dans chantêrem, chantêrei. Le suivant a plus de force ; je le fonde sur la coexistence de chantêrem = nous chantâmes et de chanterâm == nous chantassions. Comment expliquer que, dans une même variété d'un même dialecte, une seule et même forme latine {cantarâmus) ait pris non-seulement deux significations modales opposées (là, je l'ai déjà dit, ne serait pas la difficulté ), mais encore deux formes différentes ? En Espagne et en Portugal, où la dualité de signification modale de la forme tirée du plusque-parfait latin de l'indicatif a persisté jusqu'à nos jours, cette forme est restée unique. Elle se montre également unique dans le seul monument de notre vieille langue [Gérard de Roussillon) où elle soit employée tantôt dans sa signification étymologique, tantôt dans la signification détournée qu'elle

on y a soudé de plus les flexions de l'indioalif : Adunaseram, adunaseratsi, adanasera, ce qui correspondrait à un type latin *adunavi.'iseramus, etc.

1 V. Gorticelli, Régale ed osservazioni délia lingua ioscana, p. 64,67, 71. — Cette forme incorrecte est employée plusieurs fois par Montaigne dans la partie du Journal de son voyage rédigée en italien V. t. IF, p. 332 : passassimo , andassimo, attraversassimo = passammo . andammo, attraversammo.

^ Voy. Biondelli, Saggio sui dialetti gallo-italici, passim.

a conservée . Pourquoi se serait-elle dédoublée chez nous ? Et comment, tandis que Tune des deux formes, produits de ce dédoublement {chanter dm), se rattache très-régulièrement au type originaire {cantarâmus), la seconde {chantêrem) ne peutelle y être ramenée que moyennant une infraction aux lois de l'accentuation? Toutes ces difficultés disparaîtraient si on ne rattachait à cantarâmus que chanteram et qu'on expliquât chantêrem par cantàrimm.

Je serais donc porté à croire que l'origine des formes dont nous nous occupons, supposé qu'elles viennent, en eflfet, d'un autre temps que le parfait latin de l'indicatif, doit être cherchée, non dans le plus-que-parfait de l'indicatif, comme je l'ai cru quelque temps et comme je l'ai dit dans mon Histoire et théorie de la conjugaison française^, mais dans le parfait du subjonctif. Un examen plus attentif delà question m'avait déjà fait modifier en ce sens ma première opinion, lorsque j'ai trouvé un secours inattendu pour celle dont je cherche à démontrer la plausibilité dans un article de la Revista difilologia romanza^, où M. Canello a réuni un grand nombre d'exemples anciens* de formes en are et ïj^e, que les lois de la phonétique italienne ne permettent pas de raitsichev h arat(=averatj ou teraf, et qui, au contraire, se dérivent régulièrement de arit ou ierit. Seize de ces exemples présentent la signification modale de l'indicatif, sept (parmi lesquels celui de Dante) celle du subjonctif ou du conditionnel.

Les formes en éra, que l'on rencontre dans Girard de Rossillon, avec la signification du parfait ou du plus-que-parfait de l'indicatif, et que j'ai déjà signalées, viennent très-probablement du plus-que-parfait latin de l'indicatif. Mais cela ne prouve rien contre la thèse que je soutiens ici. En eff'et, il a

* Page 23.

'' Tom I, p. 46.

3 Savoir : un de Dante {Vita nova, % 2), et vingt-deux tirés de la Cronaca mantovana d'Aliprando Bonamente, auteur mort vers 1417. Celte forme, à ce qu'il paraît, n'a pas été jusqu'ici retrouvée dans d'autres textes italiens.

très-bien pu coexister, surtout en des dialectes différents, avec la signification commune de parfait (ou plus-que-parfait) de l'indicatif, des formes dérivées de cantaram et de cantarim *. Il pourrait même se faire que cela ait lieu encore, et que les trois ou quatre formes en r introduites dans Tancien prétérit proviennent, dans tel dialecte, ou même dans telle variété d'un dialecte', du plus- que-parfait latin de l'indicatif; dans tel autre, du parfait latin du subjonctif.

Quoi qu'il en soit, au surplus, de l'origine des formes dont il s'agit, et que le parfait latin du subjonctif y survive en partie ou qu'il ait complètement disparu de notre langue, le rôle qu'il remplissait en latin a été dévolu, dès le principe, à une forme composée du participe passé du verbe et du présent du subjonctif de l'auxiliaire : aia chantât.

Plus-que-parfait. — J'ai dit plus haut que le plus-que-parfait latin fut conservé, mais avec la signification temporelle de l'imparfait^ , non sans de fréquents retours ( dans l'ancienne langue) à sa première et normale signification. Il fut remplacé par une forme composée avec le participe passé du verbe et l'imparfait ( en latin, plus-que-parfait ) de l'auxiliaire : agues chantât =r=, pour le sens, cantassem, pour la forme, habuissem cantatum.

Conditionnel présent. — Pour exprimer le conditionnel, le

* Cette coexistence est constatée par M. Ganello dans l'ancien italien. V. l'article cité tout à l'heure, où un exemple de fuera= era stato est rapporté à côté des exemples de parfaits en are et ire provenant de arit et ierit.

2 Le provençal moderne, par exemple, et le bas-limousin lui-même, qui disent chanter iam, chanter am et non chanter em. — En valaque, où ce temps est également hybride, les trois personnes du singulier proviennent du parfait latin de l'indicatif, celles du pluriel du plus-que-parfait du même mode. Même partage et môme origine probable pour chaque série dans la plupart des patois d'oïl oii ce temps n'est pas resté homogène.

•'' Cet avancement de la signification temporelle du plus-que- par fait du subjonctif se remarque déjà non rarement dans les textes mérovingiens. V. dans la Vie de .sainte Euiphrosijne déjà citée, j^. 39-40, deux exemples de fuisset, potuisset. employés pour esset, posset.

latin se servait des temps du subjonctif. Les langues romanes employèrent souvent aussi au même usage l'imparfait (ancien plus-que-parfait) de ce mode. De plus, la langue d'oc, comme on l'a vu, et aussi l'italien, le portugais, l'espagnol, attribuèrent le même rôle, plus ou moins exclusivement, à l'ancien plus-que-parfait latin de l'indicatif. Mais cela ne leursufRt pas, et elles créèrent sur le modèle de leur futur, c'est-à-dire en accolant à l'infinitif du verbe l'imparfait* indicatif de l'auxiliaire avoir, réduit à ses désinences (ex. : chantaria), un temps nouveau, auquel elles assignèrent spécialement et exclusivement la fonction que l'imparfait du subjonctif ne remplissait que par surcroît. Ce temps, comme le futur, est resté longtemps séparable en espagnol et il Test encore en portugais. L'a-t-il été aussi dans la langue d'oc ? Cela est possible dans les premiers temps. Mais je n'ai pas rencontré d'exemple qui le prouve.

Conditionnel passé. — Temps propre à nos langues, comme le précédent, et qui fut formé du participe passé du verbe et du conditionnel présent de l'auxiliaire : auria chantât, séria vengut.

Infinitif présent. — Forme latine conservée.

Infinitif passé. — Forme latine périmée ; remplacée par une forme composée avec le participe passé du verbe et l'infinitif présent de l'auxiliaire : aver chantât, esser vengut.

Infinitif futur. — Forme latine périmée; n'a pas été remplacée.

Gérondif. — Forme latine conservée, mais se confondant complètement avec le participe présent, dont son emploi seul la distingue. Aussi crois-je superflu de la faire figurer dans les paradigmes ci-après.

Participe présent. — Forme latine conservée: cantantem, chantant.

' Ou, en italien, le prétérit de l'auxiliaire, Au début, cette langue avait les deux formes canteria {=■ cantate avia) et cantarei{~ cantate ebbi) La dernière seule a survécu dans la langue littéraire.

Participe passé. — Forme latine conservée : cantatmn-atam, chantât- ada.

Supin. — Forme latine périmée.

Voix passive. — La voix passive du latin, dans la langue d'oc, comme dans les autres langues romanes, a disparu tout entière. Chacune de ses formes a été remplacée par une proposition complète : amor, soi amat ; — amatus sum, fui amaf, etc.^

Verbes déponents. — Les verbes déponents latins avaient pris dans le latin vulgaire la forme active ; mori, par exemple» était devenu *morire, mortuus sum, *morivi ou *morui. Mais il faut remarquer que les procédés de conjugaison des temps composés de ces verbes se retrouvent exactement dans celle de nos verbes neutres conjugués avec êti^e (Ex.: profectus sum, .so?/9ar^ïV), l'auxiliaire perdant dans les deux cas sa signification temporelle propre, ce qui, en latin, avait lieu également, bien entendu, dans la voix passive '.

J'ai proposé, dans l'ouvrage auquel j'ai déjà plusieurs fois renvoyé le lecteur', un nouveau système de classification des verbes français, fondé sur la distinction nécessaire, et qu'on n'avait pas faite encore, des conjugaisons vivantes et des conjugaisons archaïques. Cette classification convient à la langue d'oc comme au français, et en général à toutes les langues romanes; je la suivrai donc ici. J'appelle conjugaisons vivantes, celles dont les formes s'imposent à tous les verbes nouveaux que la langue crée ; conjugaisons archaïques, celles qui, frappées de stérilité dès le commencement, n'ont pu prêter leurs formes à aucune idée verbale nouvelle.

La première classe se compose : ,

* V. Histoire el théorie delà conjug. franc, I" partie, châp . V. 2 Ibid., p. 51-55.

» Ibid., p. 36-37.

1° De la conjugaison des verbes en a farj — lat. are ;

2° Delà conjugaison des verbes enîfirj à forme inchoative, c'est-à-dire dont le radical est accru aux temps de la première série du suffixe isc (iss), dépouillé d'ailleurs de toute signification particulière,

La deuxième classe comprend :

1° La conjugaison des verbes en ir à forme non inchoative, c'est-à-dire conformes à la conjugaison latine en ire ;

2° La conjugaison des verbes en re et en ei fer) atone ou tonique (lat. ëre et ërey.

Cela ferait en tout quatre conjugaisons; mais nous n'en compterons ici que trois, la première en a, la seconde en ?*, la troisième en re ou e^^ plaçant en appendice et comme exceptions dans la seconde, les verbes en ir non inchoatifs, ce qni peut se faire avec d'autant moins d'inconvénient que plusieurs hésitent, enlimousin, entre les deuxformes, et que dans d'autres dialectes de notre langue ils ont déjà tous, ou presque tous, pris la forme inchoative.

En langue d'oc comme en français, les temps simples des verbes se divisent en deux séries. La première comprend le présent et l'imparfait de l'indicatif, l'impératif, le présent du

*En français, les deux conjugaisons latines que, comme Raynouard, nous réunissons ici en une seule, doivent demeurer distinctes. Les verbes en oir diffèrent en effet de ceux en re, non-seulement par la forme de l'infinitit, mais encore par celle du prétérit, qui, en u dans les premiers, est en t (sauf une dizaine d'exceptions) dans les seconds. Au contraire, en langue d'oc, la confusion est devenue complète à tous les temps, même à l'infinitif, malgré la persistance des deux désinences primitives ère (er) et ère {re ou er atone), car le même verbe les offre souvent à la fois, nonseulement dans deux dialectes ou sous-dialectes différents, mais encore dans une seule et même variété.

2 L'ordre de Raynouard est différent ; mais celui que je suis ici est le seul logique et légitime, les deux conjugaisons vivantes ne devant pas être séparées l'une de l'autre par la conjugaison archaïque.

subjonctif, le gérondif et le participe présent ; la seconde, le prétérit de Findicatif et l'imparfait du subjonctif. L'infinitif et le participe passé (comme en latin le supin) restent endehorsde l'une et de l'autre. Toutes les formes d'une même série, dans les verbe réguliers, se déduisent l'une de l'autre d'après des règles fixes et, de plus, dans les conjugaisons vivantes, tous les temps sont liés entre eux par des rapports nécessaires et constants. Mais il n'en est pas de même dans la conjugaison archaïque. Là, chaque série reste indépendante. La forme de l'infinitif ni celle du présent de l'indicatif ne détermine point nécessairement celle du prétérit, et il n'y a point non plus de règle absolue pour tirer de ce dernier temps le participe passé.

Les flexions des temps de la première série sont et ont été, dès l'origine, les mêmes pour les deux dernières conjugaisons, sauf, pour celleen?V (inchoative),la différence qui résulte de l'insertion entre le radical et la flexion du suffixe isc. La première conjugaison seule en a de particulières. — Au contraire, aux temps de la deuxième série, c'est la deuxième conjugaison qui reste isolée, la première y ayant les mêmes flexions proprement dites que la troisième. — Au participe passé, les mêmes distinctions qu'à l'infinitif reparaissent, à chaque forme infinitive correspondant une désinence participiale difi^érente, savoir at à ar, it à ir, ut à re ou er.

Dans les paradigmes qui vont suivre, je placerai toujours en regard des formes actuelles les formes correspondantes de l'ancienne langue. Les explications que j'ai données dans la première section du présent chapitre sur l'origine de chaque temps rendent, je pense, inutile d'en rapprocher également les formes latines.

Je ne ferai, après chaque paradigme, que les remarques particulières à la conjugaison ou au verbe examiné. Les observations d'un caractère plus général trouveront leur place dans un chapitre spécial.

Page 1